Histoire Contemporaine Discipline II (5)

Publié le par Licence1 sociologie Poitiers

Classes ouvrières et question sociale.

 

Nous nous intéresserons au coté plus humain, plus social de l'industrialisation à travers le regard de ceux qui l'ont subi et faite : les ouvriers.

Bien évidemment, le monde ouvrier n'est pas né au XIX ème siècle avec l'industrialisation. Il y avait déjà des ouvriers avant celle-ci. Le mot « ouvrier » employé depuis longtemps et dans les campagnes.

Le nombre des ouvriers augmente, ainsi que leur proportion dans la population active au cours du XIX ème Siècle, notamment dans le cas de l'Angleterre où les ouvriers forment plus de la moitié de la population active au moment le plus fort de l'industrialisation.

 

C'est aussi la concentration des ouvriers dans les grandes régions industrielles, et plus particulièrement dans les grandes villes. C'est la concentration qui rend les ouvriers plus visibles qu'avant dans ces sociétés : ils sont d'autant plus au premier plan que se forment des quartiers ouvriers dans les grandes villes, dans les bassins miniers et il a été remarqué par les historiens que finalement l'ouvrier est devenu dés le XIX ème Siècle le personnage un peu emblématique du XIX ème Siècle, siècle de l'ouvrier ou des ouvriers. Quand on pense au XIX ème Siècle et que l'on consulte les manuels scolaires, on pense d'abord à l'industrie et aux ouvriers alors qu'à part en Angleterre les sociétés de l'époque sont encore majoritairement rurales, surtout en France.

C'est comme si on voyait moins les paysans que les ouvriers car ceux ci vivent en ville et ils sont au premier plan de la représentation de l'époque et de la mémoire que l'on en a, ils jouent un rôle central, qui est lié aussi au fait qu'ils font a la fois pitié et peur.

Les ouvriers font pitié car leur conditions de vie sont dans l'ensemble très dures au point qu'ils sont aussi décrits comme des misérables pour reprendre le terme utilisé dans le grand roman de Victor Hugo. Le XIX ème Siècle est aussi perçu comme celui de la misère. Il y a une image de grande pauvreté liée au sort difficile des ouvriers, leurs conditions de vie font scandale quand elles sont terribles.

Mais les ouvriers font aussi peur, car le XIX ème Siècle est celui de l'émeute, de la révolution, et s'il y a une classe sociale qui menace de se révolter et de mettre la société dans la violence cela vient des ouvriers et pas des paysans. Les ouvriers notamment ceux travaillant dans les mines font peur.

 

Progressivement, on peut le voir dés l'époque de la révolution française mais plus nettement dans le cours du XIX ème Siècle, que le sort des ouvriers important, à travers la question sociale; au XIX ème Siècle, c'est la question de la pauvreté, la grande pauvreté des ouvriers qui fait pitié, scandale et peur.

Les intellectuels se préoccupent de cette situation et des conséquences que peut avoir cette pauvreté des ouvriers surtout que progressivement au cours du siècle la conscience de classe des ouvriers s'affirme de plus en plus : conscients de leur situation, de la relative unité de la classe ouvrière.

 

I – Diversité du monde ouvrier et conscience de classe

 

  • Qu'est ce qu'un ouvrier?

C'est un travailleur manuel dont la caractéristique principale est qu'il travaille pour un autre, un employeur, ou plusieurs employeurs car en effet au XIX ème Siècle, les ouvriers étaient très mobiles, ils changeaient souvent de patron et le modèle de l'ouvrier comme travaillant toujours dans la même structure, pour le même patron, est très minoritaire.

Au XIX ème, pour l'essentiel du siècle, les ouvriers n'ont pas un contrat de travail à durée déterminée ou non. Ils étaient employés à la journée, ils étaient des journaliers, et pouvaient être renvoyés pratiquement du jour au lendemain. Ce n'est qu'ensuite que l'emploi devient hebdomadaire.

Beaucoup d'ouvriers travaillaient à la tâche, ils étaient payés en fonction du nombre de produits qu'ils avaient fabriqué.

Ajoutons que les ouvriers dont on va parler sont ceux du secteur secondaire, soit l'industrie, à la fois le secteur minier. En effet les mineurs jouent un rôle important, comme le montre le livre Germinal, ainsi que les ouvriers du bâtiment, des maçons, des charpentiers...

 

Il reste une autre grande catégorie d'ouvrier exclus ici, les ouvriers agricoles. Ce sont de petits paysans qui ne possèdent pas de terre, ou des terres trop petites, et ils vont alors travailler pour les autres. On parle d'ouvriers, de salariés agricoles pour les distinguer.

En Italie et en Espagne les ouvriers agricoles ont une importance considérable, plus qu'en France ou en Angleterre. Ces pays connaissent une industrialisation plus tardive où on a au XIX ème Siècle plus d'ouvriers agricoles que des ouvriers industriels. Il y a une masse de petits paysans sans terre, que l'on appelle souvent un prolétariat rural, qui travaille pour des patrons et qui se bat à la fin du siècle un peu comme le prolétariat industriel. Leur nom en Italie est les braccianti et en Espagne les braceros, on le sent dans la racine du mot, ce sont ceux qui mettent leurs bras au service des propriétaires.

 

  • Des classes ouvrières.

En effet, nous pouvons considérer, surtout dans la première industrialisation, qu'il y a plutôt des classes ouvrières qu'une seule classe ouvrière.

Nous pouvons noter trois types d'ouvriers dans la première industrialisation :

  •  

    A) L'aristocratie ouvrière traditionnelle, travaillant dans les ateliers.

     

  • Ils sont les plus anciens en ordre d'apparition, ce sont des ouvriers traditionnels, travaillant pour des artisans, ils sont ouvriers des métiers et ils travaillent dans différents secteur de l'artisanat, dans le cadre de l'atelier.

    Ces ouvriers jouent un rôle absolument essentiel dans l'histoire ouvrière du XIX ème Siècle. Ils forment véritablement ce que l'on va appeler une aristocratie ouvrière, une élite ouvrière, et ces ouvriers, pour prendre un exemple parmi d'autres qui est celui des typographes, qui travaillent en imprimerie, forment d'autant plus une élite car par nécessité professionnelles il sont alphabétisés. Ces ouvriers sont donc en général une élite qui joue un rôle important dans les luttes sociales du XIX ème Siècle.

     

    On peut voir une distinction entre les ouvriers qualifiés et les ouvriers non qualifiés, qui est aussi faite en anglais par les termes skilled workers et unskilled workers.

    Ces ouvriers, au terme d'un long apprentissage, ont acquis un savoir faire, une maîtrise technique qui leur permet d'accéder à un statut d'ouvrier qualifié et de ce que l'on appelle souvent en français le terme de compagnon.

     

    Le compagnon est celui qui éventuellement a fait son tour de France, il a vu du pays, a renforcé son savoir faire en voyageant et au terme de ce tour de France a fait le chef d'oeuvre, a montré qu'il maîtrisait son art, son métier. Ce sont des ouvriers qui possèdent souvent leurs propres outils de travail. Comme l'ouvrier est très mobile, il passe d'un atelier à l'autre et se déplace avec ses propres outils.

    Très mobiles, ils sont aussi relativement indépendants par rapport au patron dans la mesure où ils ont un savoir faire assez rare. Ils ne sont pas interchangeables et peuvent ainsi se permettre de quitter un patron et d'en trouver un autre rapidement car leur savoir est recherché, et même de travailler en partie pour eux-même.

    C'est une catégorie d'ouvriers qui, dans le système traditionnel, a une certaine mobilité sociale. L'ouvrier peut s'établir à son propre compte, en achetant un atelier ou en épousant la fille du patron de l'atelier, récupérant ainsi l'atelier en tant qu'héritage. Il peut donc avoir une certaine souplesse, même si ce n'est pas le cas pour tous les ouvriers.

     

    Les ouvriers vivaient dans le système des corporations ou les métiers étaient très organisés, avec des règles et un certain contrôle notamment du marché du travail. Dans ce système, les ouvriers formaient des associations entre eux, que l'on appelait les compagnonnages, qui avaient comme but de contrôler le marché du travail et de peser face aux patrons. Par exemple, on trouve des coalitions d'ouvriers au XIX ème Siècle pour boycotter les patrons car les ouvriers estimaient que leurs conditions de travail étaient trop mauvaises et que leurs salaires étaient trop bas.

    Les ouvriers s'organisent entre eux pour négocier, de façon parfois violente, avec le patronat. Ce sont eux qui vont être en première ligne des revendications ouvrières du XIX ème Siècle.

     

    Nous sommes ici devant un monde ouvrier essentiellement urbain, même s'il y en a aussi dans les campagnes, et aussi un monde essentiellement masculin car les ouvriers sont très qualifiés et qualification était à l'époque interdite aux femmes. C'est un mouvement composé d'hommes, où les femmes ont du mal à se faire une place et de plus les ouvriers étaient contre l'ouverture de l'usine à la femme, en prônant l'augmentation des salaires masculins pour qu'elle puisse se permettre financièrement de rester à la maison, avec les enfants, là où est sa place selon la morale misogyne de l'époque.

 

 

 

B ) Les ouvriers à domicile.

 

Ces ouvriers travaillent chez eux, et ils sont très nombreux. Ce monde ouvrier là est beaucoup plus mixte, car on peut voir le fait que de nombreuses jeunes femmes travaillent à domicile comme couturière, dans le secteur textile. Celles-ci dépendent de leur patron qui leur apporte les matières premières pour travailler et qui leur fait des commandes. Ce sont souvent des ruraux, et ce sont souvent des paysans qui pratiquent plusieurs activités, souvent pauvres. Ce sont de petits paysans ne pouvant pas vivre uniquement de l 'agriculture et qui associent souvent l'activité d'ouvrier agricole journalier pendant l'été et pendant l'hiver ils pratiquent une activité d'ouvrier à domicile.

Est-ce que cela était très répandu? On parle de nébuleuse pré-industrielle tout autour des grandes villes, composée de paysans qui restaient à la campagne et travaillaient chez eux en famille, pour compléter le revenu insuffisants des travaux des champs.

On a là des ouvriers qui sont foncièrement isolés, qui travaillent chez eux favorisé par le regroupement. Ils sont dispersés et peu qualifiés, très interchangeables et par conséquent très dépendants à l'égard de la personne qui les emploie. Ils forment surtout dans les campagnes une main d'oeuvre docile, peu exigeante, qui se contente de salaires faibles et c'est pour cela que ce système archaïque a duré longtemps. En effet, jusqu'aux années 1870 en France on trouve encore de très nombreux ouvriers à domicile.

Ce système était certes archaïque, mais il était avantageux pour le patron. Mais quand la modernisation a atteint un niveau trop important ce système ne peut plus perdurer.

 

  1. Ouvriers de manufacture.

     

Ces ouvriers de manufacture sont concentrés dans des manufactures, où ils travaillent sur des machines de plus en plus énormes. Ce sont ces ouvriers là qui forment véritablement le nouveau prolétariat du XIX ème Siècle. Le terme prolétaire renvoie à la république romaine où c'était le nom de la dernière classe des citoyens, les plus pauvres, ceux qui n'avaient rien. Dans le recensement on les voit apparaître dans le bas de l'échelle sociale. Ils n'avaient que leur bras, et ils avaient aussi leurs enfants qu'ils pouvaient mettre au travail et utiliser pour vivre.

Ce mot est repris au XIX ème Siècle pour parler de ces ouvriers dans les manufactures qui n'ont plus leurs outils, ce sont juste des salariés qui vivent au jour le jour du petit salaire que leur verse leur patron.

Ils travaillent dans des manufactures où le travail est de plus en plus divisé. Dans les ateliers les ouvriers sont polyvalents et contrôlent d'un bout à l'autre le processus de production. Dans les grandes manufactures on a une spécialisation des taches, une division du travail qui va en augmentant, et on peut même parler d'une parcellisation des tâches. Du coup, la qualification requise de l'ouvrier est beaucoup moins importante, il n'a plus à contrôler l'ensemble du processus de production mais une tache particulière et qu'il répétera.

C'est pour cela aussi qu'il y a beaucoup de femmes et d'enfants dans ces usines car ces personnes n'ont pas de qualifications particulières. Par exemple, dans les fabriques de coton en Angleterre en 1844 on trouve en majorité des femmes et des enfants.

Dans le cadre de la manufacture puis de l'usine ce qui domine c'est un travail non qualifié, parcellisé et donc les ouvriers sont interchangeables car tout le monde peut faire les tâches demandées.

Ces ouvriers sont fragilisés par rapport aux ouvriers qualifiés n'ont pas beaucoup d'autonomie par rapport au patron; c'est pour cela que le terme de prolétaire est utilisé pour les désigner. Ils n'ont quasiment rien, aucune liberté face au patron.

Nous devons faire une petite nuance dans les manufactures le travail non qualifié domine mais on trouve aussi des ouvriers qualifiés, des techniciens, personnes qui ont la compétence de savoir comment marchent les machines et comment les réparer. Ces nouveaux ouvriers qualifiés apparaissent avec la modernisation, mais c'est une grande minorité des ouvriers travaillant dans des manufactures.

 

Dans ce cadre de la manufacture le rapport des ouvriers à leur travail est transformé, il est moins libre et indépendant et il est obligé de respecter une discipline de plus en plus stricte qui n'existait pas dans les ateliers. Dans la manufacture en effet il y a des règlements et presque une police interne avec des contre maitres, en général qui ne sont pas très appréciés par les ouvriers.

Les règlements d'usine sont intéressants pour déduire la vie quotidienne des ouvriers. On s'aperçoit qu'ils sont très nombreux, et cette répétition des règlement tend a montrer qu'ils étaient assez mal respectés car il fallait sans cesse rappeler les règles, notamment pour le respect des horaires, l'interdiction de sortir ou de s'arrêter pendant le travail, les délimitations des pauses, ou la limitation de la quantité d'alcool que l'ouvrier pouvait apporter dans l'usine car les ouvriers ramenaient de l'alcool pour pouvoir tenir le coup pendant toute leur longue journée de travail et les patrons voulait limiter l'état alcoolisé des ouvriers sur leur lieu de travail, qui pouvait être la raison de débordements ou d'accidents.

Les conditions de travail de ces ouvriers n'étaient pas bonnes, parfois même épouvantables, travaillant dans une chaleur étouffante, dans la poussière, dans l'humidité et plus largement il y avait beaucoup d'accidents du travail liés aux machines qui avaient des conséquence très graves pour l'ouvrier car aucun dédommagement n'était versé.

C'est dans les manufactures que l'on se préoccupe le plus tôt des conditions de travail, aux conditions sanitaires, à la sécurité. On a vu, dans le texte de Truquin, qu'il explique qu'il trouve que les conditions de travail dans la fabrique étaient bien meilleures que celles qu'il a connu dans son atelier où il a commencé comme apprenti.

 

Ces ouvriers de manufacture et d'usine ne forment pas l'ensemble ni même la majorité des ouvriers au XIX ème Siècle, en tous cas lors de la première industrialisation. Vers 1850, on trouve 40% des ouvriers anglais qui travaillent dans des manufactures, et pourtant c'était le pays où la concentration manufacturière était de loin la plus importante. En France, c'est 25% des ouvriers qui forment le prolétariat industriel.

A mesure que l'industrialisation progresse les formes traditionnelles disparaissent, notamment dans le textile, avec la mécanisation, la proportion de ces ouvriers ne cesse d'augmenter.

 

 

  • C'est pourquoi on peut parler de prolétarisation du monde ouvrier européen au cour du XIX ème Siècle.

On peut parler d'une prolétarisation car on trouve de plus en plus d'ouvriers qui peuvent être considérés comme des prolétaires dans le sens plein du terme. Par exemple, tout au long de l'industrialisation, on a au départ des ouvriers qualifiés dont la qualification perd son sens avec les machines, et on leur propose de travailler dans des usines. La prolétarisation brusque, a pour conséquence pour eux une descente sociale qui leur fait perdre l'intérêt du savoir faire qu'ils avaient acquis initialement.

Globalement donc cette prolétarisation s'accompagne inexorablement de la montée de conscience de classe des ouvriers, conscience de former une seule et même catégorie sociale en dépits des différence de métier, de secteur. On voit progressivement que l'on n'est plus avant tout cordonnier, maçon... mais un ouvrier prolétaire comme les autres.

La conscience de classe est conscience de former au delà des différences une catégorie sociale dominée voir exploitée avec le sentiment que l'on travaille de plus en plus sans rien y gagner, ou un minimum, au profit de ceux qui possèdent les moyens de production et récupèrent le profit de ce travail.

Dans la société d'Ancien Régime, on était dans une société d'ordre où les différences juridiques entre les individus étaient inscrites dans le droit. En principe, à partir de la révolution française dans toute l'Europe cette société d'ordres disparait. Toutes les sociétés deviennent libérales où tous les individus sont censés être égaux en droits. Mais surtout pendant l'industrialisation, on se rend compte que cette égalité de droit n'est pas une égalité de fait : dans les faits ils sont non égaux

Le libéralisme dit qu'avec l'égalité des chances chacun peut s'en sortir par son travail, par ses mérites. Mais évidemment face à cela, la conscience de classe c'est la conscience que la société n'est pas aussi ouverte qu'elle devrait l'être et les chances d'ascension sociale sont pour certains plus que minimes, infimes. Certes, on trouve des exceptions, mais le sentiment dominant c'est qu'il n'y a aucune chance quand on est fils ou fille d'ouvrier de devenir autre chose qu'ouvrier. Il y a donc un sentiment de rigidité, d'un destin, d'une prison sociale que l'on appelle la classe, qui renforce l'idée de catégorie. On est enfermés dans la classe même si ses murs sont invisibles, immatériels.

 

Cette conscience de classe se traduit dans le mouvement ouvrier. Au départ, ce mouvement ouvrier est extrêmement multiple, divisé en différents innombrables secteurs, métiers, puis ensuite on voit une tendance à l'homogénéisation des ouvriers, une convergence progressive des associations ouvrières vers des organisations globales plus unitaires.

Schématiquement dans la première moitié de l'industrialisation, les seules organisations tolérées étaient ce qu'on appelle les sociétés de secours mutuel ( en anglais : friendly societies ). Ce sont des associations d'ouvriers et d'ouvrières même si la majorité est masculine qui ont pour principale fonction l'entraide, la solidarité. Elles font des caisses de secours par des cotisations et ces cotisations servent à apporter un minimum d'assistance et de secours aux ouvriers qui se trouvent dans des situations dramatiques à une époque où il n'y avait aucune sécurité sociale, dans l'objectif de venir en aide aux veuves, aux accidentés, aux vieillards... Ces sociétés de secours mutuel ne faisaient pas de politique et n'était tolérées par les autorités que dans cette mesure.

Emergent vers 1850 des organisations avec une visée plus grande qui continuent à faire de l'entraide mais vont plus soin, ce sont les syndicats. Les anglais ont montré la voie ( les trade-unions). Ces syndicats au départ sont très nombreux, morcelés en métiers, secteurs, mais quand même on voit une convergence très nette qui se dessine. En 1868, on a la fondation du trade union congress, qui est une organisation qui essaye de regrouper le plus de syndicats des différents métiers, de transcender les différences et de regrouper tout le monde.

Il se limite aux syndicats d'ouvriers qualifiés, les non qualifiés sont mis de côté par cette organisation.

 

En France, l'équivalent dans l'esprit, la Confédération Générale du Travail apparaît en 1895. Cette apparition est beaucoup plus tardive. Le mouvement ouvrier syndical tend aussi à créer des liens dans la seconde moité du XIX ème Siècle à créer des liens à l'international. A l'époque nous étions dans un contexte d'affirmation des nationalismes...

A l'inverse les revendications ouvrièresdeviennent internationales. Voyons l'exemple de la fête du travail, journée imposée par les syndicats comme une journée de fête chômée, sorte de grève générale festive. C'est aux Etats-Unis qu'est d'abord fêtée en 1880 la fête du travail le 1er mai avant de se développer en France en 1890. C'est le jour des travailleurs.

 

Ainsi on voit que l'on a un mouvement de convergence qui fait passer des classes ouvrières à une classe ouvrière de plus en plus homogène et qui essaye de s'organiser de façon de plus en plus unitaire.

L'homogénéité n'est pourtant pas totale, les différences internes au monde ouvrier restent importantes. On trouve en effet des choses différentes, ils peuvent avoir des traditions, des attitudes différentes, mais aussi des différences religieuses et politiques qui peuvent s'associer aussi à des différences ethniques ou nationales. Par exemple, le mouvement ouvrier britannique a du mal è intégrer le ouvrier irlandais catholique, en raison du conflit entre catholiques et protestants.

De manière plus générale, le mouvement ouvrier à la fin du XIX ème Siècle a beaucoup de mal à intégrer les immigrés, qui viennent d'ailleurs. Ces immigrés apparaissent comme des concurrents déloyaux car ils acceptent de travailler pour des salaires plus bas. Les ouvriers ne veulent pas les intégrer dans leur organisations.

Dans le même ordre d'idée le mouvement d'ouvrier a beaucoup de mal à intégrer les femmes qui sont pourtant dans la classes ouvrière. Mais les revendications féministes sont absentes des organisations, qui sont masculines, et phallocatriques.( définition de Phallocratie de Wikipédia : domination sociale, culturelle et symbolique exercée par les hommes sur les femmes. Par extension, elle est utilisée pour désigner une structure sociale misogyne : patriarcale et sexiste. )

Tous les ouvriers ne sont pas révolutionnaires, les syndicats « rouges » se référent a des idéologies socialistes, anarchistes, communistes. Mais on a toujours aord ouvriére pus ou moin important pus du coté conservateur, parfois en lien avec les églises catho ou protestants qui sont pluls pou une conciliation avec le patronatp lutot qu'une lutte classe contre classe.

Différences politique se maintiennent donc dans le mouvt oyuvrier.

Unité porgresse et a ses limites. Ce qui fait surtout l'unité c'est les conditions de vie, marquée par une grande précarité, ce qui est rvai pour tous les ouvriers.

 

II – La condition ouvrière.

 

A) Les revenus des ouvriers.

 

Par définition, l'ouvrier est celui qui ne possède rien ou du moins qui ne possède pas grand chose et qui vit essentiellement de son salaire, de son travail. On peut voir sur les salaires un éventail assez large des salaires ouvriers. Il est difficile de dresser tableau général car on trouve des différences importante. Il y a un écart incontestable entre une élite qui touche des salaires, permettant de travailler sereinement et des ouvriers exploités sous payés vivant dans la misère.

En France, vers 1840, les ouvriers de manufacture du textile mécanisé gagnent entre 0,6 Francs et 2 Francs par jour selon le sexe et l'âge. Pour la même quantité de travail, il était normal qu'un homme soit payé plus qu'une femme, et que les enfants soient moins payés que les adultes. Avec un tel salaire, on est dans une pauvreté, on ne peut guère plus que se nourrir.

A la même époque, les ouvriers très qualifiés des métiers d'art parisien touchaient des salaires qui montaient jusqu'à 4 à 5 Francs par jour, et là pas on ne trouve pas du tout d'enfants ni de femmes car ils sont complètement mis à l'écart de la qualification.

 

Cela dit, la précarité est générale car quel que soit le secteur, la qualification, le XIX ème Siècle ignore le CDI, en effet les ouvriers ne signent pas de contrat de travail. Tous les ouvriers peuvent perdre leur travail du jour au lendemain, ils peuvent être renvoyés, congédiés, parce qu'il n'y a pus de travail, parce qu'ils sont blessés ou malades ou même parce qu'ils sont trop vieux et donc plus assez productifs. De plus, les salaires peuvent diminuer et s'interrompre en période de crise.

 

Au cours de l'industrialisation les salaires, en particulier les salaires réels ( le pouvoir d'achat, c'est à dire si le salaire augmente et les prix aussi, il n'y a pas de hausse du pouvoir d'achat ) on estime qu'ils ont augmenté au cours de l'industrialisation avec des débats selon les pays, selon les secteurs, qui ne présentent pas toujours les mêmes données. On considère quand même qu'aux début de l'industrialisation en Angleterre, les salaires ont commencé par baisser avec la mécanisation. On a donc des générations des années 1820-30-40 qui sont les grandes sacrifiées du début de l'industrialisation. Ce n'est que dans la seconde moitié du XIX ème Siècle que l'on voit plus nettement une tendance à l'augmentation des salaires réels des ouvriers, il y a donc une aussi du niveau de vie, du pouvoir d'achat.

A partir de 1870, les prix agricoles diminuent, le coût de l'alimentation baisse pour les ouvriers et cela provoque une amélioration du niveau de plus. De plus l'alimentation joue un rôle essentiel dans la consommation ouvrière.

 

On voit donc d'abord une stagnation, même une baisse des salaires au XIX ème Siècle, compensée par le fait qu'il y a beaucoup d'enfants, que l'on met très jeune au travail car on a besoin de leur force de travail pour faire vivre la famille. Dans la seconde moitié du siècle, on voit une tendance à la hausse du salaire et à la hausse du niveau de vie. On assiste aussi à une baisse du travail des enfants, avec la massification scolaire.

Tout cela est variable selon les secteurs, les niveaux de qualification. Mais en général la règle est que plus l'ouvrier est qualifié mieux il est payé.

 

Le revenu des ouvriers correspond progressivement à un temps de travail qui diminue. La durée du temps de travail est une question très importante au XIX ème Siècle. La semaine des ouvriers était une semaine de sept jours, et la journée de travail avoisinait les douze heures.

A la fin du XIX ème Siècle on voit que la durée du travail tend nettement à diminuer, notamment en 1890 quand une loi généralise ce que l'on appelle la semaine anglaise, la semaine qui s'arrête le samedi à midi : il y a donc une journée et demie d'arrêt. Les salaires ne sont pas pour autant diminués, et désormais les ouvriers sont payés pour une durée de travail moins grosse.

En France, la semaine anglais n'est pas instaurée, mais un repos hebdomadaire dominical en 1906 et en 1891 en Allemagne.

A la belle époque, dans les années précédents la première guerre mondiale, dans toute l'Europe les revendications des mouvements ouvriers portent la journée de travail à huit heure, sans baisse de salaire. Cette journée de huit heures fait rêver les ouvriers de la belle époque, elle ne sera accordée qu'en 1919.

En France, on trouve essentiellement des ouvriers journaliers (travaillant à la journée) alors qu'en Angleterre les ouvriers travaillent à la semaine.

La mobilité sociale est rendue très difficile, on voit mal comment ils peuvent changer de statut cours de leur vie. Certains arrivent à s'en sortir en se faisant un petit pécule pour créer leur petit commerce, mais cela supposait d'avoir les moyens de s'établir à son compte, ce que les salaires ne permettaient, alors ces personnes ne sont qu'une minorité de la population de l'époque.

 

Les ouvriers ne sont pas forcément des misérables, mais ce sont ceux qui peuvent devenir des misérable : l'ouvrier est fragile, précaire. Sa condition peut basculer à tout moment dans l'indigence. On parlera plutôt dans leur cas de misère conjoncturelle, structurelle, liée à la situation économique. Si le pays est en crise, leurs conditions de vie sont misérables.

Il ne faut donc pas généraliser l'image de la misère, tous les ouvriers du XIX ème Siècle n'étaient pas des misérable.

 

 

B) Budgets ouvriers : prépondérance de l'alimentation

 

* Que font les ouvriers de leurs revenus?

 

Frédéric Le Play (1806- 1882 ) est l'un des premiers sociologues. Il est catholique et s'intéresse beaucoup aux ouvriers et il a comme méthode d'analyser les budgets et il fait des enquêtes pour savoir comment les ouvriers gèrent leurs budgets familiaux et il met en place cette méthode de travail un peu objectif même si l'intention idéologique de Le Play est très forte : elle est qu'ils peuvent s'en sortir s'ils gèrent bien leur agent et qu'ils pourraient s'en sortir s'ils le faisaient mieux. Il entend donc que les ouvriers gèrent mal leur budget. 

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electricien a paris 29/03/2015 13:24

Votre blog est une source d'inspitation ! merci pour vos articles.
Patrick.

dofus-generateur.blogspot.fr 28/03/2015 13:28

Merci pour cet article .