Histoire Contemporaine Discipline II (2)

Publié le par Licence1 sociologie Poitiers

L'Europe au XIXème siècle : la croissance démographique

 

C'est un fait assez connu qu'au cours du XIX ème siècle, la population européenne a considérablement augmenté. Entre 1800 et 1900, on passe d'un peu de moins de 200 millions d'habitants à un peu plus de 40 millions d'habitants. Nous pouvons donc dire qu'en un siècle la population du continent européen a tellement augmenté qu'elle a doublé ( la Russie étant incluse dans l'Europe )

A cette augmentation, il faut ajouter les européens qui sont partis d'Europe, qui ont émigré vers d'autres continents, essentiellement vers l'Amérique. On compte au XIX ème Siècle environ 40 millions d'émigrants européens.

Ce que l'on peut aussi noter c'est qu'au cours du XIXème Siècle, la population européenne est passée de 20% à 25% de la population mondiale : on passe d'un homme sur 5 à 1 homme sur 4 qui est un européen. C'est un maximum historique, on arrive à ¼ de la population mondiale qui est européenne, ce n'avait jamais été vu avant.

Nous pouvons voir aussi un autre ordre de grandeur : si on prend en compte les populations d'origine européenne a l'étranger, on obtient 1/3 de la population mondiale ! Il est probable qu'il y ait un lien entre le fait que la domination européenne sur le monde est à son apogée et le fait que les européens pèsent le plus lourd sur le plan démographique. Cette croissance que l'on peut qualifier d'explosive, s'explique par le schéma de la transition démographique qui s'applique en Europe, entre un ancien et un nouveau régime démographique. Cette croissance démographique, nous pouvons en souligner les limites à travers deux exceptions : l'Irlande et la France.

 

I – L'Europe, entre ancien et nouveau régime démographique

 

A. Le modèle de la transition démographique

 

A partir du milieu du XVIII ème Siècle en Europe du Nord Ouest, c'est à dire en Angleterre, aux Pays Bas, dans le nord de la France puis progressivement au XIX ème Siècle dans toutes les autres parties du contient, on observe un mouvement de baisse du taux de la mortalité qui se fait de façon régulière. Dans un premier temps, la natalité est restée à son niveau traditionnel, assez élevé, proche de la fécondité naturelle, et du coup la population a commencé à augmenter. Au bout d'un temps plus ou moins long, on constate toujours un fléchissement de la natalité. Celle-ci se met à baisser alors que la mortalité tend à se stabiliser à un niveau bas. Du coup, l'accroissement naturel tend à diminuer et la croissance démographique finit par se stabiliser.

 

Les démographes commencent en 1945 à parler de transition démographique pour définir ce schéma théorique avec une sorte de loi qui est que tous les pays du monde connaissent cette évolution.

Ils opposent trois périodes démographiques, un ancien régime démographique, un nouveau régime démographique et une phase de transition entre ces deux périodes.

 

*« Ancien régime » : on a des taux de mortalité et des taux de natalité élevés (autour de 4%) avec des fluctuations parfois fortes, par exemple en cas de changement climatique comme le petit Age Glaciaire qui a eu sous l'Ancien Régime de fortes conséquences sur la population, favorisant les crises démographique. →Sous l' « ancien régime », la population est stationnaire.

* « Nouveau régime » : on a des taux de mortalité bas et des taux de natalité bas (1 à 1,5%) La croissance démographique est stable, on contrôle les naissances et donc les taux de mortalité et de natalité sont stables? →Sous le « nouveau régime », la population est stationnaire, et même orientée à la baisse.

* Phase de transition : on assiste à une baisse de la mortalité puis vient ensuite une baisse de la natalité → Pendant la phase de transition, il y a un fort accroissement naturel ( la population s'accroit, en fonction du solde migratoire. )

B) Quelques explications

 

Les historiens et les démographes ont cherché à expliquer pourquoi à un moment donné de l'histoire, le régime démographique qui avait peu varié pendant des siècles, a eu un changement structurel et profond, se caractérisant par une baisse continue de la mortalité.

Le point important pour dépasser la prévention du sens commun c'est de ne pas commencer par penser qu'il y a plus d'hygiène et de médecine et que c'est pour cela que la population vit plus longtemps ! En aucun cas les progrès de la médecine n'ont une réelle influence sur la transition démographique : ceux ne sont que des petits progrès à cette époque, ne suffisant pas à expliquer le début de la transition démographique.

 

Pour faire apparaître les causes profondes de la transition démographique, nous devons faire l'hypothèse d'une amélioration du régime alimentaire. En moyenne les individus sont mieux nourris et ils ont des organismes plus résistants. Nous pouvons remarquer que cette évolution ne se produit pas par hasard : Au XVIII ème siècle des progrès conséquents de l'agriculture sont constatés en Europe, de plus on commence à développer l'élevage et l'augmentation de la consommation de protéines animales joue un rôle fondamental dans la prolongation de l'âge, de l'espérance de vie.

Nous devons aussi prendre en compte les améliorations des transports qui permettent de remédier de façon de plus en plus efficace aux situations de crise alimentaire : on transporte plus facilement et plus rapidement les produits, et du coup il y a une raréfaction des crises alimentaires.

 

Cette amélioration du régime alimentaire explique la baisse de la mortalité, autrement l'augmentation de l'espérance de vie qui reste limitée (inférieure à 30 ans en France au moment de la Révolution). Ce qui change dans un premier temps ce n'est pas que la population vit plus longtemps, qu'elle est plus vieille, mais que la propension d'enfants qui meurent avant d'avoir atteint l'âge adulte diminue. La mortalité infantile diminue. Avant cela, environ un enfant sur deux mourrait avant de parvenir à l'âge adulte.

De cette amélioration de l'état de santé attribuée à l'enrichissement des régimes alimentaires, on peut ajouter l'apport que nous donnent les statistiques anthropométriques, statistiques sur la taille des jeunes gens, qui des données militaires, récoltées au cours des visites médicales préalable au service militaire. Les historiens peuvent étudier ces résultats et les transformer en statistiques et de fait ils constatent une amélioration progressive de l'état de santé et le recul de certaines carences comme le rachitisme. La taille est l'indicateur principal de cette amélioration, ainsi au cours du XIXème Siècle, on sait que les français ont gagné entre 4 et 5 cm. Les néerlandais ont eux gagné entre 8 et 9 cm. Cette augmentation de la taille ne peut s'expliquer par la médecine. Elle provient de l'amélioration des régimes alimentaires.

 

Ensuite seulement, dans la deuxième moitié du XIX ème siècle interviennent des progrès réels de l'hygiène et de la médecine. En réalité, jusqu'à la fin du XIX ème siècle la médecine était très peu curative ( ou alors inefficace : les saignées pratiquées par les médecins consistaient à retirer du sang du corps du malade, car l'on pensait que le mal venait du sang. Mais cette pratique ne faisait généralement qu'affaiblir davantage le patient. ). Mais dés le XVIII ème siècle, on peut voir l'apparition d'une médecine préventive, montrant de réels progrès en hygiène. C'est le cas par exemple en matière obstétrique, qui est la science de l'accouchement et qui est un secteur de la médecine qui, dés le XVIII ème siècle connaît des progrès importants avec les règles d'hygiène et la création d'école de sage femme: on fait vivre plus de bébés mais le taux de mortalité des femmes en couche diminue : les femmes peuvent avoir plus d'enfants car elles vivent davantage.

 

Ensuite, dés la fin du XVIII ème Siècle en France et en Angleterre, on prend conscience des dangers sanitaires liés aux eaux usées, croupis, qui sont des facteurs de choléra, ainsi qu'aux déchets urbains. On prend conscience que ces phénomènes insalubres sont des vecteurs de maladies et on commence à lutter contre eux. Mais en réalité, il faut attendre la seconde moitié du XIXème pour que se mette en place la révolution pastorienne, dans les années 1860, 1870. Pasteur invente l'asepsie. A partir de là, la médecine enregistre des progrès rapides et importants.

C'est un fait que même avant la première guerre mondiale, à la belle époque, la plupart des grandes maladies infectieuses, épidémiques, paraissent terrassées. Des maladies comme la variole, le choléra, la dysenterie, ont quasiment disparu, elles ont presque été totalement éradiquées. Toutefois, il ne faut pas crier victoire trop tôt . En 1892, une grand épidémie de choléra à Hambourg fait encore 8000 morts... Mais en France par contre, la dernière grosse épidémie était en 1855. Cela dit certaines grandes maladies pandémiques, comme la tuberculise, font encore des ravages. Donc toutes les maladies ne sont pas encore éradiquées, comme c'est le cas aussi pour la syphilis, qui est à l' époque très présente et encore très mal soignée.

Cela entraine une longue baisse de mortalité jusqu' à un niveau où l'on ne peut plus descendre. L'espérance de vie à la veille de la première guerre mondiale est encore inférieure à 50 ans...

 

On peut noter aussi que c'est au cours du XIX ème siècle qu'est apparu un différentiel d'espérance de vie entre les femmes et les hommes. Au XIX ème siècle, suite à la diminution de la mortalité des femmes en couches, progressivement apparaît un écart entre les hommes et les femmes. Plus les pays sont avancés dans la transition démographique, plus l'écart de mortalité entre hommes et femmes est important.

 

Deuxième élément : le fait que dans un premier temps la natalité ne baisse pas d'abord, puis baisse dans un temps qui survient plus tard, parfois longtemps après. Dans certains pays, on constate qu'au début de la transition démographique, on voit augmenter légèrement la natalité, qui se rapproche de plus en plus vers son maximum naturel, avec la baisse de la mortalité infantile de plus en plus d'enfants deviennent adultes, et donc du coup le nombre de personnes en age de procréer augmente fortement : la population est donc plus jeune.

 

Dans la première phase de l'industrialisation, on constate l'intensification du travail juvénile : on met les enfants au travail encore plus jeune qu'avant, dans les campagnes ce type de comportement est habituel mais c'est nouveau dans l'industrie. Pour les parents prolétaires, l'enfant est une force de travail, pas avant 5-6 ans mais à partir de cet âge là, il peut participer à l'économie familiale. Donc de ce point de vie, l'économie incite a la natalité.

 

La natalité finit par diminuer. Les comportements des couples tend au fil du temps à s'adapter aux nouvelles conditions de mortalité, on fait moins d'enfants car plus d'entre eux survivent. D'autre part, cette adaptation est encouragée par la généralisation des politiques de scolarisation de l'enfant, par la lutte contre le travail des enfants dans les usines. Progressivement on voit qu'au fil du temps, l'enfant devient de moins en moins une source de revenus mais une charge. Il y a là une forte incitation à diminuer la fécondité et donc à stabiliser la natalité.

 

 

C) Décalages chronologiques et régionaux : le bilan de la transition au XIXème Siècle

 

 

En 1800

Entre 1800 et 1850

Entre 1850 et 1900

En 1910

Grande-Bretagne

10,5

+100%

+90%

40

France

29,5

+20%

+15%

39

Suède

2,5

+50%

+66%

5,5

Allemagne

21,5

+66%

+90%

65

Italie

18,5

+33%

+45%

35

Russie

36

+90%

+133%

160

 

 

Le tableau nous présente pour six pays européens une estimation de l'évolution de la population calculée en % pour la première moitié du XIX ème siècle et la seconde moitié du XIX ème siècle.

 

En Grande-Bretagne, avec une population de 10,5 millions d'habitants en 1800, le pays connaît une augmentation démographique de 100% en 50 ans (elle a donc été doublée) et dans la deuxième moitié du siècle il y a une augmentation qui est cette fois de l'ordre de 90%. En 1910, la population compte 40 millions d'habitants. La population est presque multipliée par quatre en un siècle !

Dans la première moitie du XIX ème siècle, à l'apogée de la transition, qui a commencé au XVIII ème siècle, atteint son maximum dans la première moitié du XIX ème siècle, et dans la seconde moitié du siècle, l'accroissement commence à diminuer juste après ( troisième phase de la transition)

 

Dans le cas de l'Allemagne par exemple, la transition démographique ne fait que commencer dans la première moitié du XIX ème siècle avec une augmentation de 66% de la pop, et accélère dans la seconde moitié du XIX ème siècle avec une évolution de 90%. Au total, l'Allemagne triple sa population au cours du XIX ème siècle.

La Suède connaît le même type d'évolution et double sa population au cours du XIX ème siècle.

L'Italie double aussi sa population, avec une transition démographique accélérée dans la seconde moitié du XIX ème siècle.

La Russie est un cas spectaculaire de transition démographique, commencée dés le début du siècle étudié, et nous montrant un impressionnant record de 133% sur la seconde moitié du XIX ème siècle! En 1910, la Russie est un pays dont la population est de l'ordre de 160 millions d'habitants, ce qui est vraiment beaucoup!

 

Nous devons cependant corriger ces chiffres par le solde migratoire : certains pays connaissent une immigration et d'autres une émigration.

La Russie connait une forte augmentation de sa population et cela peut notamment être expliqué par le fait que la Russie a conquis de nouveaux territoires en Asie, qui se sont ajoutés a l'empire russe donc une partie de l'augmentation démographique russe ne vient non pas de la transition démographique mais de cette extension territoriale russe. C'est un cas particulièrement intense de croissance démographique au XIX ème siècle, car tout au long de cette période la natalité reste à un niveau très élevè pendant que la mortalité baisse jusqu'en 1914. Les femmes russes ont généralement beaucoup d'enfants. La Russie est un grand pays rural, s'urbanisant peu, et d'autre part connaissant une forte influence de la religion orthodoxe qui interdit sévèrement toutes les formes de contraception : on assiste au XIX ème siècle à la naissance du mastodonte russe qui fait très peur à la fin du XIX ème siècle, c'est un géant, un colosse, à cause de sa population très nombreuse.

 

Pour comprendre la situation française, nous devons tenir compte que le pays a connu des pertes territoriales suite à la défaite de Napoléon. Le pays est amputé de l'Alsace Lorraine, ce qui contribue à limiter la croissance démographique française, d'autant plus que cette région était l'une des régions dont la natalité était la plus forte.

 

D. Conséquences migratoires

 

L'Europe est au XIX ème siècle un continent d'émigration. Cela contribue à faire que les européens peuplent le monde, notamment à travers un certain nombre de colonies de peuplement. L'immigration européenne devient massive à partir d'environ 1840, date qui coïncide avec l'apparition des navires à vapeur transatlantique qui facilitent les voyages des personnes.

 

Le développement économique de l'Amérique attire les immigrants.

Dans les années 40, on comptabilise environ trois millions de départs par décennie. Jusque vers 1850 les migrations sont surtout d'origine britannique mais à partir de 1850 on assiste à une diversification des migrations avec des populations scandinaves et allemandes : c'est le début des grands départs d'allemands consécutifs à l'échec des révolutions de 1848.

A partir de 1880, il y a une explosion de l'émigration européenne, on passe à huit millions d'émigrants pour la période étudiée.

On note désormais dans les migrants des européens du Sud, des espagnols, des italiens, des portugais et des population de l'Europe de l'Est, des polonais, des tchèques, des hongrois, des russes avec une assez forte part de juifs qui fuient les persécutions subies, surtout en Russie.

 

Années 1890 : 7 millions de départs.

Années 1901- 1910 : 11 millions de départs.

1914: 14 millions de départs.

 

Les espagnols et les portugais sont les populations qui se dirigent le plus vers l'Amérique Latine et les pays du Maghreb alors que les autres population vont essentiellement s'installer vers le nord de l'Amérique. Ceux qui partent le moins ce sont les français car l'accroissement démographique est beaucoup plus limité qu'ailleurs.

On arrive donc a un total d'environ 40 millions d'émigrants européens.

Ces chiffres sont obtenus par les nombres des passagers des bateaux. On considère que tous ceux qui ont pris le bateau ont migré, cependant les historiens soulignent le fait que ce n'est pas forcément le cas car on ne prend pas en compte les retours : leur propension est faible mais il aurait fallu les prendre en compte...

 

Quand on fait des études sur l'émigration d'une région, on fait attention aux départs mas aussi aux retours. Par exemple pour la Toscane à la fin du XIX ème siècle en Italie et pour la Galice espagnole, on voit que dés la fin du XIX ème siècle il y a un phénomène de retours de population avec de l'argent qui re-dynamisent les régions.

On peut ajouter aussi des mouvements internes à l'Europe. Par exemple, plus d'italiens vont en France, en Belgique, en Allemagne, en Autriche qu'aux États unis, ce qui veut dire que les chiffres de la population de l'Italie sont très inférieurs à l'accroissement réel de la population italienne, qui a un apport migratoire important.

 

 

 

 

II – Deux cas particuliers

 

Nous allons voir deux cas particuliers qui appellent à nuancer la notion de croissance démographique au XIX ème Siècle : l'Irlande et la France.

 

A. L'Irlande, marquée par la « Grande Famine » (1845-1850)

 

Au XIX ème siècle les crises frumentaires, alimentaires, caractérisées par un manque de céréales dont les prix sont élevés en raison de mauvaises récoltes se raréfient et sont de moins en moins graves grâce aux transports. Grâce aux transports, on parvient davantage à palier aux effets de ces crises. Toutefois surtout dans la première moitié du XIX ème siècle les sociétés européennes restent encore à la merci des accidents climatiques ou sanitaires susceptible de ravager les cultures, par exemple dans le cas de maladies agricoles où les parasites se rependent et ravagent parfois des régions entières.

Et c'est ainsi que l'on continue parfois à avoir des crises graves, c'est le cas de la France en 1816-17 au sortir des guerres napoléoniennes qui sont deux années très dures sur le plan alimentaire.

Mais la plus grave crise alimentaire du siècle est la grande crise du milieu du siècle qui commence vers 1845, et se prolonge jusqu'en 49-50, et pendant plusieurs années successives on est confronté à des difficultés agricoles. C'est la dernière grande crise d'Ancien Régime selon les historiens et les démographes. Les sociétés sont très dépendantes de l'agriculture donc en situation d'agriculture fragile les crises sont aiguës.

Une vague révolution survient au milieu de cette grande crise.

 

Dans cette grande crise le pays le plus touché est l'Irlande . A l'époque, le pays est presque uniquement rural et agricole. L'industrie n'y est quasiment pas développée, la majeure partie de la population travaillait dans le secteur agricole et beaucoup de petits paysans étaient déjà dans de situations très fragiles sur le plan économique n'étant pas propriétaires de terres. La population de l'Irlande était déjà de plus de huit millions d'habitants. Le pays était proche dur surpeuplement et rencontrait déjà avant la crise des problème de ressources même avant la crise.

Les paysans irlandais se nourrissaient essentiellement de pommes de terre. Les terres n'étaient pas très fertiles, la population cultivait aussi du blé, des céréales... Mais ces céréales étaient réservés au ravitaillement de l'Angleterre qui dominant l'Irlande à l'époque. Les paysans irlandais ne consommaient pas de blé, celui-ci était réservé à l'exportation, tout comme la viande. Leur nourriture se basait surtout sur la pomme de terre et lorsqu'en 1845 un parasite, le mildiou ravage les pomme de terre, qui était la culture vivrière irlandaise, cela provoque une famine catastrophique. De plus l'absence de réponse et de politique d'assistance de la part de l'Angleterre n'arrange rien, elle aggrave même les chose car les anglais continuent à venir se ravitailler en céréales en Irlande, empêchant les irlandais de pouvoir se nourrir des dernière ressources disponibles.

Tout cela entraîne une famine catastrophique, appelée la grande famine, et qui fera au moins un million de morts (ce qui équivaut à un irlandais sur huit!). Cette famine marque le début d'un courant très massif essentiellement vers les États Unis.

Cette émigration vers l'Amérique est une immigration du désespoir, de la misère. A ce moment là, alors qu'avant l'immigration n'était constituée que de jeunes hommes immigrant en Angleterre pour travailler dans l'industrie, lors de la grande famine il y a autant de femmes et d'enfants que d'hommes qui partent aux États Unis. L''immigration n'est pas choisie. Les familles s'entassent dans des bateaux de fortune qui les transportent dans des conditions précaires ( les coffin ships : dont la traduction littérale est : bateaux cercueil ). C'est une immigration de subsistance.

C'est une sexe-ration très bien pour la société américaine en manque de femmes !

 

Les morts de la famine et les premières vagues d'immigration ont pour conséquence le fait que 221 000 irlandais entrent aux États Unis pour l'année 1851. Cela explique que l'Irlande perde deux millions d'habitats par rapport à avant la famine.

Le courant migratoire va se prolonger. La communauté irlandaise devient rapidement l'immigration dominante aux États Unis, et rapidement l'Irlande n'a plus que 4,5 millions d'habitants ! La population de l'Irlande est divisée par plus que deux. Le solde migratoire est extrêmement négatif pour l'Irlande ! ( solde migratoire = émigration – immigration ).

 

Cette grande famine est un traumatisme dans l'histoire irlandaise surtout si les historiens irlandais et anglais se sont beaucoup disputés sur les responsable de ce phénomène. Il y a un dur débat sur l'attitude des britanniques et sur le fait qu'il y a eu une politique du laisser faire, de ne rien faire pour venir en aide aux irlandais très pauvres mourant de faim pour deux raisons :

  • le libéralisme économique interdisait d'intervenir dans la vie économique. La politique britannique était de laisser les marchés se réguler.

  • les anglais ne voulaient pas intervenir en Irlande, étant eux aussi dans une situation difficile, ils avaient peur de ne pas pouvoir assurer le ravitaillement de la Grande Bretagne. En pleine famine des bateaux chargés de blé allaient ravitailler l'Angleterre, gardés par des bateaux de guerre britanniques pour éviter les pillages... alors que la population irlandaise mourrait de faim... Nous devons aussi noter le fait que les propriétaires des terres en Irlande voulaient absolument que leur blé soit exporté vers l'Angleterre et payé plutôt que de le donner gratuitement aux paysans...

 

  • Une émigration de la misère, sur des embarcations peu sûres, les coffin ships... courant migratoire se poursuit. Vers 1901, 4millions et demi, il y a donc une stagnation démographique sur un siècle.

 

Paradoxe : Pendant que familles paysannes meurent de faim, de privation, ou vont tenter leur chance à l'étranger, il y a des bateaux anglais qui continuent à venir se servir en blé. C'est un événement grave l'agitation nationaliste irlandaise contre les anglais, ils sont accusés d'avoir laissé mourir les anglais pour assurer en priorité le ravitaillement de la Grande Bretagne

Il y a beaucoup de débats entre les historiens, notamment entre des historiens irlandais et anglais, sur cette question : Quelle est la part de la responsabilité de l'Angleterre dans la catastrophe qu'a connu l'Irlande? Les anglais disent qu'elle est mineure, mais au contraire les irlandais affirment que l'Angleterre s'est servie de cette famine pour faire baisser drastiquement la population irlandaise...

Ce qui est certain c'est qu'à l'époque le gouvernement anglais était dominé par une idéologie libérale, voir même ultra-libérale, et que le gouvernement a appliqué une politique du laissé faire. L'état intervient très peu dans les circuits économiques, on laisse le marché opérer tout seul. Cependant c'est un état libéral mais c'est aussi un état gendarme car les bateaux transportant le blé en direction d'Angleterre sont protégés par des bateaux de guerre britannique. A l'époque, le libéralisme était l'idéologie dominante.

 

De plus, les irlandais ont une image très spécifique aux yeux des anglais : ils ont la réputation de ne pas travailler assez, de se plaindre plutôt que de travailler pour résoudre leurs problèmes. Dans les mentalités, l'idée est développée que les irlandais n'ont que ce qu'ils méritent, ce qui renforce encore plus la politique britannique du laissé faire. Les anglais ne se sentent pas du tout responsables du la situation irlandaise.

 

Malthus, dans son Essai sur le principe de population en 1798 explique que pour l'Irlande il est inévitable que le pays connaisse une très forme de régulation de la démographie, car le pays était surpeuplé et que même avant la crise les irlandais rencontraient des difficultés pour nourrir leur population. Malthus développe l'idée que la population ne peut pas croitre indéfiniment, qu'il y a un moment où il y a une nécessite que la croissance démographique se stabilise car le pays manquait de ressources pour nourrir sa population. Donc pour lui, il paraissait logique que la croissance démographique irlandaise soit interrompue lors de la grande famine car le pays n'était pas assez riche pour nourrir toute sa population.

 

En 1846 sont abolies en Angleterre, les lois sur le blé ( corn laws ) qui instituaient des droits de douane importants pour le blé. Au terme d'un très long débat, le parlement britannique décide de rendre les importations de blé libres, ce qui permettait de faire venir de partout du blé, faisant baisser le prix du blé, au détriment des producteurs britanniques qui devaient baisser leurs prix au niveau de la concurrence étrangère.

Nous pouvons remarquer que si les corn laws avaient été abolies plus tôt, les conséquences de la famine sur la population irlandaise famine auraient été moins fortes... Donc les anglais n'ont pas tout fait pour sauver les irlandais.

La grande famine va avoir pour conséquence l'accentuation du nationalisme catholique irlandais qui va être un poison, qui va embarrasser la Grande-Bretagne. L'agitation catholique irlandaise est de plus en plus violente, avec du terrorisme. Elle marque l'antagonisme anglo-irlandais. En 1920, indépendance de l'Irlande.

 

Dans tout l'épisode de famine, de pénurie alimentaire grave, il y a toujours une conjugaison de facteurs naturels et humains. La nature est souvent à l'origine des crises ( accident climatiques ) mais il y a aussi la façon dont on répond ou non, plus ou moins vite, à ces crises : ce qui relève des hommes.

A la fin du XIX ème siècle, il y a eu plusieurs grandes famines qui ont frappé des territoires coloniaux. Par exemple, en Afrique noire. Alors que ces pays connaissent aussi des famines, quand on les analyse à posteriori on a été jusqu'à les nommer « génocides tropicaux ». On se rend compte que ces famines résultent du sous développement économique rendant difficile d'approvisionner ces régions en pénurie, mais on peut voir aussi une raison politique : les états qui dominent ont tendance à abandonner les populations colonisées à leur sort pour s'occuper prioritairement des populations qui sont sur le continent. On ne crée pas la famine, mais on n'est moins préoccupés de trouver des solutions pour améliorer le sort des populations colonisées que pour la métropole...

 

 

B ) L'exception française

 

 

La France connait une évolution assez singulière, différente des autres pays. Il y a donc une sorte d'exception française.

En matière démographique, le cas de la France est un cas particulier, à part, car son évolution est à contre courant avec une population qui augmente mais beaucoup moins qu'ailleurs ( voir tableau. )

En 1914, la France est rejointe par l'Italie, dépassée par la Grande-Bretagne, très largement par l'Allemagne, la Russie... D'ailleurs nous pouvons dire que la part des français dans la population européenne a été divisée par deux au cours du XIX ème siècle : elle était d'à peu prés 17% au début du siècle et à la fin du siècle elle ne représentait plus que 8,58% de la population européenne.

Après 1850, on parle de la « dépopulation française » un peu comme si la France perdait des habitants. Mais dans la réalité le pays n'a pas cessé de gagner des habitants grâce à l'immigration italienne par exemple, mais on peut voir les conséquences démographiques de la perte des départements de l'Alsace et de la Lorraine, qui étaient des régions avec une très forte natalité. En prenant du recul, on se rend compte qu'en fait il y a bien une croissance mais elle est poussive, surtout en comparaison avec la démographie des autres pays européens.

La France est aussi le seul pays qui a déjà commencé un processus de vieillissement : c'est le seul pays où la population de plus de 60 ans augmente. Une femme sur huit en France a plus de 60 ans, ce qui est un record européens. Tous les autres pays européens connaissent un rajeunissement de la population. Tout le paradoxe est qu'aujourd'hui c'est le contraire, avec des chiffres resserrés.

 

La France connait une baisse du taux de mortalité précoce dés la deuxième moitié du XVIII ème siècle. Ensuite cette baisse de la mortalité n'est pas très rapide et s'arrête vers 1820, puis baisse et remonte. Il y a un long palier jusque vers 1880-90 avant que la baisse de la mortalité reprenne son court. Les progrès de la médecine restent limités en France jusqu'à Pasteur.

Il faut attendre la « belle époque », dans les années 1890, pour voir la mortalité recommencer un mouvement de chute avec une remontée à l'occasion de la première guerre mondiale où l'on voit un pic de mortalité.

De plus la salubrité publique progresse. L'écart de mortalité entre la ville et la campagne tend à diminuer. La surmortalité urbaine baisse grâce à l'amélioration de l'urbanisme. Avec la salubrité urbaine l'équilibre se fait. Toutefois, on constate jusqu'en 1914 des différences très fortes avec des quartires riches bien entretenus, avec des fontaines... et des quartiers pauvres encore insalubres au sein d'un même ville. De même, l'accès à la médecine reste malgré tout très inégal selon le lieu d'habitation et la catégorie sociale d'appartenance.

Cela peut être expliqué aussi par les réticences fortes envers l'hygiène et la médecine dans les milieux populaires où l'on résiste plus aux progrès. En effet, souvent l'hygiène est assez agressive au XIX ème siècle. On essaye d'obliger la population à respecter les nouvelles normes, certes favorables à la santé publique, mais qui heurtent la tradition. Dans la culture population, les personnes ont un peu l'impression qu'on veut les contrôler, les surveiller, les forcer à adopter un nouveau comportement, à agir d'une certaine façon, donc les personnes ont tendance à refuser le progrès.

 

Au cours du siècle, le régime alimentaire de la population s'améliore. La courbe de calories journalières augmente tout le long du XIX ème siècle et la mortalité recule continuellement et l'esperace de vie augmente malgré tout, mais lentement.

Même si le bilan de mortalité n'est pas terrible, ce n'est pas ce qui explique que la population n'augmente pas plus car par exemple il y a des conditions de vie très difficiles en Russie en raison du climat très rude, et la population russe explose au cours du siècle.

 

La véritable explication de l'exception française est que la courbe de natalité baisse continuellement tout au long du XIX ème siècle. Elle s'observe même avant la révolution française, ce qui rompt avec l'idée que certains historiens ont développé qui est que c'est la révolution qui est responsable de la chute de la natalité en France avec l'instauration de la transmission de l'héritage égale pour tous les enfants, et que cela a eu pour conséquence que la population s'est mise à faire moins d'enfants pour éviter un émiettement du patrimoine.

La France est le seul pays européen à avoir une natalité inférieure à 3% au XIXème siècle.

En 1910, c'est aussi le seul pays à avoir une natalité inférieure à 2%.

Donc tout au long du XIX ème siècle, la France a une natalité inférieure à celle des autres pays européens.

 

Cependant, ce constat est à nuancer selon les régions : on peut voir une nette baisse de la natalité dans le bassin parisien et aussi dans la plus grande partie Sud de la France, où le modèle de la famille à enfant unique se met en place. Dans ces régions, vivent de petits paysans ayant des petites propriétés, dont la raison est que l'on évite au maximum d'avoir trop d'enfants pour pouvoir conserver plus facilement le patrimoine familial de génération en génération.

En Bretagne, dans le Nord, en Alsace, le nombre d'enfants par femme passe de 5 à 2,5, étant donné le niveau de la mortalité infantile on ne reproduit pas les générations.

 

L'age des femmes au mariage diminue en France. Il était de 26-27 et passe à 23-24 ans, ce qui allonge la période de fécondité au sein du mariage. On peut se demander si le taux de célibat augmente. Cependant, il reste stable au XIX ème siècle, il est 10 à 11% des femmes ( religieuses ou autres femmes ne se mariant pas ) donc ce ne sont pas des indicateurs pour expliquer la baisse de la natalité.

 

Il faut donc admettre qu'il y a eu un choix, une pratique de la contraception, du contrôle des naissances qui est plus important en France que dans les autres pays. Notons un indicateur particulier : l'âge moyen de la dernière maternité. Celui-ci ne cesse de baisser au cours du XIX ème siècle. Une fois que les femmes ont eu le nombre d'enfants qu'elles désirent elles savent comment arrêter d'en avoir.

On sait aussi que l'urbanisation intervient. Le taux de natalité tend à baisser plus vite en ville qu'à la campagne, de même que la pratique religieuse.

 

De plus nombre d'enfants par femme corrélé au niveau d'instruction des filles nous montre que plus les femmes sont instruites moins elles ont d'enfants.

Cependant, il reste toujours une part d'énigme historique sur l'évolution de la natalité en France.

 

 

Les élites, savants français et politiques,0 ont pris conscience de ce décalage à partir des années 1850. On commence à faire les premières études démographique.Le mot « démographie » apparaît pour la première fois en 1855 sous la plume d'Achille Guillard dans ses Éléments de statistique humaine ou démographie comparé. Il commence à dire que la France a une évolution différente des autres pays et que sa part dans la population européenne ne cesse de diminuer.

A cause de cela, on trouve une inquiétude très forte dans les esprits après les défaites de la France contre la Russie et la Prusse. On sent bien que l'on n'a pas en France le dynamisme des allemands qui eux sont en plein boum démographique. Sous la troisième républiques, les élites politiques, les économistes, se préoccupent de la dénatalité et de la dépopulation relative française. A la « belle époque », on voit qu'est mise en place une législation nataliste qui instaure autour de 1900 des lois, mesures pour encourager les familles nombreuses. Mais dans un premier temps, il y a surtout une répression qui est instaurée contre tous ceux qui prônent le contrôle des naissances qui est fortement interdit.

A l'époque, se développe un discours anti-nataliste, néo-maltusien, par référence aux idées de malthus, économiste écossais de la fin du XVIII ème siècle reprenant ses idées de contrôler la population. Ce discours de propagande se développe dans les rangs socialistes et anarchistes à la fin du XIX ème siècle. On prône la « grève des ventres » : on dit aux femmes des milieux ouvriers qu'ils faut qu'elles contrôlent leurs naissances car on pense qu'avoir beaucoup d'enfants est une forme d'aliénation pour les familles ouvrières, et il y a aussi surtout chez les anarchistes l'idée qu'il ne faut pas produire de la chair à canon pour l'armée, faire des enfants pour mieux servir les bourgeois.

A la belle époque, il y a une répression assez importante de ce discours.

 

Livre :

Francis Ronsin, La grève des ventres.

 

CONCLUSION :

 

Il est évident que même si nous avons des exceptions, notamment celle de la France et de l'Irlande, l'Europe connaît une explosion démographique au cours du XIX ème siècle. Cette croissance démographique est quasi explosive, et c'est un paramètre majeur pour comprendre les transformations du monde au XIX ème siècle, à la fois l'expansionnisme européen. On constate souvent que ces populations ayant un fort dynamisme se rajeunissent et ont tendance à connaître des phénomènes de transformation plus rapide : plus la population est jeune, plus la population est dynamique et est prête à des mutations plutôt rapides. Donc si la population européenne change beaucoup, elle le doit aussi au rajeunissement que connaît la population à cette époque. 

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morgane V 04/11/2011 12:06


"on passe d'un peu de moins de 200 millions d'habitants à un peu plus de 40 millions d'habitants"
première phrase, je crois qu'il y a une petite erreur et que vous vouliez surement dire 400 millions ;)


Flo 20/09/2015 16:38

Oui je suis d'accord

fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 30/10/2011 17:04


Blog(fermaton.over-blog.com).No.28- THÉORÈME DU SIOUX.- MASSE CRITIQUE MONDIALE ?