Histoire Antique Discipline 2 (3)

Publié le par Licence1 sociologie Poitiers

LE MONDE HOMERIQUE : Xème - VIII ème Siècles avant Jésus Christ

 

La période des âge sombres fait le lien entre la chute des palais, la fin du monde mycénien et le monde homérique. C'est une période de très profondes crises dont l'on sait beaucoup plus de choses grâce à l'archéologie. Malgré tout, pour comprendre ces périodes nous avons à notre disposition une source extrêmement riche qu'il faut manipuler avec précaution du point de vue de l'historien, des enseignements que nous pouvons en tirer, cette source ce sont les poèmes d'Homère. C'est une poésie qui présente un monde, appelé monde homérique, qui se rapproche d'une certaine manière aux âge sombres. Les faits ne contredisent pas ce qui est dit dans les poèmes. Si nous les prenions au pied de la lettre, nous devrions croire que ce serait une description du monde mycénien, mais en réalité, c'est beaucoup plus complexe que cela.

 

I – Homère : poésie, histoire et mémoire.

 

1) Homère et la poésie homèrique.

 

La poésie homérique est constituée de deux grands poèmes : l'Iliade et l'Odyssée. Ils sont écrits en vers et avaient vocation à être chantés par des chanteurs professionnels avec une lire, qui passaient de village en village et chantaient ces poèmes. Ils sont constitués de plusieurs milliers de vers c'est de la poésie épique; elle raconte une épopée fondée sur des valeurs guerrières, sur des aventures, des combats chantés par des aédes. La poésie épique, comme la chanson de Rolan par exemple, l'Enéide dans le monde romano-latin, s'inscrit dans la continuité de l'Iliade et de l'Odyssée. C'est une continuité de la tradition qui remonte à Homère, qui a vocation à constituer la mémoire d'un groupe culturel, à évoquer de façon déformée la passé, mettant en avant des modèles de comportements. C'est le cas pour les histoires chevalières, qui proposent un modèle de comportement et aussi d'organisation sociale. On respecte des codes, comme l'alternance de la parole et de l'action, le fait que les héros annoncent ce qu'ils vont faire ( « je vais te tuer ! » ). Il y a une alternance entre les phases de combat et de repas et la guerre est constante. On peut noter le rôle du banquet où l'on partage les mêmes valeurs guerrières et l'intervention permanente du surnaturel... Les poèmes homériques respectent ces codes. La poésie présente surtout des sociétés idéalisées, où seule une classe sociale est évoquée, celle qui domine, celle de l'élite de l'aristocratie.

 

L'ILIADE :

L'Iliade, vient du mot Ilion, c'est Troie. C'est l'histoire de la guerre de Troie, ou plutôt d'une partie de la guerre de Troie. En réalité, dans l'Iliade, la guerre de Troie est commencée depuis huit ans. A la fin de l'Iliade, on n'a pas la fin de la guerre. Ce n'est qu'un épisode essentiel, c'est la colère Achille. D'un côté, on a les troyens et Hélène et son mari Paris dans la ville de Troie. De l'autre côté les acquéens qui sont là pour l'honneur de Ménélas car sa femme est partie avec un troyen. C'est alors une question d'honneur qui est à la base du conflit. On fait donc la guerre pendant dix ans pour sauver l'honneur de Ménélas et récupérer Hélène.

 

Achille et les autres acquéens font des razzias sur le territoire vu qu'ils ne peuvent pas prendre Troie. Le conflit porte sur le partage du butin et en particulier sur le fait qu'une des jeunes filles prise dans le butin devait revenir à Achille, mais Agamémnon lui a volé cette femme. Mais Achille le prend très mal : il est le guerrier le plus valeureux et on ne respecte pas ses droits sur le butin. Achille boude alors et se retire dans son campement, sous sa tente et dit à ses compagnons qu'ils seront les premiers à réclamer son retour, car sans lui les troupes vont se faire battre.

Ils s'isole et les autres reviennent vers lui. Agamémnon s'excuse, il en fait des tonnes car les acquéens sont repoussés à la mer par les troyens et on met le feu à leur bateau. On va chercher Achille qui lui demande à ce qu'on le laisse en paix, qu'ils se débrouillent sans lui. Mais la mort de son ami face à Hector rend Achille fou de rage et de douleur il revient dans la bataille. Sa mère va lui fait réaliser à Ephaïstos des armes extraordinaires car tout le monde sait qu'il va mourir. Il retourne à la bataille et venge son ami Patocle. C'est un combat singulier, entre Achille et Hector, précédé par une série de combats entre les différents héros. C'est une poésie où tout se mêle : les hommes sont avec les dieux dans le combat, ils prennent parti.

On a des dieux qui soutiennent les acquéens, et d'autres qui soutiennent les troyens, c'est Aphrodite et Arès. Les acquéens sont soutenus par Athéna, Ephaïstos. Mais les troyens ne sont pas différents des acquéens font partie du monde des grecs. Par une succession des combats on a une affirmation des valeurs collectives guerrières.

 

L'ODYSSEE :

L'histoire se déroule sur quarante jours et quarante nuits. L'histoire se focalise non pas sur une multitude de héros, mais une figure qui est celle d'Ulysse. C'est l'aventure d'un héros paradoxal. On assiste à un nouveau type de héros, ce n'est un héros guerrier valeureux jusque dans la mort, sans faille, mais un héros souffrant, victime de lui-même, des dieux, de son entourage.

C'est le retour d'Ulysse dans sa fratrie qui est l'occasion pour raconter les dix années que Ulysse met pour rentrer à Itaac. Il rencontrera des difficultés pour retrouver sa femme, son chien, son palais... On a dans l'Odyssée deux scènes parallèles.

D'un côté, on a les aventures d'Ulysse, ballotté par les flots, pauvre homme fruit de la lutte du conflit entre ceux au dessus de lui, Athéna et Poséidon, s'évertuant à ce qu'il ne rentre jamais chez lui en tentant de le noyer et de l'autre côté Athéna, son ange gardien, va sans cesse le protéger et lui rappeler ses devoirs pour le ramener dans son île d'Itaac dont il est le roi.

La deuxième scène est ce qui se passe dans le palais d'Ulysse à Itaac, c'est le siège de Pénélope par les prétendants qui sont tous les soirs à sa table, qui veulent la forcer à les épouser car Ulysse ne reviendra jamais et il faut un nouveau roi pour l'île. Entre temps, ils se goinfrent, dilapidant les réserves du palais et Pénélope est forcée de trouver des stratagèmes pour rester fidèle à Ulysse, tant qu'elle n'est pas sûre qu'il soit mort. Télémaque, le fils d'Ulysse et de Pénélope affirme que l'on n'a pas la preuve de la mort de son père, on ne sait juste pas où il est.

 

La construction de l'Odyssée est beaucoup plus cohérente que celle de l'Iliade avec ces deux scènes.

Ulysse rencontre une série d'aventures initiatiques, d'épreuves qu'il doit réussir pour pouvoir

retourner chez lui. Il va vivre dans un monde fantastique, rencontrer des êtres anormaux comme les cyclopes, la muse Eucalipso... Il va traverser des mondes étranges, inversés, où l'on ne vit pas normalement. La norme de l'époque est que les grecs sont des mangeurs de pain, des cytophages, ils mangent de la galette, produit par les céréales. Ulysse va traverser des mondes où des gens étranges, des leutophages, qui mangent de la fleur de lotus. Dans le pays des holes, on mange exclusivement de la viande et l'on épouse sa soeur, ce qui est un interdit anthropologique, mais aussi les hestrigons, les cyclopes mangent des hommes.

Il y a cette opposition entre le monde imaginaire et le monde de la société réelle est celui d'Itaac, le retour est difficile avec le phénomène de purification d'Ulysse qui doit se faire pardonner les méfaits dont il est responsable. Pour exercer le pouvoir il faut le mériter et pour cela il faut accomplir certain nombre de rites initiatiques. Pour retrouver le pouvoir Ulysse doit montrer qu'il est méritant.

Par l'épreuve de l'arc, au delà du rite, Ulysse se venge et tue les prétendants.

 

 

2) Les enjeux du retour à l'écriture : de l'oral à l'écrit.

 

Il faut poser la question de la transmission de ces poèmes, très longs. Ils sont élaborés de la manière suivante : ils sont mis par écrit au VIII ème Siècle. Ils ont un auteur : Homère. Selon la tradition, c'est un poète chanteur, aède, qui constituait ses poèmes qui était aveugle et aurait de lui même conçu ces deux grands poèmes. C'est ce qu'on a cru jusqu'au XX ème Siècle, la figure d'Homère. Sauf qu'on fait beaucoup de progrès dans la compréhension de la structure interne des poèmes, on voit que dans l'Iliade il y a des contradictions avec des personnages qui meurent puis réapparaissent, il y a des répétitions... donc on creuse l'hypothèse. On peut dire qu'ils ne sont pas mis par écrit au même moment : l'Iliade, a été écrit vers 750 et l'odyssée vers 700, il y a un demi siècle de différence.

On est à peu prés certain que l'Iliade a plusieurs poètes pour auteurs, cette oeuvre n'a pas pu être composée par une seule et même personne. On fixe les écrits sur un support, un parchemin, du cuir. Mais attention, est ce qu'ils n'ont pas été composés avant d'être mis par écrit? Longtemps cette hypothèse n'a pas tenu la route aux yeux des savants, car il paraissait impossible de tout connaitre par coeur. Mais cela change dans la première moitié du XX ème Siècle; Milamn a étudié les grands poèmes, les grandes chansons poétiques des bardes yougoslaves du début du XX ème Siècle et constate que ces bardes analphabètes dans des sociétés très analphabètes comme les grecs de l'époque connaissaient des centaines voir des milliers de vers par coeur et étaient capables de passer de village en village pour les chanter. Il a apporté la preuve que c'était humainement possible de réciter par coeur de tels textes, par des moyens mémo-techniques, des formules qui reviennent des points, des accroches. Tout cela occupe des parties de vers que l'on complète ne tombent pas toujours juste utile car marque l'origine orale de la poésie homérique. On apporte des preuves que les poèmes sont constitués par des professionnels de la poésie qui passaient de village en village à la veillée au centre du village. On construit ainsi un patrimoine commun, reposant sur une mémoire commune à une poésie épique où la société se rêvait et faisait émerger dans sa mémoire ses figures de grands héros. La poésie nait dans ces sociétés où la littérature orale est la base de la mémoire. Mais plus tard, il y a une mise à l'écrit car l'écriture n'existait pas. Elle revient en 750, elle est d'emblée utilisée pour mettre à l'écrit cette tradition poétique.

 

C'est intéressant parce que si c'est constitué oralement c'est que cela reflète une société. Quelle est elle? Si on prend au pied de la lettre les textes de l'Odyssée et de l'Iliade est-ce le monde mycénien? Mais cela ne fonctionne pas, parce que les armements décrits ne correspondent pas, certaines traces certains souvenirs, l'évocation des chars utilisés au combat à l'époque mycénienne. Mais il y a des incompréhensions d'Homère sur le rôle du char. Il est pratiqué dans l'Odyssée comme un moyen de transport, alors que dans les sociétés mycéniennes, c'est un objet de combat.

C'est un mélange pris dans le II ème millénaire, pris au VIII ème Siècle, pris au IX ème Siècle, parce que c'est une élaboration progressive orale.

 

II – Les mondes homériques : ordre, désordre hiérarchique

 

  1. Les valeurs homériques : guerre et aristocratie.

  2. Les hommes et les dieux.

  3. Les mondes périphériques : femmes, thétes et mendiants.

 

Nous allons voir ce que ces poèmes nous apprennent sur le monde grec, en particulier de la période archaïque.

 

1) Les valeurs homériques : la guerre et l'aristocratie.

 

La guerre est au coeur de l'Iliade. La valeur suprême est le combat, la victoire au combat par mort de l'adversaire. Dans l'Iliade, c'est une valeur dominante, un phénomène omniprésent. La guerre est ambiguë : c'est l'expression plus ou moins codifiée de la sauvagerie; tous les coups sont permis. On n'est pas tendre dans l'Iliade : les comportements des hommes, des héros en particulier, sont ramenés à ceux d'animaux explicitement par le poète avec la métaphore du lion, du sanglier, du loup. Les héros sont aussi valorisés par le poète, associés de façon positive à l'image d'une bestialité.

Quel est le but de la guerre? Tuer l'adversaire. Le but homérique est de prendre Troie ou de se défaire des acquéens. Deux ressorts : le pillage. On pille tout ce qu'il y a autour de Troie, d'où le problème de partage des biens entre Agamémnon et Achille.

C'est également la vengeance, de Ménélas, à qui l'on a pris la femme. La campagne de Troie est une vendetta, car l'on a pris la femme d'un des rois acquéens. Il y a un honneur qu'il faut défendre, par les armes, par le bronze. La vengeance est aussi celle d'Achille qui revient dans le combat pour venger la mort de son ami Patocle, quitte à devoir laisser la vie dans le combat contre Hector mais où le combat le mène. On voit que l'honneur, le pillage, la vengeance, sont au coeur des valeurs mises en avant par l'Iliade. L'honneur est particulièrement exalté lors des moments récurrents de duels ritualisés entre Héris, où le temps s'arrête, l'armée s'arrête, on attend l'issue du duel, ponctuant le récit. Ces duels mettent en scène l'idée de vengeance, d'honneur.

 

En quoi le récit peut il être utilise à l'historien? Ils mettent en évidence des valeurs, c'est tout un type de société qu'ils illustrent. Mais c'est une société idéalisée, déformée au profit des puissants, des dominants de façon positive. Le petit peuple est écrasé. Seuls les puissants sont au coeur, en haut de l'affiche du poème. Les puissants sont le rois, les basileis, ce qui est mis en évidence par exemple dans l'épisode du bouclier d'Achille. Dans cette société, le coeur du pouvoir c'est le palais, ce qui rappelle bien le monde mycénien. Quand on parle du palais de Priam à Troie, on a en tête les forteresses mycéniennes.

 

Nous pouvons aussi voir la description du palais d'Ulysse, qui lui est très différent. Il ressemble beaucoup plus à une grosse ferme. Dans son palais, il y a un corps d'habitation avec des dépendances, une grande cour, et le chien couché Argos à côté du tas de fumier quand Ulysse arrive dans palais. Ce palais ne ressemble pas du tout aux palais mycéniens.

Homère parle du palais tout en décrivant une réalité différente de la richesse des palais mycéniens, qui est plus proche de lui. Il décrit un monde beaucoup plus contemporain. L'historien peut voir dans cela les évolutions de mode de vie. On peut voir que les aristocrates de cette époque vivent dans des conditions différentes de celles des rois mycéniens.

 

Il y a au centre un Megaron, une salle centrale de réception où le roi reçoit ses compagnons. C'est une salle de réception avec les armes du maître au mur dans lequel il organise ses banquets. Une notion est importante, c'est le partage de la nourriture qui lie les hommes. Quotidiennement cela se traduit par des invitations à diner. Dans le monde mycénien c'est pareil, cela veut dire d'abord que les propriétaires des palais sont riches : ils mangent de la viande, ils ont des troupeaux, des terres. Ils mangent ensemble, partagent un repas crée un lien de dépendance. Le roi local distribue de la nourriture, et par cela il crée une dépendance. Partager la nourriture, c'est partager forme de dépendance et aussi un système de valeurs.

 

Ce monde est celui des rois, il est très rural. Le roi est à la tête de vastes domaines. L'Oikos est le domaine, maison. Voyons le terme d'Oiko-nomos, économie. Il est construit de la manière suivante : Oiko-nomos. Oikos= le domaine; Nomos=loi. Ce sont les règles de bon fonctionnement de la maison. Cet Oikos est le domaine du roi, il repose sur la possession des terres exploitées par des paysans qui dépendent du roi. Quand on observe l'Oikos d'Ulysse on trouve des maisons, des dépendance, des troupeaux, des vignes, des terres labourables, des vergers... C'est un monde d'opulence où la culture est facile, où tout pousse aisément. Cette opulence se fait beaucoup sentir dans le haut de la société, les aristocrates se gavent de viande, ce qui est une marque de richesse, et ils mangent jusqu'à plus faim en buvant du vin.

 

 

Le duel dans l'Iliale, c'est l'agon, l'enjeu c'est la vie. La rivalité est mise en scène par le poème qui raconte, notamment les exploits d'Ulysse montrent à quel point il est rusé, capable d'inventer le cheval permettant de prendre la ville de Troie, il a été meilleur que les autres.

On retrouve l'agon partout dans l'Odyssée. Pénélope, dans cet esprit agonistique organise des concours pour savoir qui l'épousera. Celui qui gagne la compétition gagnera comme prix le droit d'épouser Pénélope et de devenir roi.

Ulysse réapparait sous les traits d'un mendiant. Il participe aux concours, et il est le seul à réussir, et il ira même plus loin en tuant tous ses adversaires.

 

2) Les hommes et les dieux.

 

Au milieu des dieux, dans l'Iliade et l'Odyssée, les dieux viennent embêter les hommes. Les géants, les cyclopes, les magiciennes, les muses, les déesses, les dieux, sont des acteurs essentiels de ces poèmes. Il n'y a pas de distinction entre le monde des hommes et celui des dieux.

Les dieux ne sont pas meilleurs que les hommes, ils sont aussi méchants, aussi bêtes que les hommes surtout le dieu de la guerre Arés. Et surtout les dieux ressemblent aux hommes, il y a anthropomorphisme. Ils sont cependant plus grands, et ils sont immortels.

Il faut savoir plus précisément lorsque l'on parle de la religion des grecs, c'est qu'il n'y a pas de texte sacré pour les grecs. Dans les religions monothéistes, comme l'islam ou le christianisme, on a des textes sacrés, le Coran, la Tojhra, la Bible, mais pour les grecs il n'y a pas de texte transmis par les dieux et donc il faut constituer comme on peut le mythe, l'histoire des dieux, et dans cette entreprise l'Iliade et l'Odyssée jouent un rôle essentiel. Les histoires que l'on raconte mais aussi un panthéon, créent une voute divine et c'est pour cela que ces poèmes sont intéressants car ils renseignent sur la conception du divin par les grecs.

La société des dieux est le reflet de la société des hommes, avec un chef, Zeus, qui gouverne le monde des dieux et partage les pouvoirs. Les dieux ne restent pas perchés sur l'olympe à regarder les hommes agir, ils descendent dans la mêlée, se mêlent de la vie des hommes, orientent les deux combats.

Ils interviennent des deux cotés. On voit les dieux combattre entre eux, armés, casqués, en fonction du camp dans lequel ils se trouvent. Ils peuvent se blesser, souffrir, mais ils ne meurent jamais.

 

 

3) Les mondes périphériques : femmes, thètes et mendiants.

 

Ces récits n'avancent que grâce aux femmes. Homère est le premier auteur féministe de l'histoire. La femme est présente dans l'Iliade de façon anecdotique, elle est le prétexte à la guerre.

En revanche, la femme est omniprésente dans l'Odyssée. Sa présence est exceptionnelle. Ce sont les femmes qui façonnent le destin d'Ulysse, c'est Circée qui l'emprisonne. C'est Nausica qui le récupère, nu sur la plage de l'île des falatiens, c'est Pénélope qui l'attend pendant vingt ans et par sa patience son dévouement, son intégrité, sa moralité lui permet de retrouver le pouvoir car elle ne s'est pas remariée et c'est ainsi qu'Ulysse peut retrouver ses pouvoirs.

Cela dit la place de la femme en tant qu'être humain est à la maison, dans l'Oikos, dans l'espace domestique. Dans les poèmes, la femme est un bien comme un autre, que l'on échange dans le cadre du don-contredon, d'où la colère d'Achille.

 

Même si on est dans le cadre d'une monogamie masculine, ils ne sont pas fidèles mais ils n'ont qu'une épouse. L'essentiel dans ces sociétés pour la transmission de l'héritage c'est l'héritier unique et le non partage du domaine. L'archétype de la femme est la personne de Pénélope, qui lors de l'absence de son mari organise les travaux de la maison, commande aux servantes, exerce son rôle essentiel de maîtresse de maison.

Si l'on regarde les figures féminines, incarnation de toutes les représentations :

- Nausica, jeune fille vierge sur le point d'être mariée.

- Calypso, maîtresse objet de désir.

- Circée, femme démoniaque qui retient Ulysse prisonnier.

 

On a une représentation kaléidoscopique des femmes dans l'antiquité.

 

Les thètes, le petit peuple, est composé d'hommes libres mais qui n'ont aucune valeur, ils sont insignifiants. Il y a un revers de l'image des héros, un repoussoir, comme les mendiants. Chaque palais a son mendiant, son pauvre qui vit de ce qu'on lui donne, avec le chien. Le mendiant officiel au palais d'Ulysse sert à marquer la distance qu'il peut y avoir entre les figures royales et celle du pauvre.

C'est parce que le mendiant est à l'opposé de la figure royale qu'Ulysse prend cette figure, passé maître dans l'art du déguisement, pour arriver à l'acte du concours où il arrive à placer les flèches dans les douze axes. Il passe du statut de mendiant à celui de roi. Et en même temps, cela montre aussi toute la hiérarchie sociale de ces sociétés, ce n'est pas seulement littéraire.

 

III – Homère et la naissance de la cité

 

1) Le pouvoir royal et la cité.

2) La justice et la pratique de la guerre.

 

1) Le pouvoir royal et la cité.

 

Dans le monde grec, la stratification sociale est très importante. Le signe distinctif marquant l'appartenance aux élites est la richesse. Les héros sont les rois homériques, ils contrôlent la terre, ils ont la richesse, possèdent des esclaves, des objets précieux, c'est ce qui fait la solidarité entre les plus riches. Ils restent entre eux. On a le sentiment qu'il y a dans ces royaumes, qui sont des petits royaumes, plus petits qu'à l'époque mycénienne. Au sein de ces groupes, on pratique l'échange, on s'invite, on pratique la Xenia, l'hospitalité. Ce groupe est ferme. Par exemple, Télémaque quand il arrive chez Ménélas, reçu comme un roi. On reçoit un étranger avant même de connaître con identité, comme Ulysse chez les Falatiens. Il y a une fermeture du monde aristocratique autour de pratiques communes et on voit la concentration des richesses sur un petit nombre de personnes, beaucoup plus inégalitaire que plus tard.

Si on veut, il y a une très forte hiérarchie entre le groupe des rois et le reste, le Thèbe, les mendiants et à l'intérieur on voit une très forte égalité. Le roi est le premier entre les pairs. Tous les prétendants sont là, et Ulysse pour reprendre son pouvoir a besoin de plus qu'une apparition d'Athéna, il faut qu'il prouve que sa place sur le trône est légitime. On peut voir une égalité dans le groupe des plus riches et une inégalité par rapport aux autres « classes sociales ».

 

La vertu, l'Agon, est une valeur fondamentale du monde grec, et celui qui menace cette domination est au mieux ridiculisé, au pire battu comme un chien. C'est ce qui arrive à Thersite, un thète, qui prend la parole alors qu'il n'y a pas été invité devant les rois, et du coup il reçoit quatre coups de massue sur la tête, il a des bosses. Mais le pire c'est les autres thétes rient. Il est humilié et il n'y a pas de solidarité de classe.

 

Cela dit, ce que nous montre l'Odyssée, par rapport à l'Iliade. Les choses changent un peu. Dans l'Iliade, personne n'aurait remis en cause le pouvoir des rois. Dans l'Odyssée, tout Itaac veut remettre en cause le pouvoir royal d'Ulysse et il peut être menacé, il est l'enjeu d'une reconquête permanente, d'une justification du pouvoir permanente. Et le peuple n'a rien à dire... Mais notons le fait qu'à la fin de l'Odyssée après le massacre des prétendants une assemblée du peuple est convoquée, ce qui montre que le peuple joue un rôle.

De plus, l'Odyssée s'achève sur l'assemblée avec l'émergence d'une communauté qui apparaît de façon implicite derrière la figure des grands rois, des aristocrates.

 

2) La justice et la pratique de la guerre.

 

Le monde homérique est un monde de violence, de vol, de meurtre, de remise en cause du lien social. Et en même temps apparaît aussi l'idée d'une justice. On voit une scène bouclier d'Achille, jugement au sujet d'un meurtre où apparaissent les anciens qui vont rendre un jugement pour régler un conflit né au sein de la cité. On voit l'idée de cité, de communauté, voir d'état, de justice au nom de la communauté. On dépasse les simples étapes de la vengeance, de la vendetta, pour établir une justice au nom de la communauté. C'est ce que demande aussi le principal prétendant qui voulait renverser Ulysse, son père vient protester après le massacre, il réclame justice et fait appel à l'idée de justice au nom de la communauté des personnes d'Itaac. Les héros ne sont plus des individus mais les membres d'une communauté qu'ils dominent et qui commence à avoir la parole.

 

Enfin dans cette tension entre les deux poèmes l'Iliade et l'Odyssée, on perçoit aussi des évolutions dans la pratique de la guerre. Dans l'Iliade on trouve un élément mycénien : présence du char, évocation du caque à dents de sanglier... et en même temps apparaissent à certains endroits, moments du récit, d'autres formes de combat beaucoup plus collectives qui marquent une évolution dans la guerre.

 

La société de l'Iliade et de l'Odyssée n'est pas une société réelle. Elle est idéalisée, déformée sur le point de la mise en scène des dominants, des élites, des rois, des héros. C'est une société composée avec des éléments archaïsants et en même temps ces poèmes si on sait les lire en historien apportent énormément d'informations sur ces société inégalitaires des premières cités grecques.  

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