Cours de Socialisation : Education (2)

Publié le par Licence1 sociologie Poitiers

III. Socialisation et éducation.

 

Il y a des différences entre la notion de socialisation et la notion d'éducation. Ce sont des notions proches mais pas similaires. Du point de vue d'une sociologie de l'éducation, nous devons tenter de les définir et de montrer en quoi elles sont différentes et désignent des choses différentes.

 

1) Socialisation primaire et socialisation secondaire

 

Berger Peter ( 1929, sociologue américain ) et Luckmann Thomas ( 1927, sociologue slovène) livre célèbre La construction sociale de la réalité, Paris, Armand Colin.

 

Ces notions sont très souvent utilisées en sociologie lorsqu'on est dans une optique d'une sociologie avec socialisation : celle d'une socialisation primaire et secondaire. On a tendance à considérer que la socialisation primaire c'est celle qui conserve cette socialisation, façonnage de l'individu par la société , on considère que cette socialisation là concerne l'enfance, de l 'adolescence alors même que la socialisation secondaire est une socialisation qui va plutôt concerner l'après, l'age adulte. On sépare ces deux périodes par ces deux processus de socialisation primaire et socialisation secondaire.

 

En même temps c'est une distinction que nous devons manipuler avec précaution car la frontière est difficile à distinguer. On va considérer que dans le cadre de la socialisation primaire, on réalise des expériences sociales dans la famille, dans l'école, les groupes de pairs. C'est son horizon premier : ses proches, sa famille. On va construire un certain nombre d'expériences qui sont le monde, on les y assimile. On n'a pas conscience des expériences que l'on fait du monde. On distingue la socialisation primaire de la socialisation secondaire lorsque l'on est confrontés a d'autres groupes sociaux qu'à son groupe premier. Lorsque enfant va a l'école, il découvre un autre monde social que son univers premier familier. Il le prenait comme monde unique mais il va pouvoir, en entrant à l'école, remarquer qu'il y a d'autres monde sociaux. Il fait l'expérience d'une socialisation secondaire.... Il y a des socialisations secondaire qui peuvent être simultanées à la socialisation primaire.

 

 

 

-La socialisation : une force transformatrice

Exemple de l'enfant sauvage: Son monde premier a été celui des loups. Le travail fait sur cet enfant n'était pas fait à partir de rien mais sur la base de ses expériences sociales avec les loups : il entreprend donc un travail de transformation ! La socialisation est donc une force transformatrice.

 

Cela nous permet de penser des frottements, des différences de socialisation qui génèrent des problèmes, des tensions internes... La question de l'articulation plus ou moins con sonnante ente les différents produits de la socialisation synchronique est diachronique.

 

2. Socialisation et éducation : une fausse synonymie

L'éducation comme socialisation méthodique et intentionnelle des jeunes générations

 

Emile Durkheim, dans son livre Education et société,définit l'éducation comme un travail volontaire et conscient exercé par les générations précédentes en direction des plus jeunes; et c'est ce qu'il appelle l'éducation. Chez lui l'éducation c'est un travail fait dans un but explicite, précis. C'est un processus de construction de l'enfant orienté : on veut produire un certain état chez l'enfant, état moral, social, physique et pour cela les adultes vont produire une action orientée visant à aller dans une certaine direction, et pour lequel il s'agit pour l'enfant d'acquérir un rôle utile, correspondant à sa, à la position qu'il est destiné à occuper dans la société.

La socialisation comme travail diffus et discret versus intentionnel et conscient ou volontaire. Il ne limite pas la socialisation par l'action explicite des adultes en direction des enfants.

 

Il dit : « Le processus de socialisation ne se limite pas à l'effet des pratique éducatives, c'est à dire aux actions explicitement et spécifiquement entreprisses par les parents dans le but d'élever leurs enfants d'une certaine manière »

 

« Si maître et parents sentaient, d'une manière plus constante, que rien ne peut se passer devant l'enfant qui ne laisse en lui quelque travers, que la tournure de son esprit et de son caractère dépende de ces milliers de petites actions insensibles qui se produisent à chaque instant et auxquelles nous ne faisons pas attention à cause de leur insignifiance apparente, comme ils surveilleraient davantage leur langage et leur conduite ! »

 

  • l'éducation concerne une période de la vie ; on se socialise tout la vie en vieillissant

  • « l'éducation » comme socialisation méthodique.

 

3. La force de la socialisation primaire

 

  • L'importance des rapports d'éducation dans la socialisation.

    L'éducation est quelque chose de central dans les programmes de façonnage que la société opère sur nous parce que, d'une part, pour des raisons historiques que nous allons voir dans un instant, cette forme particulière de la socialisation qui est l'éducation est devenue dominante.

 

  • Importance comme forme dominante de la formation

La socialisation à base d'éducation est devenue la forme dominante de la socialisation, façon qui passe par l'action méthodique de la part des adultes en vision des enfants. Les rapports d'éducation sont au coeur de notre programme individuel de formation sociale.

 

  • L'importance de la socialisation primaire

    Celle -ci intervient en premier, c'est la première chronologiquement et primaire aussi par son primat, par le poids de son influence sur le reste de la socialisation. Et ce qui fait que les rapports d'éducation sont centraux dans les programmes de socialisation individuelle c'est que l'on considère que la période de l'enfance, période de la socialisation primaire, est essentielle, centrale dans la formation des individus.

     

    Différentes raisons à la force transformatrice

  • Elle s'explique par le fait que l'enfant est un individu qui est tout particulièrement influençable parce qu'il a au moment de l'enfance particulièrement besoin des adultes, et sa dépendance est décroissante au fur et à mesure qu'il grandit. C'est cette dépendance qui crée le besoin des adultes qui donne une influence tout particulière à ces personnes et fait de l'enfant une personne très influençable. La socialisation tire sa force transformatrices de la socialisation primaire.

  • Lorsque l'enfant est enfant il ne choisit pas : il y a certains nombre de chose du point de vue des pratiques, des relations qui lui sont nouées, certain nombre de choses qui lui sont imposées par les personnes qui ont de l'autorité sur lui. Il ne choisit pas, d'autant plus que cette imposition se fait dans le cadre d'un contexte affectif ! La dépendance de l'enfant vis à vis de l'adulte aussi affective, et donc de fait les contraintes socialisatrices qui lui sont imposées se réalisent dans un cadre très particulier, c'est le contexte affectif qui crée un contexte particulier.

  • Raison du côté de Pierre Bourdieu cette fois-ci : l'importance de la socialisation primaire découle du fait qu'elle va jouer le rôle de filtre pour les expériences suivantes : cela veut dire que quand on fait une expérience marquante du monde, nous en faisons tous, elles nous marquent fortement et opèrent des transformations radicales. Ces expériences surviennent sur la base des expériences qui nous ont déjà constitué antérieurement. Autrement dit, les expériences passés sont des expériences sur lesquelles nous réalisons nos expériences présentes et à venir.

    Or chez Bourdieu, il y a cette idée très forte que l'expérience de l'enfance est la plus importante car les expériences qui y surviennent sont les premiers filtres a partir duquel les autres expériences vont être construites, donc elles sont une force de rappel qui est assez significative.

    Par exemple, dans un transfuge de classe : On a des individus que le sociologie aime bien étudier car ils ont pour particularité de traverser le monde social, ils occupent différentes places entre leur position d'origine et leur position d'arrivée. C'est par exemple le cas de quelqu'un un qui est né dans un milieu ouvrier et se retrouve dans une grande école, à l'université, chef d'une grande entreprise. Le monde d'arrivée est donc très différent de celui de sa culture;.. pour le coup ces individus font des expériences socialisatrices très divergentes, con-sonnantes, contradictoires, et du coup ces individus vont ne pas se sentir à l'aise, à leur place. Dans le cas des transfuges de classe les individus sont souvent tiraillés, dans leur position d'arrivée ils ressentent une force de rappel des expériences primaires de l'enfance, et à l'inverse dans leur monde d'origine ( avec leurs parents dans leur famille, avec leurs frères et soeurs ) ils se sentent étrangers à eux-même, ils ne sont plus familiers de leurs premières origines; Il est donc intéressant pour le sociologue d'étudier les filtres à travers lesquels ces expériences peuvent se faire.

     

  • La socialisation primaire « sous triple contrainte »

 

On doit considérer que si on veut travailler sur les comportements d'un enfant, on doit prendre un certain nombre de contraintes. Il faut considérer qu'il faut croiser différentes choses. Il y en a des principales :

  • La période de la jeunesse, de l'enfance, période dans laquelle se déroule des expériences multiples. Les travaux de Bernard Lahire dans La culture des individus, ont montré que lors de la période de socialisation primaire se déroulent des expériences assez hétérogènes, différentes les unes des autres. Le réseau de socialité se réduit avec l'âge alors que la période de l'enfance est une période de relative indétermination : on peut rencontrer des personnes de positions sociales très éloignées, dont les univers sociaux fréquentés peuvent être éloignés de la culture d'origine.

La socialisation primaire permet de dire que l'enfant et l'adolescent sont sous une triple contrainte socialisatrice, et c'est à la fois la famille d'origine, et c'est aussi un univers scolaire, avec des exigences et des fonctionnements scolaire, donc il faut à la fois croiser des habitudes familiales, scolaires, et on peut aussi ajouter ce qui dépend de l'univers des groupes de pairs : autres enfants ou jeunes qu'il fréquente. Cette socialisation peut être analysée comme le fruit de contraintes : la famille, l'école et le groupe de pairs, qui lui peut être relativement hétérogène, lors de cette période on peut trouver une socialité entre jeunes dont les univers sociaux sont très éloignés, ce qui influe sur le type de relations, de loisirs, d'activités...

Quand on travaille sur les jeunes, on doit prendre compte du fait qu'on est à la croisée de plusieurs types de socialisation. On voit qu'au terme de cette description et explicitation de la notion de socialisation on peut dire que la sociologie de l'éducation , désignée comme sociologie de la socialisation, se centrant plus particulièrement sur la question à la fois de l'école, les parcours scolaires, les scolarités, les performances scolaires, et par ailleurs sur ce moment particulier de la vie sociale qui est l'enfance, l'adolescence. Une partie du programme de la sociologie de l'éducation va être d'étudier le rapport des enfants au scolaire, a l'école, a l'éducation.

 

Conclusion : On voit que la sociologie de l'éducation est une sociologie qui va constituer un chapitre de toute sociologie car si on veut comprendre comment et pourquoi les gens se comportent d'une telle manière, il faut qu'à un moment on regarde dans leur scolarisation passée ce qui a construit tel ou tel type de comportement moral.

C'est un moment essentiel dans la compréhension du programme qui nous a façonné en tant qu'individu.

 

IV - L'émergence de la forme scolaire et procès historique de scolarisation

 

L'idée ici est de décrire ce processus historique qui a conduit à faire que l'éducation est devenue la forme dominante de la socialisation, qui voit l'école a la fois s'inventer et se développer et avec elle le rapport à l'éducation.

On va voir que parallèlement a cette émergence de la scolarisation, de ce que l'on peut appeler une forme scolaire d'apprentissage, un mode scolaire de socialisation, que cette émergence est liée a des manières très particulières de former les enfants, de les façonner, et que cela est lié à des manières très particulières de penser les enfants: le rapport a l'enfant est historiquement construit, les enfants sont vus comme des êtres à former, a façonner.

 

-l'école une fausse évidence

L'école est une fausse évidence parce qu'aujourd'hui l'école est une instance de socialisation qui est omniprésente dans nos sociétés occidentales. Elle est devenue obligatoire, et c'est de là qu'elle tire sa force, on n'a pas le choix, le fait d'aller à l'école est obligatoire. Les mesures récentes du gouvernement présentent le fait que l'on veut supprimer les allocations familiales aux parents dont les enfants pratiquent trop l'absentéisme scolaire.

Elle occupe une place centrale, qui est très longue dans notre programme de socialisation ce qui fait qu'elle a des effets très importants. On imagine mal ce que serait nos sociétés si on supprimait l'école. On a du mal à voir comment on fonctionnerait et on imagine assez bien qu'on aurait à faire à des sociétés qui auraient d'autres organisations sociale : l'école a un impact sur les emplois du temps des enfants, sur les relations dans la famille...

Ce que l'on peut dire c'est que l'école n'a pas toujours existé, c'est une invention plutôt récente, plutôt inédite, on peut en faire remonter la naissance au XVI ème siècle seulement !

Dans l'histoire de nos sociétés, ces écoles n'ont pas toujours existé et dans d'autres sociétés que les nôtres l'école peut être beaucoup moins présente. Il y a des sociétés où très tôt les enfants vont travailler. Nous occidentaux considérons que les enfants doivent avoir un traitement particulier qui passe par la formation et donc l'école. Le temps de la scolarisation est un temps où l'on préserve les enfants, plutôt que de les envoyer travailler.

Ce qui est intéressant c'est que cette évidence se voit dans notre sensibilité d'occidentaux qui s'offusque que dans d'autres pays certains enfants se retrouvent à travailler à un âge très précoce. Nous avons intériorisé le fait que c'est normal d'aller à l'école quand on est enfant, que l'on ne doit pas être exploité sur le marché du travail.

 

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Allanounichou 15/03/2011 14:06


Plus passionnant que lorsque la prof le présente (pas dé dénigrement je vous prie !), c'est un plus non négligeable. Beau travail :)


Licence1 sociologie Poitiers 17/03/2011 07:43



Merci bien !