Socialisation : Famille (1)

Publié le par Licence1 sociologie Poitiers

CM SOCIALISATION : FAMILLE

 

Gilles MOREAU, permanence dans son bureau A311 à Malraux le Mardi de 10h à 12h. (même dès 9h). Adresse e-mail : gilles.moreau@univ-poitiers.fr

 

Lectures obligatoires :

  • Younés Amrani, Stephane Beaud, Pays de malheur ! La découverte, 2004

  • Martine Sonnet, Atelier 62, Editions Le Temps qu'il fait, 2007

 

INTRODUCTION

 

Dans ce cours, nous allons étudier la sociologie de la famille. De ces deux termes, le plus compliqué est celui de la famille.

 

* LE TERME : SOCIOLOGIE

 

D'après Machiavel, dans son livre Le Prince, dans son introduction il y a une formule proto-sociologique (antérieure à la sociologie) importante pour comprendre la posture sociologique : « Je dis ici ce qui est et non ce qui doit être. » Par cette formule, Machiavel refuse de porter un jugement moral sur les choses qu'il va étudier; « ce qui doit être » est un jugement moral. Or, la sociologie ce n'est surtout pas des jugements moraux. Le travail du sociologue n'est pas de juger. On précise cela car sur les questions de famille on est très vite tenté de juger les comportements des individus. C'est un sujet de conversation qui ressort beaucoup. On dit du mal des membres de notre famille, ce n'est pas une vision rationnelle, ce sont très souvent des jugements moraux sur la famille, sur le comportement du frère ou de la soeur... ce qui n'est surtout pas la méthode de travail préconisée en sociologie.

Les jugements moraux doivent être écartés de la vision sociologique. Machiavel exprime très bien l'objectif du sociologue par sa formule, qui montre que l'objectif est de rendre compte de la réalité. Il ne faut pas glisser des jugements moraux à la place d'analyse sociologique.

 

Émile Durkheim dit que le sociologue doit « rechercher la véritable parenté des choses ». La véritable parenté des choses cela veut dire que la sociologie fait l'hypothèse que ce que les gens disent de ce qu'ils font ne suffit pas pour expliquer ce qu'ils font. Autrement dit, fondamentalement la sociologie fait l'hypothèse qu'il existe des significations qui ne sont pas réductives à la parole que les gens mettent en avant pour expliquer ce qui leur arrive. Le sociologue n'est pas un perroquet : il ne fait pas que rendre compte des paroles des personnes qu'il étudie dans le cadre d'une enquête sociologique ou autre procédé de recueillement d'information sociologique. La sociologie fait l'hypothèse qu'il existe autre chose que la parole pour expliquer les comportements des personnes, et c'est cette parenté sociologique qui permet de trouver d'autres éléments qui donnent sens aux comportements, aux pratiques des individus. C'est un travail de rationalisation de ce que les personnes peuvent exprimer spontanément, sur leur famille par exemple vis à vis de l'affection envers un membre de la famille comme le grand père.

 

Il y a la subjectivité des individus et à côté de cette subjectivité il y a un sens objectif, une objectivation, dont l'individu n'a pas nécessairement conscience et qui explique ses comportements.

 

Ce qui définit une science sociale c'est sa posture d'analyse. Les postures d'analyse peuvent s'appliquer à l'ensemble du réel social. Si on s'inscrit dans l'épistémologie générale, le sociologue a le droit de travailler sur la sociologie de l'espace. Le sociologie peut aussi fait une sociologie d'un individu, d'une histoire sociale individuelle. A contrario, le psychologue peut faire une psychologie d'un groupe. La discipline se définit ainsi par sa posture d'analyse. Il n'y a donc pas de clivages qui forceraient un sociologue à n'étudier que des groupes sociaux, un historien à n'étudier que l'histoire, un psychologue à n'étudier que le l'individu, un géographe à n'étudier que l'espace... Cependant on ne peut pas mélanger les postures d'analyse.

On peut voir l'exemple de l' « inconscient », qui n'existe pas en sociologie, on parle alors de « non conscient »  ou d'habitus :

L'école de Bourdieu par exemple développe le concept d'habitus, comme un principe générateur, moteur, des pratiques et des comportements qui est le produit de la socialisation. C'est le guide qui nous sert pour réagir dans la vie sociale de tous les jours.

 

  • LE TERME : FAMILLE.

On pourrait penser que c'est le terme le plus facile à comprendre, quelque soit l'état de ses relations avec sa famille. On est dans la situation sociologique où on a une proximité à l'objet sur lequel on travaille, on a tous ou on a tous eu une famille. L'objet de la famille est très familier, nous en sommes très proches. Chacun a une idée de la famille, mais chacun a en plus une expérience familiale. Lorsqu'on travaille sur un objet qui nous est proche, c'est que souvent on ne le voit plus. C'est un objet trop proche. Ce qui rend difficile la recherche de la « véritable parenté des choses ». On ne sait plus interroger le sens de la norme sociale car elle est trop évidente : on aime ses parents, on se sent plus proche de son frère ou de sa soeur que d'un inconnu que l'on croise dans la rue.

Le travail est compliqué, car la famille est ce que l'on appelle en sociologie est un objet très construit, qui s'impose à nous : on dit qu'on ne choisit pas sa famille ( ce qui est faux, dans le cadre de la construction d'une famille avec le choix du conjoint et d'avoir des enfants ). Mais la famille est pré-construite, elle s'impose à l'individu.

La seconde difficulté est que la famille est un espace social particulier où se développe des sentiments, où l'on exprime des sentiments comme l'amour conjugal, l'amour filial, le respect envers les personnes plus âgées. C'est un monde d'affect et c'est ce qui fait la particularité de cet espace social. Par exemple un amphi de la fac est un espace social qui n'est pas touché par l'affect.

 

C'est une situation sommes toutes classique en sociologie. Sauf que le fait que la famille est un objet pré-construit et qui s'impose à nous, cela suppose que le sociologue va devoir réaliser un travail de dé-construction pour éviter le risque de faire de l'éthnocentrisme ( le fait de construire une pensée par rapport à son opinion ). Après, il faut faire une re-construction et pour cela il va falloir se doter d'outils, de concepts pour construire intellectuellement un sujet de recherche.

La famille est considérée en sociologie comme étant une instance de socialisation. C'est une des institutions importantes pour nous fabriquer socialement, nous faire intérioriser un certain nombre de valeurs, d'idées, de comportements, notamment dans l'éthos corporel et tout cela nous apparaît ensuite, par le mécanisme d'intériorisation, comme des décisions prises pour les individus. Cela veut dire que l'on est dans une situation où la famille nous fabrique socialement en nous inculquant l'idée que la famille est importante, qu'il faut aimer ses parents... C'est elle qui nous transmet une idée de la famille et une idée du comportement qu'il faut avoir dans sa famille. Les comportements nous apparaissent après comme naturelles.

 

Il faut que l'on arrive à se détacher de ce que notre propre famille nous a appris sur la famille pour mieux l'envisager.

 

La famille est un relai, un instrument de l'ordre social. Elle contribue à organiser la société. Elle a une fonction régulatrice de l'ordre social, elle régule les relations sociales, elle fait de l'ordre social.

Dans nos sociétés occidentales, c'est l'un des premiers espaces de régulation de la sexualité, la norme dit que c 'est la famille qui accompagne l'exercice de la sexualité.

L'ordre s'impose tellement dans la société que cela nous paraît être l'ordre des choses. La famille régule beaucoup l'éthique, cela renvoie au fait que la famille a des fonctions coercitives, c'est elle qui nous apprend l'ordre social et c'est elle qui nous apprend à le respecter. La plupart du temps cette coercition n'est pas vue comme telle, cependant c'est une contrainte qui s'impose à l'individu.

Voyons par exemple le fait d'offrir et de recevoir des cadeaux pour Noël, qui est une coercition. Cela s'impose à l'individu et si l'individu refuse de s'y soumettre cela crée une situation conflictuelle.

 

La troisième difficulté c'est que la famille est un enjeu politique et moral dans nos sociétés. Ce n'est pas qu'une histoire entre les membres de la famille. Les gouvernements en France ont des politiques familiale. Il y a des débats politiques et idéologiques sur ce que doit être la famille, il y a des droits familiaux, et des concepts à l'intérieur de la famille. Il y a donc différentes dimensions dans le cadre de la famille; Les politiques publiques ne sont pas neutres dans le travail de définition de ce que peut être la famille, pensons au débat sur le PACS, et plus récemment le débat sur le droit au mariage pour les couples homosexuels, sur l'adoption pour les couples homosexuels... Tout cela s'inscrit dans le champ politique et les politiques expriment pour eux ce qui est la famille.

 

Christian Jacob, devenu chef des députés UMP a déclaré dans le Monde, lorsqu'il était ministre en charge de la famille « la famille c'est moderne, de plus en plus de couple se marient. » Il associe la famille au mariage, c'est le symbole de sa définition légitime de la famille. Il met de côté les couples homosexuels, les couples pacsés, les couples non mariés...

En matière de famille il n'y a pourtant pas de modernité mais des différences.

 

La religion chrétienne est encore opposée à la contraception, à l'avortement... L'islam propose une vision spécifique de la place que doit être accordée à la femme dans la famille. Les religions diffusent des regards moraux sur la famille, qui ont des influences sur les comportements des individus.

 

Le travail de dé-construction/reconstruction est aussi rendu difficile par le fait que la famille nous apprend que la famille est naturelle. Il n'y a cependant pas que du naturel dans les relations familiales. Les comportements ne peuvent pas être simplement expliqués biologiquement.

«  Il faut expliquer par le social par le social et le social seulement » Bourdieu

On ne peut donc pas mettre que la famille est naturelle, elle est sociale et doit être expliquée socialement.

 

On a donc un objet pré-construit qu'il faut dé-construire et reconstruire malgré les difficultés qui se présentent à nous dans cette tâche.

 

 

SECONDE DIFFICULTE : la dimension affective de la famille

Ce qui domine dans la famille, c'est le sentiments. On ne peut classer le sentiment, il n'y a pas d'échelle d'amour.

On peut penser à une éventuelle fonction sociale des sentiments. Est-ce qu'ils servent à camoufler quelque chose? Des rapports de domination, des rapports de genre, des violence?... On arrive donc à se débarrasser du sentiment pour mieux regarder. Il faut faire un travail de dé-sentimentalisation de la famille.

 

François de SINGLY, Fortune et infortune de la femme mariée, commence son livre de la façon suivante : il dit « Je règle mes lunettes sociologiques de telle manière à mettre mes sentiments dans le flou. » Il ajoute : « On ne voit pas nécessairement tout, mais on voit autrement. » Par là il exprime le fait qu'il faut mettre de côté les sentiments pour mieux analyser les situations qui se présentent à nous. C'est ce que nous devrons faire pour étudier la famille le plus adéquatement possible.

 

Un des moyens pour dé-sentimentaliser la famille, pour dé-construire et reconstruire l'objet de la famille est de prendre le contre pied du discours commun qu'il y a sur la famille : la famille est un espace d'injustice, et c'est un espace dangereux, violent.

* La famille est un espace d'injustice:

Barrère- Maurisson, Partage des temps et des tâches dans les ménages.

Elle s'est consacrée surtout au travail domestique. A partir de ces données, imaginons un jeune homme et une jeune femme étudiants en sciences sociales à Poitiers, vivant dans le même bâtiment mais ayant chacun un studio. Le jeune homme seul passe en moyenne 2h30 par jour à faire ses repas, s'occuper de son logement, faire la vaisselle... La jeune femme du studio d'en dessous passe en moyenne 2h48. Cette différence s'explique par le fait qu'on sait qu'il y a une socialisation de genre et malgré les courants féministes il y a encore des différences dans la socialisation entre garçons et filles. Ils se rencontrent, se plaisent, sortent ensemble, et décident de s'installer ensemble. C'est un couple. Monsieur se retrouve alors à consacrer 2h09 au travail domestique, et Madame consacre alors 4h12 au travail domestique.

Quelques années plus tard, ils travaillent tous les deux, ils ont deux enfants, dont un qui a trois ans. Voilà ce que ca donne : l'homme consacre alors 1h30 au travail domestique alors que la femme consacre 6h40 de son temps au travail domestique.

 

Toutes les enquêtes montrent que l'arrivée d'enfant dans un couple entraîne une différenciation sexuée dans la répartition des tâches ménagères.

 

→GOFFMAN, dans La trame conjugale, montre que les tâches domestiques sont compliquées. Il y a l'effet de la socialisation différenciée de genre qui fait qu'en général les femmes trouvent que les hommes ne savent pas bien faire toutes les tâches domestiques.

 

 

La famille est aussi un espace social où s'exercent des violences.

 

JASPARD Maryse, qui travaille sur les violences faîtes aux femmes en France, réalise une enquête nationale dans La documentation française. C'est une enseignante à l'université de Paris 1 Sorbone. Elle est aussi démographe. Son enquête porte sur les jeunes femmes âgées de 20 ans à 50 ans, donc la population active des femmes, dont elle a fait un échantillon représentatif de 7000 personnes. ( dans la presse les statistiques sont réalisées à partir de 900 à 1000 personnes, ce sont donc des résultats pas très solides par rapport à ceux de cette enquête. ) Dans ces échantillon, ont été écartées les femmes vivant en logement d'accueil car, au nombre de 15000 en France, nous savons qu'elles sortent de conflits conjugaux, et donc de situation de crise conjugale souvent violente.

L'enquête a été faite en face à face. Les enquêtrices étaient uniquement de sexe féminin, ceci pour créer l'empathie, la sympathie des personnes enquêtées, l'idée étant de favoriser les confidences. L'entretien durait environ 45 minutes, et était composé de 600 questions sur les violences conjugales mais aussi à l'extérieur de la vie familiale ( dans les centres commerciaux, dans la rue... ) Elles ne formulaient pas le mot violence, les questionnaires avaient été préparés pour noyer dans d'autres questions le sujet sur la violence, de sorte à ce qu'il ne soit qu'implicite.

On s'intéresse aux violences physiques faites aux femmes, mais aussi aux violences symboliques ou aux violences psychologiques qui sont prises en compte dans l'enquête. Elles sont de type des agressions verbales.

 

Nous allons pour le moment mettre de côté les pressions psychologiques, qui se traduisent par un dénigrement de la femme, ( « t'es nulle, tu n'y arriveras jamais! » ) et un autoritarisme.

 

Toutes les autres formes de violences sont prises en compte : qu'elles soient physiques, de chantage... et finalement pèsent dans l'enquête : 10% des femmes enquêtées déclarent avoir subit des violences conjugales non psychologiques au cours des douze derniers mois.

Ceci contribue à la rupture vis à vis de l'idéologie familiale comme étant une sphère protectrice à la dangereuse société... Car dans l'espace public 8% des femmes enquêtées déclarent avoir subit des violences conjugales. L'espace public est donc censé être moins dangereux que le cadre de la famille. C'est intéressant car cela rompt avec l'idée que la société est dangereuse, et que la famille est une sphère protectrice.

 

Dans les 10% de femmes qui se déclarent au cours des douze derniers mois victimes d'agression, Jaspard réalise une hiérarchisation avec des degrés de gravité.

- La violence est constituée d'insultes, des menaces verbales, cela concerne 4% des femmes.

- Ensuite les chantages affectifs en menaçant les enfants («  si tu fais pas ceci tu verras plus les gosses » )levier pour obtenir quelque chose de la femme 2% des femmes

  • Les violences physiques : les coups . 2% de la population féminine

  • Viol et pratiques sexuelles imposées : 1% au cours des 12 derniers mois.

Pour le viol et les pratiques sexuelles imposées, le chiffre paraît petit. Pour prévenir cela Jaspard a rapporté ce pourcentage à la population de référence. Cela représente 50 000 femmes, qui déclarent avoir subi ce type d'agression au cours des 12 derniers mois. Si on rapporte le nombre de 50 000 au nombre de plaintes contre viol, il n'y a eu que 3400 plaintes pour la même tranche d'âge... Il y a donc là une très forte invisibilité sociale des violences les plus graves faites aux femmes.

 

A ces 10% il faut ajouter les pressions psychologiques qui concernaient 31% des femmes enquêtées en plus de celles qui subissent des violences physiques.

Ce qui est intéressant dans l'enquête de Jaspard, c'est qu'elle a regardé en fonction des milieux sociaux. Dans le sens commun, on pense que la violence conjugale est surtout le fruit des pauvres familles où dans la pauvreté se développe la violence, notamment aussi avec l'image de l'alcoolique chômeur qui tappe sur sa femme.

On remarque deux catégories de personnes, dont la part dépasse largement les 10% de référence :

  • les chômeuses. On est plus dans un milieu populaire : 14%

  • 12% les étudiantes de plus de vingt ans.

    Ce n'est donc pas aussi simple que de dire que la pauvreté entraine la violence conjugale. Tous les milieux sociaux sont affectés par la violence conjugale.

 

En moyenne en France, 3 femmes meurent tous les 15 jours ( 6 par mois ) sous les coups de leur conjoint. A Paris depuis 10 ans, la moitié des femmes mortes par meurtre ont été assassinées par leur conjoint.

La société ne construit pas les violences conjugales comme fait de société, comme problème de société, comme problème à résoudre au contraire par exemple de la délinquance.

 

Dans le cadre des procès aux Assises, il y a souvent un lien de parenté entre la victime et le présumé coupable.

On peut le voir dans divers exemple de faits divers dans la région, et partout en France, montrant souvent que le noyau des problèmes est les relations familiales.

 

Nous pouvons voir un premier indicateur : Il s'agit des décisions des tribunaux aux affaires matrimoniales. On peut voir qu'il y a 15 000 condamnations pour abandon de famille. Cette condamnation concerne deux sens :

  • l'individu part ailleurs, sans plus jamais donner de nouvelles

  • Où il y a dans le couple des ex mariés des enjeux de non paiement des pensions alimentaires décidées par la Justice.

     

    Rappelons le chiffre des condamnations pour abandon de famille : il est de 15000 cas. Remarquons que c'est le double des arrestations pour consommation de drogue douce en France.

Nous pouvons voir que certains faits sont mis en avant par les médias alors que d'autres sont presque oubliés, et finalement les problèmes sociaux les plus importants ne sont pas ceux dont on parle le plus.

Les violences dans le cadre de la famille ne sont pas construites par l'opinion générale comme problème de société : on peut voir même qu'on a tendance à les renier.

Lectures :

A. Gide, Famille Je vous hais

J. Giono, Les faux monnayeurs

Sidegrain Maurac, Le noeud de vipère

R Martin du Gar, Les Thibaud

Construction de l'objet :

 

Définition du sujet de recherche:

Autre terme : du côté de certains chercheurs historiens, comme Philippe Ariès Et Georges Duby, qui nous proposent le terme de vie privée pour remplacer celui de famille.

Du côté des démographes, on parle d'unité de vie quotidienne : ce qui fait référence à l'espace de référence le plus proche du mariage.

 

La famille ne sera pas limitée à la relation que peuvent entretenir entre eux parents et enfants, mais l'ensemble du système de parenté incluant tous les membres de la parenté même s'ils ne vivent pas sous le même toit. Les personnes seules sont inclues aussi dans la sociologie de la famille.

On inclut donc tous les types de relations familiales

  • les rencontres de visue : lors de dîners de familles, de vie quotidienne...

  • les rencontres hors-visue : par téléphone, par courrier...

 

Plan du cours :

 

I – Famille sociale et famille biologique

II – La diversité des structures

III – Ordre social / Ordre familial

IV – La vie conjuguée

 

 

I – FAMILLE SOCIALE ET FAMILLE BIOLOGIQUE.

 

Il y a du social dans la famille mais il y aussi des éléments à caractère biologique : la naissance même d'un individu est le fruit de relations sexuelles entre deux personnes. Mais l'enjeu est alors de trouver la frontière entre le naturel et le culturel.

Il existe des formes familiales très diverses selon les sociétés ou le moment historique. Il faut varier dans le temps et l'espace pour voir différentes formes familiales apparaître. L'objectif pour un sociologue pour aller voir dans d'autres cultures que la sienne comment elles fonctionnent.

 

Nous pouvons prendre appui sur l'anthropologie (plutôt anglo-saxonne) et sur l'ethnologie (plutôt francophone).

Les anthropologues ont commencé à traiter depuis longtemps le thème de la famille et ils ont travailler sur les structures familiales. Il y a plusieurs intérêts pour la sociologie à se pencher sur les travaux des anthropologues : intérêt méthodologique, théorique et lexicologique.

  • Intérêt méthodologique : les autres structures différentes des nôtres montrent bien qu'on s'inscrit dans une construction sociale.

  • Intérêt théorique : Les travaux de Claude Lévi Strauss sont révélateurs d'une réponse possible à la question familiale. Ses travaux sur la prohibition de l'inceste du sens social du mariage sont des bases dans la sociologie de la famille.

  • Intérêt lexicologique : Le vocabulaire de l'anthropologie est construit avec des notions opérationnelles dans la sociologie de la famille.

 

 

 

A. Les variations des structures familiales dans l'espace.

  •  

  • Le cas des Inuit, société esquimau du Grand Nord du Groenland, au Canada.

  • Le cas des Nuer, société de l'actuel Soudan, en Afrique.

 

  • Le cas des Inuits.

    MARCEL MAUSS, héritier de Durkheim, dans son chapitre 7 de Sociologie et anthropologie, essai sur les variations saisonnières des sociétés esquimaux.

Ses travaux sont sur le mode de vie au XIX ème siècle, début du XX ème siècle. A cette époque il y avait déjà eu des contacts avec les occidentaux mais ce n'étaient que des cas isolés, il n'y avait pas eu d'occidentalisation de leur mode de vie. Leur vie de famille nous paraît singulière, ce qui montre combien les organisations familiales sont des constructions sociales.

* Chez les Inuit, les Hommes préfèrent les veuves. Des jeunes hommes épousent beaucoup plus que dans nos sociétés occidentales des veuves avec ou sans enfant. Aujourd'hui la valeur matrimoniale des veuves est moindre dans nos sociétés.

Chez les Inuit, il y a un processus de socialisation qui est responsable de la préférence des jeunes hommes Inuit pour les veuve, qui est très liée à la vision de la femme dans cette société, très sexuée, présentant deux modèles de rôles masculins et féminins très marqués. Les hommes sont responsables de tâches qui sont celles de la chasse, de la pêche au harpon... qui sont des activités dangereuses et il y a de fait surmortalité masculine. Les femmes sont responsables de la cuisine, des enfants.

La division sexuée du travail est présente dans les esprits Inuit, pour lesquels une femme seule ne peut pas survivre, en raison notamment des conditions climatiques du milieu de ces sociétés, elle doit vite se remarier. Épouser une veuve est alors une nécessité pour la société, c'est quelque chose de bien.

 

* Chez les Inuit, il n'y a pas de nom de famille.

Chez nous, c'est le nom qui constitue les filiations. Les Inuit eux sont associés, ce sont des membres d'une communauté et ils portent le nom de cet établissement. Ce nom est définit par le lieu d'habitat régulier en Hiver. C'est le nom qui est donné aux membres de la communauté. Le nom rattache à la communauté sans qu'il n'y ait de lien familial mais un lien de lieu de vie.

Les Inuit ont quelque chose qui est presque équivalent au prénom. Pour eux, la transmission d'un prénom est liée à une vision du monde : ils ont un système de croyances religieuses, ils pensent que l'âme des personnes mortes réinvestit le corps des nouveaux nés. Cela se fait par la transmission du prénom. Du coup, lorsqu'un enfant née on lui donne le prénom qu'une personne qui vient de mourir.

 

Nous pouvons voir trois conséquences à ce système:

  • L'Etat Civil : La population des Inuit vient d'obtenir le statut de Nation. Les canadiens dans les années 70-80 ils ont voulu faire l'état civil de ces populations mais cela était impossible à cause de leur système de dénomination.

  • Ce système de prénom avait aussi une fonction sociale qui permettait aux populations de saisir l'état démographique de leur population. C'est une société qui ne s'est jamais trop développée car ils vivaient dans la crainte de ne pas avoir assez de nourriture pour nourrir tout le monde.

    Si l'on a du mal à trouver un prénom pour un nouveau né, c'est qu'il y a risque de surpopulation. Si, au contraire, il y a beaucoup de prénoms à disposition, c'est qu'il y a trop de morts. Les Inuit ont ainsi un système leur permettant d'avoir une évaluation démographique de la population.

  • Les Inuit avaient une tendance à se débarrasser des personnes les plus âgées : il y avait de fréquents meurtres de personnes âgées, tuées par des membres de leur communauté, chassés, ou bien qui partaient d'eux même de la communauté vers une mort certaine à cause de l'environnement.

    Il y avait dans la société Inuit une forte croyance en le fait que ce n'était qu'une mort du corps, et que donc ce n'était pas grave de se débarrasser d'une partie de la population car leur esprit reviendrait chez les nouveaux nés.

Autre exemple :

Les systèmes de parenté chez les Inuit sont construits de telle manière qu'il n'y a pas de différences entre les petits enfants et les petits neveux et les petites nièces. La hiérarchisation entre les petits enfants et les petits neveux est chez les Inuit identique : il y a une même relation affective. Il n'y a pas de différences faits entre eux, et on utilise même le même terme pour les désigner.

Dans nos sociétés occidentales, on a l'idée que l'on doit aimer davantage ses petits enfants que ses petits neveux, alors que dans les sociétés Inuit dans le foyer il n'y a qu'une chambre, où dorment ensemble tous les membres de la famille, parents enfants et aïeuls, dans un même grand lit. Les invités du foyer dorment aussi dans ce lit avec eux.

 

Enfin, les esquimaux ne fonctionnent pas de la même manière en Hiver ou en Été. Dans ces régions, ce sont les deux seules saisons.

En HIVER : Les Inuit se regroupent dans une communauté. Ils construisent des igloo collectifs, où se déroule une vie communautaire dans un habitat collectif. Tout est mis en commun : les produits de la chasse, de la pêche... Rien n'appartient au chasseur ou au pêcheur, ce sont les biens de la communauté. Il y a un chef, âgé, chasseur, c'est le chef de l'ensemble de la communauté. Ils développent des rituels liés à leurs croyances spirituelles, comme par exemple dans la pratique de rituels festifs qui donnent parfois lieu à des échanges de partenaires sexuels dans le cadre des festivités.

Cette communauté a des règles de droit coutumier pour la vie en communauté. Les Inuit n'ont pas de prison, car le bois est très rare ce qui rend la construction de ces établissements impossible. Mais il y a du droit et donc des sanctions de type symbolique : on fait vivre des humiliations publiques aux individus à sanctionner.

Le droit d'Hiver est différent du droit d'Ete. Par exemple, un prêt en Hiver est in-refusable pour un Inuit, et on n'a pas le droit de réclamer quoi que ce soit à la personne à qui l'on a prêté quelque chose.

 

En ETE : Les Inuit vont vers la côté car il y a plus de pêche. La communauté s'éparpille donc. Chaque groupe construit un igloo individuel, petit habitat isolé constitué uniquement pour l'été. Les produits de la chasse et de la pêche ne sont plus mis en commun avec le reste de la communauté, le travail devient personnel et appartient à la famille du travailler.

En été, il n'y a aucune pratique religieuses. Les rituels religieux sont uniquement associés au collectif, à la vie en communauté. Elles sont corrélées à l'habitat collectif.

Comme nous l'avons déjà dit, le droit d'été diffère du droit d'hiver. En été, on n'a par exemple pas le droit de prêter.

 

Nous pouvons finalement dire que les esquimaux ne vivent pas sur un mode de vie homogène de structure familiale.

On peut utiliser cet exemple pour comprendre notre société. Par exemple au mois d'août les villes se vident et les côtes se remplissent. Il y a donc aussi des variations saisonnières dans nos sociétés occidentales, même si ce phénomène est évidemment beaucoup moins important que dans les sociétés Inuit.

On peut aussi faire un deuxième constat : certaines familles cultivent les regroupements familiaux saisonniers : par exemple il est fréquent de voir des familles profiter des vacances pour tous se réunir dans un même camping.

Lecture :

Françoise Hériter La cuisse de Jupiter

 

  • Le cas des Nuer.

     

2ème remarque : La compensation matrimoniale est versée aux oncles de la mariée car dans les sociétés Nuer celui-ci a un rôle très important dans la famille.

Le cas étudié par Françoise Héritier est celui de la femme stérile dans les sociétés Nuer. Dans la mentalité Nuer, on attribue la stérilité uniquement à la femme, même si pour nous occidentaux nous pouvons remarquer que la stérilité dans un couple peut très bien être d'origine masculine. Dans les sociétés Nuer en cas de stérilité, le mariage est annulé. La femme est répudiée par son mari et elle retourne dans sa famille d'origine. Le raisonnement Nuer repose sur l'idée qu'une femme qui n'a pas d'enfant n'est pas une femme, et que donc c'est un homme.

La femme stérile au regard de cette vision du monde, de ce fait là, lorsqu'elle retourne dans sa famille d'origine, elle est assimilée à un homme. Cela se traduit non pas par un habillement avec des vêtements d'homme, mais la femme stérile participe à toutes les activités masculines. Elle ne récupère pas la même place qu'avant son départ de la famille, mais avec ses frères, ses oncles, elle s'occupe du bétail. Assimilée à un homme, la femme stérile devient donc l'oncle de ses nièces. Étant devenue l'oncle de ses nièces, si certaines de ses nièces se marient elle va donc bénéficier en tant qu'oncle de la compensation matrimoniale, et donc du bétail. Elle se retrouve ainsi à la tête d'une certaine richesse. Étant propriétaire du bétail, le cas des femmes stériles qu'étudie Francoise Héritier c'est celui où elles arrivent à un niveau de richesse suffisant pour qu'elles puissent prendre une épouse, et ainsi verser une compensation matrimoniale.

A ce moment de la description du raisonnement, on peut remarquer que cela ne donne pas lieu à des relations sexuelles. Son épouse appelle la femme stérile « mon mari ». Elle se comporte comme une épouse doit se comporter vis à vis de son mari. Dans ces cas là uniquement, ce couple particulier fait appel à un procréateur, un inséminateur. Ce géniteur n'est pas n'importe qui. D'abord on fait appel à un géniteur qui est un domestique, il ne fait pas partie de la communauté Nuer. C'est un dominé, venant d'une autre tribu. Les enfants considèrent la femme stérile comme leur père, le père biologique n'aura aucun droit sur ses enfants biologiques du fait de son statut de dominé. Il n'y a qu'un seul moment où il a une reconnaissance c'est si le couple a des filles et si elles se marient, le couple verse un affranchissement, une vache et à ce moment en général il part de la famille. C'est le seul moment où son statut de procréateur est reconnu.

 

C'est bien sur un cas très singulier. Mais pour le sociologue c'est un cas très intéressant.

- Premier élément : On est en face d'une mariage légal entre deux femmes biologiques car on a affaire à une société qui accepte un mariage entre deux personnes de même sexe.

- Deuxième élément : Cet exemple montre bien combien les statuts sociaux et parentaux ne sont pas superposables, strictement réductibles au statut biologique. Il y a une disjonction possible entre la parenté sociale et la parenté biologique. Ceux qui ne lisent la famille comme n'étant qu'un mécanisme passant par la voie du sang ont une conception très étroite et sont donc dans le faux au regard des pratiques Nuer.

 

Les cas d'adoption dans nos sociétés sont des cas typique de disjonction entre la parenté biologique et la parenté sociale : l'enfant ne considère pas ses parents biologiques comme parents légitimes, parents sociaux, qui sont alors les personnes qui l'ont élevé, adopté. Cette non superposition de ces parentés est fréquente.

Par exemple, les pratiques de don d'enfant dans des sociétés comme les samo. Dans nos sociétés occidentale cela paraît inhumain de donner un enfant car on le prive de ses parents. Dans ces sociétés là cela se fait, mais pas n'importe comment. Le don d'enfant ne se fait qu'à des familles à qui l'on est allié. Ce sont des alliés qui peuvent être familiaux ( cousins, oncles... ), alliance objective qui est une alliance de parenté, ou encore on donne parfois des enfants à des alliés économiques, c'est à dire des familles avec qui l'on avait des liens de commerce, qui étaient donc des liens de confiance.

Deuxième chose : Ces pratiques étaient des moyens pour ces sociétés de tenter de résoudre la question de l'inégale répartition des enfants. On pouvait donner un garçon à une famille qui n'avait que des filles, ou donner une fille à une famille qui n'avait que des garçons. C'est quelque chose que l'on observe dans des grandes familles polygames que l'on appelle des familles Mossi, du Burkina-Faco. Lorsqu'il y a naissance des enfants, on fait en sorte qu'il y ait une égale répartition des enfants aux épouses.

 

 

CONCLUSION :

I - On peut donc confirmer que les morphologies familiales ne sont pas naturelles, ce sont des constructions sociales. Elles sont multiples, complexes, on peut parler de structures familiales polymorphes, qui prennent place selon l'espace et selon la culture. Ce qui est intéressant c'est que cela nous autorisera à nous poser des questions sur les déterminants sociologiques de l'organisation familiale.

II - Il y a non superposition des rôles masculins et féminins à l'appartenance biologique. Non seulement le couple Nuer peut être constitué de deux femmes, mais en plus l'une d'entre elle a des comportements qui sont ceux d'un homme. Dés lors que rôle et ce statut de genre ne sont pas strictement réductibles à l'appartenance de genre, on peut poser un certain nombre de questions sur la construction sociale du féminin et sur la construction sociale du masculin : Comment ils sont pensés? Comment sont-ils construits socialement? Comment est construite l'idée de virilité?

 

On peut élargir le débat à d'autres questions : celle de la transexualité par exemple, ou bien celle de l'attitude de nos sociétés vis a vis de l'homosexualité, dans le cadre du mariage et de l'adoption d'enfants pour ces couples par exemple.

Ces exemples rappellent quelque chose de fondamental qui est que nos sociétés post-modernes ont parfois l'impression de se poser des questions complexes, étiques, de bio-étiques. Le fait est qu'il y a dans les sociétés occidentales des questions sur l'adoption mais surtout tout un certain nombre de questions sur les mères porteuses, les dons d'embryon... Tout ce qui nous paraît être d'avant garde, mais lorsqu'on les déplace sur d'autres types de sociétés, elles ne sont pas si modernes que cela.

D'autres sociétés ont aussi cherché à résoudre ces problèmes d'inégale répartition des enfants, dans d'autres contextes. Donc nos débats ne sont pas des débats modernes. En matière de sociologie de la famille, il n'y a donc pas de modernité. Il ne faut pas penser les familles comme inscrites dans une vision unilinéaire. Cette vision de la famille comme étant inscrite dans une ligne est à bannir.

Il y a de la complexité, de la polymorphie, mais la famille n'est pas un espace linéaire.

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MB 18/05/2015 14:31

Voulant étayer le cours d'une sociologue, j'ai regardé votre document en pensant découvrir des éléments complémentaires. Or, je trouve personnellement que votre cours n'est pas très structuré dans le développement des idées et qu'il contient un certain nombre de fautes d'orthographe (accords de verbes, accords d'adjectifs et de noms), sans compter l'utilisation d'une locution latine erronée comme "de visue". Je trouve également une phrase qui ne sonne pas très français - "l'objectif pour un sociologue pour aller voir dans d'autres cultures que la sienne comment elles fonctionnent".
J'avoue être assez dépitée de voir un tel article publié...et je suis très inquiète sur le devenir de la langue française.
Bonne chance pour la suite de vos études !

Licence1 sociologie Poitiers 23/07/2017 19:00

Bonjour, je découvre votre commentaire deux ans plus tard. Ces cours constituent les notes que j'avais prises pendant ma première année et que j'avais pris la patience de partager. Mon maniement de la langue française vous dérange peut être, l'article n'est pas parfait... Mais vous en demandez beaucoup à celle qui, il y a sept ans, a sacrifié de nombreuses heures qui auraient pu être dépensées en soirées ou autres oisivetés. Tout cela pour permettre une diffusion de savoir, GRATUITE, (je n'ai jamais cherché à générer des revenus depuis ce blog qui, depuis sa création a généré plus de 72 000 vues) disponible pour toute personne qui ferait une simple recherche sur google.

Ces articles ne sont pas parfaits mais ils ont permis à un grand nombre de personnes d'accéder à des supports leur permettant de s'initier à la sociologie.
Sinon pour la suite de mes études, j'ai obtenu ma licence en 2014.