Cours de Socialisation : Education (1)

Publié le par Licence1 sociologie Poitiers

CM SOCIALISATION :Éducation

 

Lectures obligatoires:

  • Gaële HENRI-PANABIERE, Des « héritiers » en échec scolaire, Paris, La Dispute, 2010.

 

  • Nous allons aborder théoriquement dans ce cours quatre chapitres :

  • CHAPITRE 1 : Socialisation, éducation et scolarisation.

  • CHAPITRE 2 : École et inégalités sociales.

  • CHAPITRE 3 : L'évolution des théories sociologiques de l'éducation.

  • CHAPITRE 4 : Les contradictions de la « démocratisation » scolaire.

 

 

INTRODUCTION

 

  • La sociologie de l'éducation est une branche de la sociologie générale. On peut dire que c'est historiquement l'un des chapitres les plus anciens de la sociologie française parce que celui que l'on considère comme le père fondateur de l'école française de sociologie, Emile Durkheim, a été le premier à donner des cours de sociologie à Bordeaux et les cours qu'il a donné sont dans le cadre d'une formation qui s'adressait à des enseignants, dans le cadre de la pédagogie. Les questions de l'éducation viennent parmi les premières à avoir été étudiées. De plus, Durkheim est un sociologue qui s'est beaucoup intéressé aux questions de socialisation et d'éducation, il s'est beaucoup intéressé au fait de savoir comment les sociétés forment leur jeunesse et quelle place, en autre chose, l'école peut elle occuper dans ce système.

  • La sociologie de l'éducation est assez généraliste et à ce titre devrait constituer une partie de toute sociologie. On devrait la retrouver dans tous les travaux de sociologie réalisés parce qu'un des objectifs du programme du sociologue est d'essayer de comprendre pourquoi nous sommes ce que nous sommes. L'idée est à la fois de décrire certains faits mais aussi de comprendre pourquoi ils sont ce qu'ils sont. De ce point de vue là, la sociologie de l'éducation a beaucoup de choses à dire. On peut du coup dire qu'à partir du moment qu'on ne considère pas nos manières d'être comme naturelles on peut dire que la sociologie de l'éducation à sa place dans tout travail de sociologie, car la sociologie de l'éducation renvoie à la Genèse des conduites, à leur histoire.

  • Il y a aussi l'idée que la sociologie de l'éducation ne doit pas être une sociologie étroitement spécialisée. Elle ne doit pas être myope. Elle ne doit pas être trop centrée sur son sujet et devenir trop étroite. Elle s'est cependant centrée de plus en plus sur l'école et elle a tendance à ne plus traiter que l'école alors que les questions de l'éducation devraient nous renvoyer aussi au delà de l'école. Il y a aussi les pratiques familiales qui méritent d'être regardées, les sociabilités entre pairs... La sociologie de l'éducation doit donc s'extraire de l'école pour pouvoir croiser certains nombre de domaines pour ne pas voir uniquement ce qui se passe au niveau des classes mais aussi au niveau des familles et de l'entourage. Il y a des formes non scolaires, non explicites, d'apprentissage. A l'école, l'apprentissage est explicite. Mais il y a beaucoup de situations sociales où l'on apprend et où cet apprentissage est implicite, par exemple comment se comporter comme un garçon ou une fille. La sociologie de l'éducation doit donc s'intéresser aux formes d'apprentissage non scolaire pour mieux appréhender les situations sociales.

 

Si on voulait définir la sociologie de l'éducation, on pourrait dire qu'elle a pour objectif d'étudier à la fois :

  • Les relations dans et par lesquelles les individus sont formés comme êtres sociaux. Par exemple la relation scolaire est une relation sociale.

  • Les différentes « institutions » qui se chargent de cette formation (famille, école... ) Ce sont des relations cristallisées au fil du temps pour construire des formes stabilisées, par exemple la famille est une forme d'organisation sociale qui avec le temps s'est durcie, stabilisée. Le rôle de la sociologie de l'éducation est donc d'étudier les institutions qui se chargent des relations que l'on dit éducatives, comment elles fonctionnent dans le cadre de la formation des enfants.

  • Les rapports de la société à cette formation ( quelles sont les politiques éducatives, les normes qui prévalent... ) Les normes, si on prévalue, en matière de ce qu'il convient de faire avec des enfants, ces normes ont varié historiquement. Selon les époques les normes ne sont pas les mêmes, tout comme la façon de penser la socialisation des enfants n'est pas la même, elles peuvent être dans le temps, mais aussi culturelles, mais aussi en terme de différenciation sociale... La sociologie de l'éducation essaye de mettre au clair ces différentes questions.

  • La sociologie de l'éducation : une sociologie de la socialisation et de la scolarisation, c'est ce dont on parle si l'on ne veut pas avoir une approche trop directive parce que finalement si on se base trop sur l'école on va aller regarder du côté de tout un ensemble de pratiques qui sont des pratiques socialisatrices car on va voir que ce que l'on appelle éducation, on peut montrer qu'elles sont historiquement socialisatrices particulières, elles sont très liées à l'histoire de l'école. On parle de sociologie de la socialisation et de la scolarisation qui va beaucoup regarder l'école mais pas seulement, elle va regarder aussi les pratiques familiales et s'éloigne des pratiques scolaires. Le travail du sociologue est de montrer qu'il y a des pratiques différentes qui conduisent les effets formateurs, socialisateurs, mais ne sont pas forcément dans les normes.

  • Une sociologie qui s'intéresse à la scolarisation de nos sociétés et à ses effets.

Ce que l'on va faire c'est essayer de montrer comment nos sociétés se sont peu à peu scolarisées, notamment dans la relation avec les enfants. L'école a pris de plus en plus de place et à changer nos façons de nous comporter avec les enfants mais aussi a changé nos comportements.

 

 

CHAPITRE 1 : SOCIALISATION, EDUCATION, SCOLARISATION

 

I – La notion de socialisation

II - Des sociologies avec et sans « socialisation »

III – Socialisation et éducation

IV – Émergence de la forme scolaire et procès historique de scolarisation

 

 

Ce que l'on va essayer de faire c'est développer les prémisses de la sociologie en abordant la question de la socialisation. En l'abordant on développe un certain nombre de galons utiles pour aborder la sociologie. Il faut essayer de mettre de l'ordre entre les notions de socialisation, de scolarisation et d'éducation.

 

I – La notion de socialisation

 

Cette notion de socialisation est une notion qui est à l'origine de la sociologie. Elle est assez ancienne dans la sociologie puisqu'on va la retrouver dés les premiers travaux amateurs très loin dans le temps. Elle est centrale dans la sociologie et pourtant c'est une notion qui est un peu compliquée pour au moins deux raisons :

  • C'est une notion qui a plusieurs sens, elle est polysémique, y compris dans la sociologie elle a des sens qui sont assez différents. Tous les sociologues n'emploient pas la notion de socialisation dans le même sens. Il ne l'utilisent pas avec la même optique.

  • C'est une notion de sens commun. Elle est à la fois au coeur du sens commun et elle est utilisée dans le cadre de la sociologie. On est confrontés à une notion à la fois centrale, qui n'est pas homogène et pénétrée de sens commun.

 

 

Trois grandes significations :

  • La socialisation comme « façon de faire société.

  • La socialisation comme « intériorisation des normes et des règles ».

  • La socialisation comme « façon dont les individus sont produits par la société ».

 

1 ) La socialisation comme « façon de faire société »

 

C'est par exemple un usage que l'on va retrouver souvent du côté du discours pédagogique. Dans ces discours, on entend souvent la socialisation comme l'extension des relations de l'enfant, ou l'entrée de l'enfant dans le groupe, dans la vie de groupe. Et puis c'est par conséquent un terme utilisé dans l'extension de la relation, l'enfant sort de sa famille, il rentre dans un groupe scolaire qu'il ne connaît pas encore. C'est son intégration au sein de ce groupe qui fait la scolarisation selon les discours pédagogiques. C'est un usage commun, non sociologique, non savant, qui pose un peu problème car on a l'impression avec cet usage là qu'il n'y aurait une socialisation qu'à l'école et pas dans la famille.

 

GEORG SIMMEL

(1858-1918)

Sociologue allemand, contemporain de Max Weber (1864-1920), est l’une des figures les plus importantes de la sociologie allemande classique.

 

  • Par extension, il y a un usage proche présent chez Simmel qui se rapproche du sens commun. Il utilise l'idée de socialisation comme façon de faire société. George Simmel (1858- 1918 ), c'est un sociologue allemand, figure important de la sociologie allemande classique. Son objectif est de fonder l'objet de la sociologie, c'est à dire de comprendre comment des choses peuvent être sociales. Il traite de socialisation dans ce sens là. Chez lui, la socialisation est une notion centrale qu'il utilise pour juxtaposer un ensemble de notions, comme celle de sociabilité, d'association, c'est à dire le fait de s'intéresser à la façon dont les gens se mettent ensemble. L'objectif du sociologue est finalement de savoir comment les hommes font société d'une façon plus que d'une autre.

     

  • Il conteste l'idée que la société est quelque chose de donné, il développe l'idée que c'est une construction. Chez Simmel, la société est le produit des multiples interactions qui mettent en lien les individus entre eux. Ce sont donc elles qui font société pour Simmel. Ces multiples interactions sont le produit d'une disposition pour autrui, et c'est ce que Simmel appelle la sociabilité, le besoin d'être en relation avec autrui. Simmel montre aussi que l'homme appartient à différents types de groupes, il a différents types de liens sociaux, et c'est ce qui intéresse Simmel.

     

  • La socialisation, c'est l'action de rendre collectif.

 

  • La limite de cet usage est que cela tend à réduire l'idée de la relation sociale, l'idée de social, de société, d'interactions. Cela tend à réduire au moment où les gens sont ensemble, se réunissent, se mettent en relation. La limite de cette perception est de limiter le social au moment où les personnes sont en interaction. Or, le sociologue a tout à fait à dire sur l'individu, sur l'individu en apparence isolé. Le social n'est pas réductible à la relation sociale.

 

 

2 ) La socialisation comme « intériorisation des normes et des règles »

 

C'est un usage que nous allons très souvent rencontrer en sociologie. De plus, c'est même l'usage dominant en sociologie. Lorsque la plupart des sociologues parlent de socialisation au sens de l'intériorisation des normes sociales. C'est par exemple un usage que l'on retrouve chez Durkheim. Cet usage tend à faire de l'idée de socialisation comme un processus d'intériorisation du social par les individus que nous sommes. C'est le social dominant ou le social normé. C'est à dire que c'est l'intériorisation des normes qui prévaut dans notre société dans la socialisation. C'est l'idée d'une socialisation qui consiste en l'apprentissage des règles de la vie collective. Dans cette optique là, l'intériorisation peut être le signe d'une socialisation réussie, qui a conduit les individus à être façonnés par les normes, les règles dominantes dans la société.

C'est un usage que l'on trouve aussi du côté des pédagogues, avec l'idée que l'enfant socialisé a bien intériorisé les règles de vie.

 

 

 

EMILE DURKHEIM

(1858-1917)

Sociologue français, considéré comme l’un des pères fondateurs de la sociologie française

 

  • ( 1858 – 1917 ) Sociologue français, considéré comme l'un des pères fondateurs de la sociologie française. Il parle de socialisation. C'est une notion importante chez lui, et pour lui l'idée de socialisation est l'idée de façonnage social de l'individu, c'est ce qui va fait que les individus biologiques que nous sommes se transforment en individus sociaux. C'est le mouvement par lequel la société assujettit ses nouveaux venus.

  • Chez lui cette idée est très clairement évoquée dans le cadre du social normé, le travail de transformation s'opère très clairement dans le cadre de l'intégration des normes et des règles. C'est un processus de construction sociale dont la finalité est que l'enfant trouve sa place dans son univers social. C'est ce qui permet de faire de l'enfant un individu social, qui n'est pas simplement égoïste mais conforme aux règles qui sont celles de sa société.

  • La difficulté de cet usage c'est que cela donne de l'idée de construction sociale de l'individu, très important en sociologie, de façonnage social, une idée qui renvoie aux aspects normés de la société, à l'intégration des normes qui prévalent à un moment donné, à une société donnée. Du coup, cela tend à exclure du champ de la socialisation tout ce qui s'écarte des normes. On ne va penser comme de la socialisation le façonnage social qui s'opère à l'écart des normes, et du coup la définition de la socialisation est normatique. Elle pose problème car elle renvoie qu'il y aurait des bonnes et des moins bonne socialisations. Le regard du sociologue est donc plutôt centré sur les normes. On a du mal de penser dans ce cadre là une socialisation en dehors du cadre des normes.

  • C'est une difficulté majeure car l'une des idées centrales de ce cours est qu'il ne devrait pas y avoir pour le sociologue de « bonne » ou de « mauvaise » socialisation.

 

 

3 ) La socialisation comme « façon dont les individus sont produits par le social »

 

C'est une idée qui va nous permettre de traiter les prémisses de la sociologie et qui va nous permettre de ne pas penser la socialisation dans son rapport à la norme. Il y a de la socialisation dans le cadre des institutions mais aussi dans le cadre de l'écart de la norme. Cette idée n'est donc plus la façon de faire société mais l'idée centrale est plutôt celle de la façon dont la société forme les individus et comme elle les transforme. C'est une idée qui nous renvoie à l'étude de l'ensemble des processus par lesquels un individu est construit, modelé, façonné, déterminé, conditionné, par la société dans laquelle il vit. C'est la façon dont les individus intériorisent le social, qu'il soit normé ou non.

 

 

La notion de socialisation est compliquée car elle est polysémique : à la fois c'est une notion utilisée dans le sens commun, sensiblement différent de celui que l'on utilise en sociologie, et c'est une notion un peu compliquée, les sociologues eux mêmes n'utilisent pas toujours la notion de sociologie avec le même sens.

On peut distinguer trois grands sens différents à la socialisation dans les travaux des sociologues :

  • Le sens que l'on va retrouver dans la tradition Zimelienne, qui utilise cette notion dans le sens de faire société. Chez Zimmel, la socialisation c'est la façon dont les gens entrent en relation les uns avec les autres, la situation d'interaction. Il va regarder comment les gens se mettent ensemble, c'est leur façon de faire société.

  • Un sens que l'on va retrouver de façon majoritaire dans la sociologie, notamment durkheimienne, qui est la socialisation comme intériorisation des normes. Chez Durkheim, on a l'idée que la socialisation c'est le façonnage de l'individu, on transforme l'individu en être social. C'est ce qui permet à l'enfant de se conformer à ce qu'exige de lui la société du point de vue des normes, et des règles. Objection : cela ne permet pas de penser les socialisations à l'écart des normes.

  • La socialisation comme façon dont les individus sont produits par le social. C'est un usage qui renvoie aux processus par lesquels la société fabrique les individus sociaux que nous sommes. C'est une définition extensible de la notion de socialisation, définition très utile pour analyser les processus. Peu importe que cette façon soit conforme ou non aux normes sociales.

     

  • Pour préciser l'idée, on peut dire que la notion de socialisation renvoie aux processus par lesquels les individus sont modelés, façonnés, conditionnés socialement par la société globale ( comme par les institutions d'histoire ) et par la société locale ( la famille) dans laquelle ces individus vivent. Ce sont des processus durant lesquels les individus incorporent des manières d'être, de penser, d'agir, d'être ensemble. C'est un usage qui permet de faire la socio-genèse de ce que nous sommes en tant qu'individus sociaux.

     

    Donc cette notion nous renvoie pour faire simple à la façon dont nous sommes construits socialement. Nous sommes construits socialement, nous sommes le produit d'une construction sociale. On suppose que cela peut s'éduquer. Qu'il y a tout un ensemble de chose qui ont contribué à nous fabriquer, dans nos habitudes, nos manières de penser. Cet usage là de la notion de socialisation nous conduit à considérer que ce que nous sommes est le produit d'une fabrication sociale; ce qui veut dire que les choses pourraient être différentes, que nous pourrions avoir été construits différemment. On peut commencer à comprendre que nous sommes tous différents, nous avons tous vécu des expériences plus ou moins différentes ou divergentes et que cela a construit des manières de faire, de penser, différentes.

     

    Cet usage nous permet aussi de penser deux fonctions à la socialisation qui sont celles de la production du social et la fonction de reproduction du social.

  • La socialisation comme production des êtres sociaux : On développe l'idée que la socialisation c'est ce qui produit l'intériorisation d'une partie de la société, le social, le monde social. C'est un processus qui fait qu'on va devenir peu à peu au fil des expériences un être capable de relations avec ses semblables, capable de communiquer, de partager un certain nombre de choses en commun. C'est le processus par lequel la société nous façonne par rapport au monde auquel nous sommes destinés : nous ne sommes pas élevés de manière identique dans tous les lieux de la vie sociale. Par exemple, les enfants d'aristocrates vont être socialisés d'une manière particulière, conforme au groupe social qui leur est destiné.

  • La socialisation comme production et reproduction des relations sociales

Il faut dire que cette socialisation peut être plus ou moins conforme. Les individus se conforment aux valeurs du groupe auquel ils sont destinés : il y a des socialisations qui peuvent être en contradiction avec les valeurs auxquelles les personnes sont destinées. Le travail du sociologue est de chercher à comprendre pourquoi.

Il y a une socialisation comme processus de reproduction des relations sociales, c'est a dire que la socialisation c'est ce qui tend à reproduire le monde social en produisant un minimum d'éléments communs qui vont faire que les individus tiennent en société. Il y a un travail de perpétuation qui permet de faire que les personnes partagent un minimum de choses : des manières de voir, de faire qui sont communes et perpétuées. On hérite du monde social dans lequel on arrive ; il a déjà un certain nombre de formes, une hiérarchie, des institutions, en tant qu'individus on découvre notre univers social. On va intérioriser ce monde comme un certain nombre d'évidences : on va tendre à reproduire à travers soi l'organisation sociale qui est celle du monde dans lequel on est.

Aujourd'hui on naît dans un monde où il y a une certaine organisation sociale : il va de soit que les enfants aillent à l'école, on évolue dans des familles relativement restreintes. Lorsqu'on grandit dans une famille on a va intérioriser sans s'en rendre compte l'institution sociale comme quelque chose qui va de soit. Ensuite, vieillissant on va avoir tendance à se mettre en couple, à fonder une famille. Il y a une stabilisation de l'organisation sociale qui se fait par la perpétuation qui fait que les jeunes intériorisent leur mode social tel qu'il est et qu'ils puissent ainsi tendre de nouveau à le reproduire.

 

On évolue dans un contexte historique différent donc la reproduction n'est pas complètement identique : pour la famille on a pu intérioriser des modèles et en même temps, ce modèle se perpétuant, il connait aussi un ensemble de modifications : les manières de se mettre en couple varient, tout comme les formes familiales.

Cette idée de reproduction c'est une idée qui est importante, c'est ce qui permet de comprendre que les transformations du social se font sur la base d'un existant : il y a un minimum de continuités, et les individus peuvent ainsi tenir ensemble dans une société.

 

C'est le sens qu'on trouve par exemple chez ELIAS ( 1897 – 1990 )

C'est un sociologue allemand. Il a étudié la façon dont les individus sont produits pas le social.

Dans la bibliographie : la société, les individus

Ou encore chez BERGER Peter ( 1929 soc américain ) et LUCKMANN Thomas (1927 Slovénie ) dans leur livre célèbre LA construction sociale de la réalité, Paris, Armand Colin, 2006

 

Le monde social finalement pourrait être différent. Les choses pourraient être construites différemment. Et nous serions alors très différents car nous somme les produits d'un façonnage social qui varie socialement, culturellement, économiquement. Par exemple, une vache en France et une vache en Inde ne se comportent pas de la même manière.

Cela permet que nous pouvons incorporer des systèmes de normes de valeurs très différenciés.

 

C'est aussi la conception que nous retrouvons chez un sociologue comme Bernard LAHIRE ( 1963 Lyon ) Professeur à l'école normale supérieure de Lettres et sciences humaines.

 

 

II. Des sociologies avec et sans socialisation

 

On peut dire que c'est une sorte de modèle théorique, cet usage de la notion de socialisation, qui va induire un certain nombre de choses du point de vue de travail du sociologue. On peut dire quand on regarde des travaux sociologiques, qu'on s'aperçoit qu'il y a des travaux avec socialisation et des travaux qui sont sans socialisation .

 

1.La sociologie comme paradigme sociologique

 

Un modèle théorique, une façon de faire de la sociologie qui oppose des auteurs différents

 

  •  

  • Le structuralisme génétique de Bourdieu

    Chez Bourdieu, cet usage de la notion de socialisation est quelque chose d'omniprésent. Il suppose une sociologie avec socialisation parce que selon lui les agents sociaux sont les produits de conditionnements sociaux. Si on veut comprendre ce que sont les agents sociaux, il faut essayer de comprendre les habitudes qu'ils ont construites antérieurement et qui les déterminent : saisir leurs expériences sociales qui ont constitué leur identité sociale. Bourdieu parle d'habitus, c'est cette société toujours particulière que les agents ont intériorise et qui fait qu'ils ont des manières de vivre qui sont particulières. Chez Bourdieu on a vraiment une sociologie avec socialisation.

 

 

Pierre Bourdieu (1930 – 2002)

Pour lui, les agents sociaux sont le produit de reconditionnements sociaux et de dispositions héritées.

 

 

 

  • L'individualisme méthodologique de Boudon

     

     

 

Raymond BOUDON ( 1934, Paris ) Il récuse l'idée que l'acteur puisse être déterminé par des forces échappant à sa conscience, des héritages sociaux, culturels; et développe une conception rationaliste de l'action sociale.

Il pense que l'on n'a pas besoin de connaître les gens pour faire de la sociologie, de connaître leurs expériences pour comprendre ce que les personnes sont. Pour Boudon, ce qui est important c'est les choix individuels. On va pouvoir faire de la sociologie en parlant des choix individuels : on part du principe que les gens ont de bonnes raisons pour agir comme ils agissent.

Le social est alors le produit d'une addition de choix individuels.

 

Pour eux ce qui fait le social c'est les micro choix que nous faisons tous tous les jours, et qu'il pense comme étant des choix rationnels. Il pense qu'en fait on fait du calcul, on a des bonnes raisons d'agir comme on agit, on fait le calcul du coût / avantage, et c'est l'accumulation des choix rationnels multiples qui fait le social.

L'Exemple du bouchon : Les gens, au moment du départ en vacances, vont essayer de prendre leurs jours de RTT pour partir plus tôt, mais en fait tout le monde fait la même chose et du coup il y a quand même des embouteillages.

 

C'est l'ensemble des choix qui va contribuer à expliquer le social.

Chez Boudon il y a le refus de la conception selon laquelle l'acteur social ne peut pas échapper à des forces sociales. Pour lui nous ne sommes pas déterminés par des forces échappant à notre conscience, d'où ces choix rationnels et logiques.

 

  • L'interactionisme symbolique

 

Sans nier l'idée de socialisation, certains interractionnistes comme Erwing Goffamn ( 1922 – 82 ) sociologue américain, ne la prennent pas en compte dans leurs travaux en se focalisant que sur la situation et sur l'interaction.

Pour eux le social se situe surtout au niveau des interactions sociales : c'est au niveau de ces relations immédiates entre acteurs sociaux où les gens interagissent entre eux. C'est en étudiant les interactions qu'il propose une analyse du social . Conséquence : les interractionistes vont porter leur regard uniquement sur les situations sociales. Ils vont moins regarder le passé, mais la situation sociale au moment où les personnes entrent en contact. Ils ne mettent pas l'accent sur le passé, les dispositions, les expériences sociales...

 

Une sociologie avec socialisation dans laquelle on comprend que cette perspective va nous conduire à faire une sociologie qui essaye de comprendre la fabrication sociale des individus. On va chercher à comprendre comment les relations sociales plus ou moins stables fabriquent des types d'hommes qui sont plus ou moins différenciés.

 

2. La socialisation comme processus continu et historicité

 

Si on veut essayer de développer cette conception du social qui va avec cet usage de la notion de socialisation on peut la décrire comme étant un processus a la fois continu et historique.

- Il n'y a pas de commencement dans la dépendance sociale de l'individu: si on se place dans l'optique d'une socialisation on peut dire que la notion de socialisation nous conduit à nous dire qu'il n'y a ni de commencement ni de fin au social. Il n'y a pas de début, d'entame, ni de fin. Dans cette optique là, on peut dire que les individus que nous sommes sont sociaux depuis toujours. Il n'y a eu aucun moment où nous n'avons pas été dans des relations sociales avec d'autres individus et nous n'avons donc pas pu échapper aux relations sociales. La vie in-utérine n'est pas non sociale. Lorsqu'on naît, on est pris dans les relations sociales

 

Norbert Elias « Chaque individu est par nature fait de telle sorte qu'il a besoin des autres qui étaient là avant lui pour pouvoir grandir. L'une des conditions fondamentales de l'existence humaine est l'existence simultanée avec les autres » (La société des individus )

= il n'y a pas de degré zéro dans les relations sociales, on est toujours dans la société.

La socialité, montre-t'il, est inscrite dans notre nature biologique ; ce qui fait notre spécialité biologique c'est que nous sommes des êtres sociaux, qui doivent être façonnés. On doit tout apprendre, ce qui se fait dans le cadre de la relation à nos aînés et de ce fait nous sommes constamment dans la relation sociale.

 

  • la nature biologique même fait que nous sommes dépendants du social. L'exemple de l'enfant sauvage de François Truffaut.

    L'enfant sauvage n'a pas les comportements de l'espèce humaine mais ceux propres au cadre de vie dans lequel il a été élevé, il a acquis des comportements spécifiques comme des manières de manger, de se déplacer, de communiquer. L'enfant sauvage ne s'adapte pas au monde social des humains car il n'a pas pu incorporer les comportements humains.

    De tout cela, nous pouvons faire ressortir le fait qu'il n'y a pas de commencement dans la relation sociale. Ce que nous sommes ne va pas de soit, chacun pourrait se conduire autrement si nous étions dans des relations sociales autres.

 

  • Le social n'est pas réductible au collectif

C'est l'idée que non seulement la dépendance sociale ne se commence et ne se termine pas et aussi qu'il ne faut pas avoir une définition réductible du social comme étant du collectif : on a parfois une conception du social comme étant qu'on pense qu'est social ce qui est collectif ; le groupe, la manière d'être ensemble, les situations où les personnes sont réunies, ne sont pas isolées. Le social qui renvoie aux personnes en présence. Idée d'un individu isolé ne relèverait pas du social mais de la psychologie.

 

Karl Marx se moque des robinsonnades de ses adversaires qui ne voient pas que Robinson, même seul sur son île, agit comme un être pleinement socialisée.

Il puise sa pensée dans le mythe de Robinson Crusoé.

Un Sans Domicile Fixe agit lui aussi comme un être qui a été socialisé, qui a intériorisé le social. Cet individu isolé, même en l'étant se comporte comme étant un individu socialisé.

Karl Marx reproche a ses collègues de faire comme si les individus n'avaient pas été pleinement socialisé en refusant de prendre un individu isolé comme n'étant pas socialisé.

Robinson Crusoé va se retrouver seul sur son île déserte suite à un naufrage. Il va continuer de se comporter comme un être ayant intériorisé le social : il construit une table, un toit... Finalement sur son île et étant isolé, il reproduit avec ses techniques une marque de social. L'individu isolé est donc un être social.

L'idée est donc de ne pas réduire le social au collectif; on peut voir un individu isolé comme étant socialisé.

 

autre point : L'idée que même lorsqu'on est isolé on se parle, même intérieurement, on se comporte comme être socialisé.

 

Durkheim et Elias, sont des auteurs qui permettent de penser que l'idée même de l'individu isolé, d'individualité, de société de plus en plus enfermée, que l'individualisation est un processus historique de production sociale. Cette idée contemporaine qui fait qu'on a tendance à se penser comme des individus originaux les uns par rapport aux autres, que nous sommes particuliers, singuliers, que nous avons une vie intérieure spécifique. Ce sentiment contemporain n'a pas toujours existé dans l'histoire, il s'est développé a partir du XVIe Siècle.

 

Durkheim, dans La division sociale du travail, développe cette idée. Il dit qu'en fait on est au fil de l'histoire passé d'un type de solidarité sociale a un autre: il y a eu une passage historique d'une solidarité mécanique à une solidarité organique.

La solidarité mécanique c'est une solidarité, un type de relation sociale, qui s'appuie sur la ressemblance. C'est ce qui caractérise les sociétés simples, traditionnelles, parce que les personnes partagent les même choses. Durkheim dit qu'en revanche avec l'urbanisation aux XV ème, XVI ème Siècles, les sociétés évoluent vers un autre type de solidarité, une solidarité organique, qui est cette fois ci réalisée par différenciation. Les relations sociales s'établissent par la différence.

Durkheim explique que le processus d'urbanisation a aboutit a l'augmentation du volume de la société: on est plus nombreux, et surtout ce processus d'urbanisation a débouché sur le fait que beaucoup de monde est venu vivre dans un espace restreint. Cette densification a multiplié les échanges sociaux entre les personnes.

Le fait qu'ils sont souvent ensemble, cela a intensifié les relations sociales

Cela a a provoqué une division sociale du travail : cela a aboutit à une différenciation des rôles. Les gens se sont différenciés les uns des autres. Dans notre situation contemporaine, elle est caractérisées par exemple par toutes les dépendances: pour prendre le bus on dépend du chauffeur, de l'essence... on ne sait pas le bus fonctionne. Il y a donc une différenciation très forte des rôles dans la société. Cela aboutit à une individualisation très forte. Ce que Durkheim montre c'est que ce processus social a aboutit au fait que les personnes qui sont dans une société a solidarité organique mettent en avant l'individuel, le personnel... ce processus fait que nos sociétés construisent un individu qui se pense comme original, séparé des autres, différent de son voisin.

Notons bien que cette idée d'individualité n'a pas toujours existé historiquement, c'est une construction historique sociale.

 

Nous ne devons pas opposer l'individu et le social ! / L'individu et la société!

  • Norbert ELIAS versus l'idée de contrat social chez Jean Jacques ROUSSEAU

 

Opposition de philosophie qui n'a rien à faire dans le cadre du raisonnement sociologique car on peut tout simplement se poser la question de savoir ce que serait la société sans les individus? A l'inverse, que seraient les individus sans société?

Chez Rousseau, on a la conception d'un homme, d'une femme, qui ne sont pas naturellement portés dans la relation à autrui, pour celui cela ne va pas de doit de former des couples, d'être en groupe... l'homme a compris son intérêt de s'allier avec d'autres pour faire société, et ce qui fait société c'est la base du contrat social . C'est une vision assez anti-sociologique du social. Parce que justement elle conduit à envisager des individus isolés et à faire entrer le social dans la société, ce qui est une mauvaise façon de traiter le problème.

 

On va dire d'un enfant, s'il a du mal à l'école, qu'il refuse le contrat scolaire social, il refuse de s'y contraindre, d'adopter des comportements légitimes à son monde social dans lequel il évolue, qui est celui de l'école.

 

 

 

  • Il n'y a ni commencement ni fin au social : Nous sommes toujours, en tant qu'individus, dans la relation sociale depuis notre naissance et même avant car depuis naissance nous avons été dans la dépendance aux adultes qui nous ont élevés; c'est quelque chose que nous avons toujours connu.

  • Le social n'est pas réductible au collectif : on ne travaille pas que sur les groupes sociaux.

 

 

 

L'individu n'est pas moins justiciable d'une approche en terme sociologique que le collectif. L'exemple de Robinson Crusoé nous montre que même seul sur une île, coupée de la société, nous continuerions de nous comporter comme des êtres socialisés. L'ensemble de ses comportements montre qu'il a intériorisé des règles et des normes de la société. L'idée que l'on doit retenir c'est que la sociologie porte aussi bien sur le collectif que sur l'individu. Nous avons des manières de parler, des codes de comportements qui sont pleinement sociaux, pleinement intériorisé...

 

  • Le caractère historique du social et de la formation des « individus »

L'idée contemporaine que l'on a de nous même comme individus originaux, irréductibles, séparés les uns des autres, on peut la dater historiquement comme un ensemble d'évolution socio historique. Pour vivre ensemble on a du spécialiser les rôles de chacun ce qui avait débouché sur une individualisation. C'est une idée qui ne va pas de soit, qui n'a pas toujours existé, c'est le résultat d'évolutions historiques.

 

 

  • La question de la liberté ou de la détermination : FAUX DEBAT

     

    C'est une question qui a souvent été soulevée,mais qui n'a pas de sens pour le sociologue. Le fait de se poser la question : est ce qu'on fait des choix? Là, on tend à opposer le social et l'individu. A partir du moment où on dit que nous somme toujours dans le social, c'est une façon de dire que ce que nous sommes nous le sommes en raison des produits de notre socialisation. C'est une façon de dire qu'on n'échappe pas au social, aux expériences sociales... De ce point de vue là pour le sociologue nous sommes déterminés par le social. La question du choix est un mauvais problème, car mes choix sont socialement produits :

    Par exemple, si j'achète une voiture, on va se dire qu'on va choisir une voiture plutôt qu'une autre, et que ce choix sera définit en fonction des moyens. Ce choix est définit par la condition économique. On peut aussi montrer que toutes les voitures ne se valent pas du point de vue du coût ou du dé-coût : certaines voitures sont plus luxueuses, d'autres plus discrètes, d'autres plus pratiques, d'autres qui consomment moins d'essence... On peut donc montrer que le choix est illusoire, car il y a des conditions sociales et économiques de définition de ce choix. Nous devons retenir ici que la question de la détermination ou de la liberté n'a pas de sens. La sociologie cherche à comprendre comment les comportements sont conditionnés.

 

Le social c 'est de la relation historique. C'est dire qu'il faut remonter dans nos expériences présentes et passées qui nous ont façonnés ( les expériences scolaires, amicales, amoureuses... ) et que c'est en remontant du côté de ces expériences que l'on peut travailler à comprendre ce que nous sommes en tant qu'individus au présent.

 

Ce qui façonne les individus est historique. Le social c'est de l'histoire, à un niveau qui est collectif. Lors de notre arrivée sur Terre, on naît dans un monde structuré par des rapports sociaux : il y a des riches, des pauvres.... Il existe tout un ensemble de relations sociales qui se sont durcies au fil du temps. Notre monde est donc structuré et c'est lui qui va nous identifier.

Le monde social est identifiable par un certain nombre de formes.

Le monde social c'est de l'histoire. Lorsqu'on naît les générations qui nous précédent nous transmettent leur monde tel qu'il est et nous en transfèrent les valeurs, les normes de façon explicite ou non consciente. L'ex de la famille, telle qu'elle est constituée nous paraît être évident, mais en fait c'est complètement construit socialement.

 

Le social c'est de l'histoire aussi dans le sens individuel du terme : en tant qu'individus nous intériorisons le monde social à notre niveau. Nous intériorisons les grandes structures de la sociétés. Par exemple notre monde social diffère selon la classe sociale : je n'ai pas les mêmes valeurs qu'un fils d'aristocrate. Il faut voir que le social c'est de l'histoire intériorisé : j'intériorise le monde social au fil des années, je fais comme miennes des habitudes, des expériences, des relations sociales.... On voit que l'individu est de ce point là de la relation sociale historicisée. Le social c'est de l'histoire au niveau collectif aussi bien qu'individuel.

 

Bourdieu « le social n'est en présence que deux états, deux formes de l'histoire » premièrement il y a ce qu'il appelle histoire à l'état objectivé, par exemple l'université ses batîments c'est de l'histoire objectivée : il n'y a pas toujours eu une université, il n'y en a pas partout. C'est le produit de relations sociales historiques

Et deuxièmement, l'histoire a l'état incorporé : l'histoire au niveau de l'individu. C'est ce qui fait que chacun d'entre nous a aussi son histoire, nous intériorisons un ensemble de relations sociales et nous incorporons ce qui fait de nous des êtres sociaux.

 

On ne peut donc pas accepter la séparation de l'individu et de la société tout comme le débat sur la détermination ou la liberté de choix.

 

 

On peut dire que la notion de socialisation introduit une notion qui est celle d'historicité : cela veut dire que la socialisation est un processus continu, permanent, qui ne se termine jamais. C'est un façonnage par la société, qui fait que ce conditionnement cette nette détermination tout cela ne se finit jamais. En tant que tel on peut dire que le social ne cesse de se faire, de se refaire, sans cesse. Ce qui veut dire que cela correspond mal à l'idée spontanée que l'on se fait de nous même en tant qu'individu ; quelque chose de stable de fixe... Or, en sociologie on voit que l'individu est en mouvement. Le façonnage social n'est pas finit, il ne cesse pas. on va vivre des expériences structurantes jusqu'à l'expérience limite qui est la mort physique de l'individu.

 

Les personnes âgées sont des personnes qui continuent à être façonnées par le social. On peut penser que plus on vieillit, plus on a du social stabilisé, ce sont surtout nos expériences passées qui nous ont transformé les nouvelles ne changent pas trop la personne.

Isabelle Mallon, dans Le dernier chez soi, fait une étude sur l'entrée en maison de retraite des personnes âgées. Celle ci s'interroge sur le fait de savoir comment les personnes qui entrent en maison de retraire vont trouver le moyen de recréer un chez soi en maison de retraire. Elle ne fnot pas subir l'institution mais transforment l'institution, se l'approprient en aménageant un certain nombre de choses pour se sentir chez elles. Donc la socialisation a lieu toute la vie

On a tendance a penser la socialisation comme processus qui s'achève à la fin de l'enfance, mais c'est faux ! On voit que, si l'on suit tout ce que l'on a dit, que ce qui doit nous intéresser en tant que sociologue ce n'est pas les individus mais les relations sociales. Quand on travaille sur des groupes on voit que ce qui nous intéresse aussi c'est de savoir ce qui nous permet de les penser comme groupe social.

 

3. Socialisations différenciées et variations des formes de relations sociales.

 

Nous sommes le produit de nos expériences, de nos relations sociales qui nous ont conditionnés, déterminés socialement. Or, les relations sociales ce n'est pas de l'invariant historique et culturel. Elles varient historiquement et culturellement. La forme que prennent les relations sociales entre les individus est variable : elle change, se modifie et elle est comparable dans ce qu'elle diverge.

Donc on peut dire de ce point de vue là que les êtres sociaux ne sont pas partout ni toujours les mêmes. Au contraire ils varient significativement selon les aires culturelles, historiques, géographiques.

L'objet du sociologue est d'essayer de comprendre les variations sociales.

 

Ex : Si on regarde au niveau de notre nation selon les groupes sociaux il y a de la variation que le sociologue peut étudier : un fils de médecin vit dans un monde social différent de celui d'un fils d'ouvrier. Les différences vont induire des différences de modelage social. On ne fait pas les mêmes expériences du monde social : un fils de médecin ira en vacances, voyagera, pourra avoir plusieurs maisons, il aura un rapport au scolaire très encadré... donc le type de rapport social varie fortement. Cette variation contribue à façonner les différences chez les individus.

On peut encore affiner : dans un même groupe social comme les cadres supérieurs, tous les individus ne sont pas les mêmes, toutes les familles ne sont pas les mêmes.... On peut se demander ce qui fait la variation. On peut aussi regarder dans une même famille : des frères et soeurs, ayant des expériences socialisatrices extrêmement proches car ils ont des individus adultes socialisateurs qui sont les mêmes, partagent des conditions d'existence proches qui créent de la proximité. Souvent ils ont des traits communs, des mimiques... mais cependant il y a de la variation : l'un peut mieux réussir à l'école, l'autre en sport.... On verra dans ce cas là, qu'une famille n'est pas quelque chose d'homogène, cela évolue. Par exemple : le contexte socio économique de la naissance d'un enfant peut varier par rapport à celui de la naissance d'un autre enfant... Ce qui contribue à créer des différences.

On doit comprendre que les variations sociales sont multiples. Elles sont aussi subtiles. C'est cette variation sociale là qui est l'objet du travail du social.

 

Ce qui fait le coeur même du travail du sociologue c'est l'analyse de la forme et du sens que prennent , à un moment donné, en un lieu donné, ces relations sociales qui font l'objet de son travail.

On peut travailler aussi bien en macro-sociologie qu'en micro-sociologie.

 

On va penser des socialisations différenciées : on ne réalise pas tous la même socialisation et c'est ce qui explique nos différences. Nous sommes tous relativement spécifiques, même lorsque nos partageons des conditions de socialisation extrêmement proches; par exemple pour le cas des jumeaux, qui sont très semblables sur le plan physique, il ne sont pas les mêmes; même s'il sont très proches, il y a des expériences qui ne sont pas identiques et qui contribue à les différencier, et c'est ce qui fait leur singularité relative. Si on pousse ce raisonnement jusqu'au bout, on peut dire que si mon voisin avait vécu exactement parlant les mêmes expériences sociales que moi, il serait socialement moi.

Il n'y a donc pas pour le sociologue des individus bien ou mal socialisés mais des individus socialisés différemment.

 

Pour autant on ne doit pas aussi ignorer qu'au sein d'un espace social tout ne se vaut pas : il y a des rapports de domination. Tous les produits socio-culturels n'ont pas les mêmes valeurs, certains sont plus cotés que d'autres, tandis que certains sont disqualifiés.

EX : Si on prend le langage, qui est de la relation sociale intériorisée, toutes les manières de parler ne se valent pas. Par exemple, l' école est une forme dominante qui s'imposer, qui est capable de dire à un moment donné ce que c'est que bien parler, quel est le bon langage. Elle sanctionne, qualifie, disqualifie et méprise des comportements notamment linguistiques. Le rapport au langage est construit socialement.

 

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sylvain kouame kobenan 12/03/2016 01:29

Et parlant même des hommes ceux ci ne sont pas naturels sont plutôt des acteurs sociaux

m 15/12/2015 00:44

Bonjour, vous dites je cite : "Par exemple, une vache en France et une vache en Inde ne se comportent pas de la même manière." cet exemple est d'une part complètement faux, et d'autres part on parlent des hommes qui sont des produits sociaux. les animaux ne sont que naturels