suite du thème 1 de rapports sociaux

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C- La notion de classe sociale et ses différentes conceptions:

1) La place dans les rapports sociaux de production: les classes sociales selon Karl Marx

Karl Marx : 1818-1883 → a donc connu les grandes transformations de la révolution industrielle et a connu le déclin de l'héritage de la société d'ordre (déclin de l'aristocratie) et la montée de la bourgeoisie, des classes laborieuses.

Karl Marx est pluriel: philosophie, droit, fait des recherches historiques et économiques, puis est journaliste et c'est un révolutionnaire. Il ne faut pas figer la pensée de Karl Marx.

Il a développé la théorie du matérialisme historique qui est une vision de la société fondée sur une opposition, une lutte entre deux classes sociales majoritaires et qui selon lui a toujours existé:

- sociétés antiques: conflit entre les patriciens et les plébeins.

- sociétés moderne: conflit entre la bourgeoisie et le prolétariat.

La société est fondée sur deux grands groupes sociaux antagonistes, rapport de d'exploitation. Ceux qui possèdent les moyens de production, le capital, exploitent ceux qui n'ont que leur force de travail, la force de leurs bras. C'est un rapport d'exploitation puisque la bourgeoisie achète aux ouvriers leur force de travail et qu'elle s'approprie une plus-value, c'est-à-dire les profits tirés de la vente de la production réalisée par les ouvriers. Ce qui signifie que ce régime repose sur la dépossession du savoir faire et du travail des travailleurs pour en faire des ouvriers dépendant de l'usine.

Selon lui une classe sociale doit avoir deux critères pour réellement en constituer une:

- la classe en soi (objective): avoir la même place dans les rapports sociaux de production et donc le partage d'intérêt objectivement communs qui les opposent à d'autres classes.

- la classe pour soi (subjective): la conscience de classe, conscience que l'on occupe la même place et que l'on a des intérêts communs qui s'opposent aux autres classes. Pour Marx la classe pour soi nait par la lutte des classes qui fait naitre chez les classes dominées une prise de conscience de leur exploitation. Cette classe pour soi s'organise collectivement pour défendre ses intérêts: exemple de l'organisation de la classe ouvrière.

 

 

2) Les principes non économiques de classement: statut, prestige, pouvoir, intégration, cher Max Weber:

 

Max Weber: 1864-1920.

Il critique l'unité du principe économique qui définit les classes sociales selon Marx. Selon lui il y a 3 principes, 3 ordres qui déterminent la répartition des individus:

- un ordre économique: ordre selon lequel les biens et les services sont distribués et utilisés; c'est ce qui fonde une classe.

- ordre social: statut, prestige. C'est la sphère de répartition de l'honneur et qui donne lieu à un statut

- ordre politique: compétition pour le contrôle de l'état, et qui définit les partis.

Dans les hiérarchies de la sociétés, il ne faut pas seulement prendre en compte les critères économique mais également les critères sociaux: le statut, le prestige d'une profession qui sont liés à des manières de se vêtir, de vivre qui se distinguent des autres. Par exemple les aristocrates ne sont plus très fortunés au 19 e siècle mais possèdent un mode de vie qui va les maintenir dans une situation de prestige. → distinction en être et avoir.

Il montre que les divisions sociales ne sont pas uniquement économiques, ce qui permet de comprendre comment les rapports de domination économique se maintiennent grâce au poids des rapports de prestige, de statut. Corrélation forte entre une position haute dans l'ordre économique et position haute dans l'ordre social.

 

Complément de cours:

Roland Pfefferkorn, Inégalités et rapports sociaux. Rapport de classes, rapports de genre, La Dispute, 2007.

Site internet: l'Observatoire des inégalités.

 

3- Le croisement des dimensions économiques et symboliques dans l'analyse de Pierre Bourdieu:

 

Bourdieu: 1930-2002

Il est agrégé de philosophie à Alger. Il enseigne ensuite à Lille puis à Paris à l'EHESS puis est nommé professeur au collège de France. Il va faire des enquêtes dans différents domaines: sur l'éducation (les héritiers ou la reproduction sociale), sur la culture (l'amour de l'art, 1966), sur les classes dirigeantes (la noblesse d'état). Il crée une revue, qui s'appelle les actes de la recherche en sciences sociales. Bourdieu a opéré une forme de synthèse entre l'héritage de Marx, Weber et Durkheim. De Durkheim il a repris l'objectivation sociologique, la rupture avec le sens commun; de Marx il va reprendre l'idée d'une société organisée en classes sociales qui se définissent par les relations qu'elles entretiennent entre elles, une analyse de rapport entre classes sociales; et de Weber il reprendra la notion de groupe de statut, montrer l'importance de construction et de maintien de prestige social. Bourdieu va construire une théorie de l'espace social dans lequel on peut situer les groupes sociaux, et pour définir les positions de chaque individu il va falloir prendre en compte plusieurs critères. Il décrit trois types de capitaux:

- le capital économique: ce sont les revenus possédaient par les individus mais aussi le patrimoine

- le capital culturel, qui se présente sous trois formes:

→ le capital culturel institutionnalisé qui est celui qu'on peut mesurer à travers les diplômes;

→ le capital culturel objectivé qui se traduit par la possession d'objets culturels (bibliothèques, disques, meubles de style, des tableaux);

→ le capital culturel intériorisé qui renvoie à l'habitus, l'intériorisation de goûts, d'intérêts pour la culture, pour l'art, pour la lecture et à la socialisation, l'incorporation de valeurs et de normes propres à ses propres groupes d'appartenance.

- le capital social qu'on peut définir comme l'étendue de réseaux relationnels mobilisables. Selon leur étendue et leur influence ils vont fonctionner comme une valeur ajoutée des deux autres sortes de capitaux. Deux étudiants qui sortent de l'université avec le même diplôme pourraient donc exercer la même profession, mais l'un peut avoir des relations plus importantes que l'autre et ainsi accéder à un autre poste que l'autre.

La position dans l'espace social des individus et des groupes dépend de la quantité de capital économique et culturel: les classes dominantes sont celles qui ont le plus de capital économique et culturel. Il va montrer qu'il y a surtout des classes dominantes qui ont du capital économique et certaines qui ont surtout du capital culturel. Bourdieu va faire une représentation, une modélisation simplifiée de l'espace social en montrant une hiérarchie sociale: plus on se situe en haut de l'espace social plus on a du capital global. Il va faire une analyse factorielle et va donc pouvoir placer les différents groupes sociaux. « L'espace sociale des conditions selon Bourdieu »:


Bourdieu a actualiser les pensées de Marx et de Weber: il y a des rapports de domination et il distingue des rapports de domination de type économique et d'autres de type culturel. Cet espace social rend compte de différences en terme de comportement, de consommation et de goûts esthétiques. Cette modélisation permet de rendre compte de principes de différenciations. Cet espace social est un espace des pratiques, des styles de vie. Il va positionner différents types de pratiques dans l'espace social (exemple: si on fait du tennis où est-ce que l'on se retrouve dans l'espace social; si on va au théâtre ….). Il existe des clivages très marqués dans la société. Cette étude est faite au moment d'un processus de moyennisation de la société, c'est à dire que les clivages entre les classes disparaissent: les classes s'enrichissent et une grande classe moyenne se construit: c'est le terme de moyennisation. Les styles de vie s'uniformisent. Mais à chaque position sociale correspondent des pratiques, des styles de vie, des goûts, le vote. Il y a des pratiques distinguées et d'autres vulgaires qui donnent lieu à des rires..... le golf dans les années 60 ne pouvait apparaître que comme une pratique distinguée car d'autres pratiques collectives telle que le football existent. Le tennis aujourd'hui est une pratique beaucoup moins distinctive qu'au moment de l'étude dans les années 60. Bourdieu pense ainsi qu'une partie des luttes entre groupes sociaux prend la forme d'une lutte symbolique, c'est-à-dire que les individus des groupes sociaux dominés s'efforcent d'imiter les pratiques culturelles des groupes sociaux dominants pour se valoriser socialement, ils n'ont peut être pas le même capital économique et social mais il y a un principe d'imitation. C'est une tentative de se valoriser symboliquement. Sauf que les groupes dirigeants observent cette imitation et donc vont abandonner les pratiques culturelles qui en font l'objet, ils vont en changer et en chercher des plus rares de manière à restaurer leur prestige, leur distinction symbolique. C'est donc par cet échange constant entre imitation et distinction que se transforment les pratiques culturelles. Pour expliquer ces différentes pratiques, Bourdieu utilise la notion d'habitusqui est l'ensemble des dispositions de schèmes de pensées et d'actions que l'individu acquière à travers son expérience sociale. C'est le fait que par sa socialisation et par sa trajectoire sociale l'individu incorpore, intériorise lentement de manière largement non consciente, un ensemble de manières de penser, d'agir, de percevoir...durables et qui vont être à l'origine des pratiques futures des individus, qui déterminent les pratiques des individus. Au cours de l'éducation, dans la famille, à l'école, au travail et dans la classes sociales il y a des manières d'agir et de penser qui sont différentes et cette socialisation produit donc un habitus de classe: des goûts pour un certain loisir, un mode de vie, une capacité plus ou moins facile à s'orienter vers tel ou tel métier ou à s'engager dans telles ou telles études; qui font que les inégalités sociales ne se résolvent pas à des inégalités économiques. Ce n'est pas seulement faute d'argent que les ouvriers vont rarement au théâtre ou ne font pas de carrière politique, ou ce n'est pas seulement pour des raisons matérielles que les enfants d'ouvriers font des études plus courtes que les enfants de cadres, mais c'est aussi parce qu'ils se sentent moins à l'aise à l'école, n'ont pas de proximité extérieure avec le scolaire et qu'ils intériorisent qu'ils ne pourront pas réussir scolairement. Il y a des facteurs culturels et symboliques qui rentrent en compte et c'est l'habitus qui permet d'expliquer la répartition dans l'espace social. C'est ce qui explique que placés dans des conditions similaires, les individus ou les agents ont souvent la même vision du monde, de ce qui se fait ou non, les mêmes critères de choix de leurs loisirs, de leur conjoint.... Ce qui semble comme le plus personnel tels que le goût sont en fait socialement déterminés. En effet les goûts sont des marqueurs sociaux qui permettent de placer les individus. Bourdieu dit « parler d'habitus c'est poser que l'individuel, et même le personnel, le subjectif, est social, collectif . L'habitus est une subjectivité socialisée. ». L'espace social n'est pas figé, il est actif et toujours en évolution, en mouvement.

 

D- Les catégories socioprofessionnelles ou PCS:

1) Bref historique et principes de construction de la nomenclature:


Revoir grille de la nomenclature.

Cette nomenclature constate la position centrale du travail dans les rapports sociaux. L'invention de celle-ci prend acte du fait que le travail est central pour définir les groupes sociaux mais aussi les identités sociales. En 1954, les statisticiens de l'INSEE ont montré le code des CSP qui a pour fonction de classer la population en un petit nombre de catégories qui présentent chacune une certaine homogénéité sociale. Il s'agit de construire une classification sociale à partir d'un certain nombre de critères autour de la profession: cette classification concerne une population de plus de 15 ans et la répartition se fait à partir des recensements en prenant en compte un certain nombres de critères que sont l'activité professionnel, le statut juridique de l'emploi (indépendant, profession libéral, salariés), le niveau de qualification, la position hiérarchique dans l'entreprise et le secteur d'activité. Elle sépare la population active (personne qui exerce ou cherche à exercer une activité rémunérée) de la population inactive. Ce code de la CSP a été modifié en 1982 en nomenclature des PCS car depuis 1954 des professions ont disparu et d'autres sont apparues ( exemple des métiers de l'informatique). Ce qui signifie que cette nomenclature à une valeur limitée dans le temps mais également dans l'espace. Elle est très utilisée en France: utilisée dans les grands instituts de recherches (INSEE) mais aussi par les sondages d'opinion, les chercheurs ou simplement par la population elle-même.

 

 

2) Description des PCS:

On peut classer la population active française dans 486 professions mais vu que c'est difficile, on va agréger certaines professions et on va donc se retrouver avec 42 catégories socioprofessionnelles, que l'on abaisse ensuite à 24 pour enfin se retrouver à 8 groupes socioprofessionnels. Suivant les études à faire, on prend un niveau des PCS plus ou moins agrégé.

 

3) Classes sociales et CSP: points communs et différences:

Même s'il ne faut pas confondre les classes sociales et CSP, les PCS restent le meilleur moyen d'approcher les classes sociales.

Points communs entre la notion de classes sociales et celle CSP: dans les deux cas c'est la situation économique qui est à l'origine du classement dans les classes sociales et les CSP, puis la situation culturelle et sociale.

Pourtant il y a 4 différences principales entre ces deux notions:

- les PCS n'ont pas d'existence réelle: regroupement de personnes qui ont des caractéristiques communes mais il n'y a pas de conscience réelle. La classe sociale a une existence réelle puisqu'il y a une conscience de classe.

- la profession qui est la base des CSP ne suffit pas pour déterminer une appartenance à une classe sociale: que fait-on des retraités ? Que fait-on des étudiants? L'appartenance a une classe sociale n'est pas individuelle mais familiale (origine sociale...).

- les catégories socioprofessionnelles peuvent être analysées en elle-même: on peut isoler une catégorie et la décrire alors que les classes sociales ne s'analysent que relationnellement, que dans les rapports avec les autres classes sociales.

- les CSP donnent une image de la société en terme d'échelle, il y a une gradation continue et on peut passer par une sorte de promotion sociale en passant d'une CSP à l'autre alors que la représentation en classes sociales est distincte: ce sont des groupes distincts et opposées, il y a des barrières économiques et symboliques entre les classes sociales.

 

4) Les PCS comme outil pour étudier les classes sociales:

Les PCS restent malgré tout le meilleur outil pour étudier les classes sociales mais à condition de définir des frontières entre les groupes sociaux. On peut définir 3 grandes classes sociales:

- classes populaires: employés non qualifiés, ouvriers

- les classes moyennes: employés administratifs d'entreprise jusqu'au professions intermédiaires et cadre moyen.

- les classes supérieures: cadres supérieurs, professeurs, professions libérales

La CSP des artisans, commercants et celle des agriculteurs se classent dans les classes sociales en fonction de la taille de l'entreprise ou de l'exploitation.

 

 

E- Les grandes évolutions du système productif et des groupes sociaux en France

Les évolutions sociales s'expliquent par deux grands types de facteurs

 

1- Les grandes transformations économiques et leur influence sur la structure des emplois:

Les évolutions économiques, techniques expliquant l'évolution de la structure de l'emploi:

Il y a 3 types d'activités: → le secteur primaire : secteur agricole caractérisé par un déclin massif de la population agricole ( 2007: 2,1% alors qu'en 1914: 40 % de la pop active) car il y a un exode rural et une mécanisation; → le secteur secondaire: essor considérable tout au long du 20ème siècle et qui s'est stoppé dans les années 90; → le secteur tertiaire : secteur des services qui s'est énormément développé depuis les années 70, il est très vaste et réunit des emplois très différents ( de l'enseignement à la caissière, la justice, ….).

 

Répartition de la population active par groupes socioprofessionnels:

agriculteurs exploitants: 2,1% (déclin); artisans, commerçants, chefs d'entreprise: 6,2 % (baisse); les cadres et professions intellectuelles supérieures: 15,6% (montée); ouvriers: 22,8% (montée); professions intermédiaires: 23,6(montée); employés: 29,7% (montée).

 

2) L'importance des logiques sociales: modèles organisationnels, choix politiques et travail de représentation dans la constitution des groupes sociaux:

 

- L'exemple de l'adoption des méthodes thayloriennes: organisation scientifique du travail fondée sur une différenciation entre le travail de conception et le travail d'exécution (opérations simples, décomposition du travail en tâches simples et répétitives). Ce sont des ouvriers non qualifiés, appelés ouvriers spécialisés (OS).

Cela a donc contribué au développement massif d'une catégorie d'ouvriers spécialisés et cela au dépend de la catégorie d'ouvriers qualifiés.

 

- L'exemple des mobilisations, des actions des groupes sociaux: les cadres → luttes de classement = actions collectives de groupes sociaux pour revendiquer une position dans l'espace social, pour revendiquer des avantages; ce qui est le cas des cadres. Cette catégorie s'est construite car ils avaient une place intermédiaire entre personnel d'exécution et personnel de conception, et donc par la lutte pour des avantages.

 

Pour comprendre les structures sociales il faut également prendre en compte les politiques, les organisations du travail et un travail de représentation.

 

3) Les transformations du type d'emplois: l'extension du salariat

Au cours du 20ème siècle, il y a une baisse progressive et constante du nombre d'indépendants: les exploitants agricoles sont en déclin; les artisans connaissent la concurrence directe des industries, et les commerçants indépendants sont confrontés à partir des années 60 à l'essor de la grande distribution et donc le nombre de commerçants indépendants va chuter. Il y a alors l'extension du salariat: 9 actifs sur 10 sont salariés. C'est le développement de l'état-providence et donc du salariat publique au 20ème siècle et c'est donc un choix politique qui transforme la structure sociale. Dans tous les grands secteurs d'activité, l'état investit et embauche. La constitution salariale était précaire autrefois mais grâce au conventions collectives, au droit du travail, le salariat devient un statut et donc un emploi protégé, stable.

 

4) La féminisation de la population active: division du travail et rapports de sexe:

Entre 1962 et aujourd'hui le taux d'activité féminin a augmenté. Le comportement d'activité des femmes se rapproche de celui des hommes. En effet le taux d'activité des femmes est en progression: 65% des femmes sont actives et 75% des hommes le sont mais les eux sont plutôt en déclin. Il y a une baisse d'activité dans la tranche d'âge des 15-25 ans et cela autant chez les hommes et les femmes. Cela s'explique par la montée de la durée des études. Les femmes sont également de moins en moins nombreuses à arrêter de travailler lors de la naissance du 1er enfant et c'est la naissance d'un 3ème enfant qui peut être déterminant dans le taux d'activité des femmes. De plus les femmes ont accéder à des professions qui leur étaient autrefois interdites: médecins, avocats, juges...

Même si le taux d'activité des femmes augmente continuellement, il reste néanmoins toujours sensible à la naissance d'enfants contrairement au taux d'activité masculin.

Lorsqu'il y a deux enfants de moins de 3 ans le taux d'activité des femmes chute considérablement (chute à 60%) alors que celui des hommes ne bouge pas, et quand il y a 3 enfants de moins de 3 ans leur taux d'activité chute à 40%. Cependant quand les enfants ont plus de 3 ans le taux d'activité est égal ou supérieur à celui des femmes sans enfant. Le taux d'activité des homme reste lui stable quelque soit le nombre d'enfants et leur âge: les femmes ont la charge de leur activité professionnelle mais également la prise en charge du travail domestique et du soin des enfants.

Il y a également un ségrégation qui est en fait double:

-une ségrégation horizontale: hommes et femmes ne sont pas dans les mêmes secteurs d'activité

-une ségrégation verticale: les femmes sont concentrées dans certains types d'activité, elles sont sur-représentées dans une certaines activités qui ont des « vertus féminines »: activités d'employées subalternes, le travail sanitaire et social, les professions intermédiaires de la santé, les activités d'enseignement et d'éducation et de soins aux enfants, les services aux particuliers: elles représentent 75% de ces activités. A l'inverse elles sont peu représentées dans des activités ayant des vertus masculines: la police, les pompiers, les ingénieurs: faible présence des femmes dans les activités d'encadrement. Plus on monte dans la hiérarchie et moins les femmes sont présentent. Secteur privé d'encadrement: seul 1 poste sur 4 est occupé par une femme. On retrouve la représentation des femmes par groupes socioprofessionnels: elles sont 77,2% a être employées, 49,7 % de professions intermédiaires, 37,6 % de cadres et de professions intellectuelles supérieures ( 16% en 1962).

Il y a également une ségrégation dans le type d'emplois occupés: en 2007, 30,2 % des femmes actives travaillent à temps partiel contre 5,7% des hommes. Parmi ces 30,2% des femmes qui travaillent à temps partiel près de 29,2% déclarent qu'elles souhaiteraient travailler plus d'heures et qu'elles y seraient disponibles et c'est le cas de 36% chez les hommes.

De plus, les femmes touchent 10% de moins lorsqu'elles occupent une profession et on un niveau de diplôme équivalent à celui de l'homme.

Et enfin elles ont plus de risques face au chômage que les hommes: en 2007, 8,5 % des femmes sont au chômage contre 7,4% d'hommes.

Certes il y a une féminisation de la population active mais il y a une division du travail et des rapports sociaux de sexes qui maintiennent des inégalités entre hommes et femmes sur le marché du travail avec des formes de dualisations des emplois féminins entre d'un côté, les femmes les plus diplômées qui se rapprochent des activités masculines en terme de responsabilités, de hiérarchie et de l'autre côté, des femmes qui occupent des emplois précaires, peu diplômés et souvent à temps partiel.

 

II- Classes et groupes sociaux en France:

A- Introduction:

 

Dans les années 80-90, la notion de classes sociales n'est plus jugée pertinente par bon nombre d'analystes (sociologues, économistes) pour observer, analyser l'évolution de la structure sociale. Cette notion de classe sociale est rendue secondaires par rapports à trois types d'analyses:

 

1) une analyse en terme de moyennisation de la société:

Cela correspond au travaux de Henri Mendras, dans La deuxième révolution francaise, 1985, qui explique que la france a connue des transformations de sa stratification sociale: elle est passée d'une représentation pyramidale avec deux classes antagonistes que sont la classe ouvrière et la classe bourgeoise à une représentation en toupie centrée sur les classes moyennes. Ce changement de structure s'explique selon lui car il y a du fait de la salariarisation , de la démocratisation scolaire, du niveau général de vie (hausse des salaires) et également du développement de l'activité féminine, du développement de la consommation de masse, du déclin de la société paysanne traditionnelles... du fait de tous ces facteurs les individus se distingueraient de moins en moins dans la société par leur différences: il y a selon Mendras un processus d'égalisation des conditions de vie, un processus de rapprochement des francais dans leurs modes de vie et comportements qui conduirait à l'ascension d'une grande classe moyenne puisque une partie des ouvriers viendraient s'incruster dans cette classe moyenne. Il n'y aura donc pas de classes sociales antagonistes mais la société serait un grand ensemble de classes moyennes.

 

2) l'individualisation de la société

A la fin des années 80-début des années 90 il y a des analyses sur l'individualisation de la société. Les analystes vont se positionner sur l'individu, se focaliser sur son identité, ses souffrances et vont donc mettre de côté les appartenances collectives. Les appartenances des individus seraient moins déterminantes vis-à-vis des individus, il y a une certaine autonomie et indépendance.

 

3) L'exclusion (in / out)

Il y a une réflexion en terme d'affaiblissement du lien social. Après 1995 on retrouve en france une période de conflits sociaux et il y a une observation de nouvelles inégalités. Il y a une montée de nouvelles inégalités qui contribue à la réintroduction d'une analyse en terme de classes sociales. C'est à la fin des années 90 que paraissent sur ces questions des ouvrages:

S.Beaud – M.Pialoux, Retour sur la condition ouvrière

Pinçon-Charlot, P. Bouffertigue, Le retour des classes sociales, La Dispute

Louis Chauvel, Les classes moyennes à la dérive, 2006.

 

L'analyse en terme de classes est fluctuante selon les préoccupations sociales et politiques et dans les situations de conflits sociaux et de montée des inégalités, cette analyse est pertinente pour aborder les rapports sociaux, les identités.

 

B- La classe ouvrière: genèses, apogée et destructions:

1) Genèses de la classe ouvrière:

Parler de classe ouvrière c'est parler de construction sociale, celle-ci n'est pas naturelle. Parler de classe ouvrière dans une analyse marxiste c'est parler de classe en soi et pour soi.

La classe ouvrière est le résultat d'un long processus historique qui débute au 15e et 16e siècles avec la distinction entre les gens de métier (artisans, savoir-faire...représentés en corporations) et les gens de bras ( ne possèdent pas de métier mais non que la force de leurs bras: travailleur manuel, travailleurs non qualifiés). Cette première distinction connait une rupture avec la révolution industrielle, l'industrialisation. Il y a une distinction différente au 18e siècle: les ouvriers urbains de métier ( maçon... qui possèdent un certain savoir faire, « aristocratie » de la classe ouvrière), les ouvriers en pluri-activité ( été: moissons,... hiver: usines du textile, manufactures), puis les prolétaires de fabrique dont l'essor est lié à la mécanisation des industries de textile et des usines industrielles. Cela signifie qu'au 18e siècle il y a une coexistence de tous ces profils d'ouvrier mais en même temps une grande hétérogénéité des situations et donc impossibilité de penser en terme de classe sociale puisque absence d'intérêts communs, de conditions communes. Alors 4 facteurs ont contribué à l'homogénéisation des ouvriers:

-l'invention et le développement de l'usine moderne: concentration d'ouvriers sur un même lieu de travail et occupés au même ouvrage, aux mêmes tâches. → homogénéisation des conditions de travail.

- les concentrations industrielles urbaines: début des banlieues ouvrières à la fin du 19e et au début du 20e siècles: → partage des conditions de vie.

- le développement du taylorisme et du fordisme dans l'entre-deux guerres: travail de parcellisation des tâches, on décompose le processus de production en un nombre de tâches faciles et répétitives afin d'augmenter la productivité. L'ouvrier est dépossédé de son savoir-faire, il est soumis à une intensification du travail (chronomètre), est détérioré physiquement et intellectuellement → partage des conditions de travail et principe d'indépendance de l'ouvrier au capital (principe d'aliénation), sa force de travail ne peut se retrouver que dans une mesure collective → communauté de travail et identité ouvrière. Les conditions de vie et de travail communes rendent possible une identité commune.

- la naissance des mouvements ouvriers avec 2 processus différents: prise en charge par les ouvriers eux-mêmes d'un certain nombre de revendications et de luttes...mais aussi grèves d'abord illégales → droit de grève: 1864 et en 1884 l'autorisation de syndicats. Cela constitue un système de représentations communes et d'une communauté et d'une identité ouvrière; série de contestations portées au nom de la classe ouvrière mais par des intellectuels: médecins, instituteurs... qui s'organisent pour montrer les conditions difficiles des ouvrier et donc la nécessité d'une amélioration de leur conditions.

 

A partir de 1930 et surtout après 1945 on est face à une situation d'apogée de la classe ouvrière mais cela ne doit pas faire oublier le fait qu'ils occupent toujours une place dominée dans la société. Cela recouvre 3 réalités:

- réalité quantitative: prépondérance des ouvriers, groupe social en pleine croissance

- centralité de la question ouvrière dans les débats politiques en france: le front populaire en 1936 où la classe ouvrière fait irruption dans les questions politiques de l'époque. Cette centralité est réelle jusqu'à la fin des années 70 et débouche sur des acquis sociaux.

- époque de grandes valorisations de l'ouvrier et de sa classe dans la littérature, au cinéma, dans les arts, dans les journaux, les médias.

La classe ouvrière est homogène, et on peut l'analyser dans le sens marxiste c'est à dire en tant que classe subjective et objective.

 

2) Des tendances à la déprolétarisation durant les trente glorieuses:

La société francaise connait un conflit social majeur porté par une classe ouvrière qui revendique le partage des fruits de la production, des gains de productivité. Les hommes politiques cherchent à reconduire à une stabilité nationale, à la cohésion sociale. Cela conduit les ouvriers à bénéficier des progrès de la france à la fois en terme économique et en terme salarial. Il y a donc une réduction des écarts de niveau de vie entre les ouvriers et les employés, entre les cols bleus et les cols blancs. Les enfants d'ouvriers ont alors accès aux études supérieures. On sort de la condition prolétarienne caractérisées par une précarité importante des revenus et par une grande misère économique. De nombreux ménages ouvriers accèdent à un confort matériel proche de celui des employés, ils ont accès à la propriété.

 

C'est ce qui a conduit Mendras à parler de processus de moyennisation de la société francaise.

Mais ce phénomène n'est pas partagé par l'ensemble des ouvriers, il reste des niches de prolétaires qui sont souvent des ouvriers qui ne bénéficient pas de l'augmentation des revenus: ceux qui travaillent dans les petites entreprises, ceux qui sont au SMIG. Il y a également une nouvelle tranche qui se créée celle des ouvriers immigrés, les ouvriers du sud du Maghreb qui sont appelés pour occuper les emplois déqualifiés de l'industrie. De plus cette tendance à la déprolétarisation est stoppée nette à partir des années 70 du fait de la crise économique et cela se traduit pour un certain nombre d'ouvriers à un retour à la précarité et donc du sentiment d'appartenance à la classe ouvrière.

 

3) Les déstructurations du monde ouvrier:

a) Les transformations du travail et de l'emploi:

Crise économique, de la production industrielle dans les pays européens qui conduit à de nombreuses restructurations des grands groupes industriels: diminution es mines et la sidérurgie et hausse importante du chômage des ouvriers qui perdure aujourd'hui puisque 10,7% des ouvriers sont au chômage en 2007 selon l'INSEE contre 3,5 % chez les cadres. Il y a donc le développement du chômage des ouvriers, mais aussi la disparition de bastions ouvriers, de figures ouvrières (le mineur.... figure ouvrière complètement touchée).

Il y a également l'organisation du travail en flux tendu: production en fonction de la demande, on élimine les stocks. Ce qui veut dire qu'à partir des années 80, on retrouve le développement des emplois atypiques qui vont répondre aux besoins de flexibilité des entreprises et amène donc de nouveau à une précarité de l'emploi (développement massif des CDD, de l'intérim, de la sous-traitance, du temps partiel) et ainsi à de nouvelles concurrences aux sein du groupes ouvriers entre des ouvriers stables (grands groupes industriels, CDI) et des ouvriers précaires (CDD, intérim). Cela représente des conflits de génération car les ouvriers stables appartiennent souvent aux anciennes générations et les ouvriers précaires sont souvent jeunes.

Il y a également le principe de la polyvalence: rotation de l'ouvrier, changement d'activité ce qui conduit à une déstructuration des collectifs de travail qui ne sont plus stables.

On a donc des attentes souvent opposées entre jeunes ou anciens ouvriers, entre ouvriers diplômés ou non, entre ouvriers stables ou précaires. On une désorganisation des groupes ouvriers, une mise à mal de leur conscience collective par la mise en concurrence, la compétition.

 

 

b) Crise du militantisme ouvrier:

Tout au long des années 80-90, on observe une perte de confiance des ouvriers dans les militants syndicaux. Il y a un certain désintérêt politique qui se développe et qui se manisfeste par l'effondrement du parti qui explicitement se faisait le porte parole du groupe ouvrier, du parti communiste francais. En 1969: 23,9 % des suffrages pour le PCF et en 2002: 3,37% puis en 2007: 1,93 %. toute une partie des ouvriers ne se reconnaissent plus dans les discours politiques de leurs représentants puisqu'ils n'ont pas les mêmes conditions de vie et travail. L'hétérogénéité des ouvriers conduit donc à une crise de représentation politique et de transmission de la mémoire ouvrière.

Il y a donc un processus de fragilisation, de précarisation de la condition ouvrière, déstructuration de l'homogénéité de la condition ouvrière qui a fragilisé une conscience de classe ouvrière et les discours politiques et syndicaux sur la classe ouvrière. Elle a perdu ses représentants politiques, elle a perdue son statut de sujet politique.

 

 

C) La grande bourgeoisie: une classe mobilisée

La grande bourgeoisie se définit par le cumul des ressources qui ne sont pas seulement d'ordres économiques.

En terme de capital économique: distinction revenu du travail et patrimoine. 10% des ménages les plus riches en 2004 possèdent 46% de la fortune nationale et 5% des ménages les plus fortunés disposent du tiers de la richesse du pays. Le patrimoine se transmet de génération en génération et donc l'inégalité du patrimoine est plus accentuée encore que celle du revenu, puisqu'ils s'agit de richesses accumulées dans le temps et qui sont donc à la source de la reproduction sociale. Ces inégalités s'accentuent sous le fait de décisions politiques et de réduction d'impôts sur l'héritage.

En terme de capital social: réseaux d'inter-connaissance et d'inter-reconnaissance durables. Le capital social de la grande bourgeoisie passe par l'organisation de cérémonies, de réceptions, de sorties culturelles, d'invitation, d'appel téléphonique pour les femmes et à l'appartenance à des clubs ou à des cercles privés, club de golf pour les hommes.

En terme de capital culturel: ensemble des ressources issues de l'école et de l'intériorisation d'une culture. Il se développe d'une part dans la scolarité des enfants avec une logique d'excellence scolaire qui est extrêmement travaillée et dans la volonté d'orienter ses enfants vers des grandes écoles, la fréquentation d'élites; puis d'une autres part dans un rapport de proximité et de familiarité avec l'art construites d'abord par les lieux même d'habitation (maisons bourgeoises, construites par des architectes et meublées avec des meubles anciens, des œuvres d'arts, des vaisselles en porcelaines) et par la fréquentation de lieux culturels, de pratiques d'instruments de musique. Cela passe également par l'organisation d'exposition d'art, par la possession de musées d'art.

En terme de capital symbolique: c'est une sorte de magie sociale qui accroit le rendement des types de capitaux précédents, qui est associé à une certaine aisance, élégance, un prestige. C'est un élément important pour la grande bourgeoisie car c'est ce qui lui permet d'avoir la domination de l'ensemble de la société c'est-à-dire de donner les conseils d'éducation, de penser et de voir le monde, de se comporter. Le poids de la famille et de l'ancienneté sont importants pour cette forme de capital: travail autour de la généalogie, travail de recherche et de mise en valeur de la généalogie qui passe par la transmission d'objets familiaux et d'histoires familiales. C'est l'appartenance à une famille qui possède du capital symbolique qui détermine si oui ou non on peut rentrer dans un club, c'est ce qui explique la fréquentation de clubs par la grande bourgeoisie.

A travers le cumul des ces ressources on constate que la bourgeoisie entretient et développe sans cesse ces capitaux. Elle le fait avec des principes de rapprochement sociaux: la grande bourgeoisie cherche à habiter dans un espace proche ce qui contribue à une ségrégation sociale mais celle-ci est choisie, voulue et non subie comme on le constate dans les quartiers populaires. Il y a une concentration spatiale de la bourgeoisie avec des quartiers bourgeois (ouest parisien, 17e arrondissement). C'est un travail conscient de construction d'un habitus qui permet le processus de la reproduction sociale : culte de la famille, défense de nom de famille, apprentissage des blasons, organisation de rallyes pour les enfants. Il y a une volonté de contrôler les fréquentations des enfants, ce qui favorise également l'homogamie sociale.

C'est une classe sociale qui l'est plus que tous les autres groupes puisqu'elle a une forte conscience d'elle même et surtout une volonté de sa position dans la société qui passe par un travail conscient d'entretien de toutes formes de capital, et donc de reproduction sociale et d'homogamie sociale.

 

Les classes sociales restent une lecture pertinente de la société, pour étudier la structuration de la société mais est également importante pour comprendre les pratiques individuelles.

 

 

Conclusion: Des différences persistantes, des inégalités structurelles: la permanence des classes sociales dans la France contemporaine

Les trente glorieuses ont été marquées par un enrichissement de la classe ouvrière qui repose d'une part sur une conscience de classe et une action collective mais qui repose aussi sur une mobilité structurelle importante (devl emplois tertiaires et encadrement). Il y donc eu pendant cette période historique, une amélioration des conditions de travail, de la scolarisation... de l'ensemble de la population francaise et aujourd'hui l'avenir des génération suivante n'est plus pensée en terme de progrès social: depuis les années 70 reviennent sur la scène des questions d'inégalités sociales. L'assouplissement social qui était permis auparavant et aujourd'hui remplacé par un sentiment de rigidité, d'étanchéité sociale, les frontières sociales semblent réapparaitre, l'ascenseur social est en panne. Il y a donc un retour des clivages en terme de classes sociales que l'on retrouve à travers toute une série de statistiques concernant la mobilité sociale: le changement de position sociale a eu tendance a augmenter entre 77 et 93 mais il commence à stagner depuis 1993. Les constats de la reproduction sociale et de l'homogamie sociale restent toujours présents. Il y a également des inégalités en termes de consommation, des écarts très importants en terme de réussite scolaire entre les différentes PCS (chance d'obtenir un bac général: 70% pour enfant de cadres contre 21% pour enfants d'ouvriers. Malgré toute la volonté de démocratisation culturelle, on voit que toutes les pratiques cultures sont différentes selon les classes sociales mais que c'est également le cas des inégalités face à la mort et à l'espérance de vie.

L'idée d'une fin des classes sociales reposent sur la fin d'une vision objective des classes or les classes sociales peuvent toujours exister malgré un manque de conscience de classe. Il des changements dans l'entreprise au cours des années 80: on ne parle plus d'ouvriers mais d'opérateur, d'employé mais de collaborateur.

 

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Emploi CDI 13/11/2012 14:48

C'est vraiment très intéressant, même si je ne suis pas un spécialiste en sociologie

Allanounichou, le retour 28/12/2010 14:45


Ce qu'on nous dit, c'est que les gens ont conscience de ce qu'ils font mais pas des raisons qui les poussent à agir ainsi... Et c'est là tout le paradoxe, si les individus n'avaient pas conscience
des raisons qui les poussent à agir de telle façon, pourquoi agiraient-ils ainsi ? Les profs disent que c'est une habitude, que c'est automatique et qu'on agit sans se demander pourquoi, parce
qu'on juge ça comme allant de soi, naturel. En gros on se donne une explication superficielle, et on ne voit pas les véritables fondements de nos comportements.
Mais une telle explication ne me convainc pas, si on suit des règles sociales, on les connait. Nous savons tous qu'agir contrairement aux habitudes engendrera réprobation,... que certains classes
d'individus sont destinées à réussir et d'autres non (le texte d'Hoggart le montre très bien),... Que si on agit dans une voie, c'est parce qu'on nous a appris à agir ainsi,... Et ce n'est pas
parce qu'on ne pense pas à chaque geste "c'est la société qui m'a appris à agir ainsi" que c'est non-conscient ; si on devait penser à chaque fois aux raisons qui nous poussent à agir, on n'agirait
plus. L'individu n'a pas besoin de penser aux règles sociales, il les connaît, pourquoi diable y penserait-il sans relâche ?
Les parents savent pourquoi ils achètent une voiture à leur garçon plutôt qu'une barbie. Ils n'utiliseront pas un vocabulaire de sociologue, mais l'expliqueront tout aussi justement en disant "les
voitures sont des jouets pour garçon, et les barbies des jouets pour filles, parce qu'il faut différencier fille et garçon". Chaque individu sait ce qu'il fait et pourquoi il le fait. Si une règle
sociale est contraignante, l'individu en a conscience, sans quoi elle n'aurait aucune emprise sur lui. Et dire qu'un fait social agit sur l'individu inconsciemment, c'est comme dire qu'une tierce
personne (l'inconscient) vit dans le corps de l'individu et agit à sa place, et c'est là tout un autre débat.


Allanounichou 27/12/2010 22:54


Aîe aïe aïe, quelle catastrophe ce CM. Cey néanmoins sympa de mettre une partie du cours ici. Néanmoins une chose me heurte ==> La socialisation, le fait social n'est pas conscient mais est
contraignant... Comment peut-on subir une force ou une violence sans la déterminer ? A moins d'avoir le QI d'une moule, lorsqu'on fait quelque chose on sait toujours pourquoi.
L'exemple du prof Moreau, sur la formation des couples : on demande aux individus pourquoi ils sont ensembles, ils répondent que c'est parce qu'ils s'aiment alors qu'il s'agit d'une histoire
d'homogamie sociale... C'est parce que la question est mal posée. Demander à un individu pourquoi il aime telle personne, il ne prononcera pas le mot "homogamie", mais en donnera la définition en
disant " je préfère être avec quelqu'un qui me ressemble qu'avec quelqu'un qui est différent de moha".
Alors je ne sais pas si les profs essaient de nous apprendre des nouveautés sur les règles sociales, mais pour moha, tout ce qu'on a fait c'est mettre des noms à des processus et phénomènes que je
connaissais déjà. Donc non, je ne comprends pas qu'on puisse dire qu'un fait social est inconscient.


licence1sociologie-poitiers.over-blog.com 28/12/2010 12:43



Ouhla ca porte à débat tout cela. Pour cela parait presque évident qu'un fait social peut être inconscient. Je m'explique :


Lors de la socialisation on intériorise des normes et des valeurs de manière aussi bien consciente qu'inconsciente. Au lycée on nous avait donné pour cela l'exemple des cadeaux de noel. On offre
des cadeaux plus spécifiquement pour les garçons, comme les voitures, les camions, les jeux de construction, et d'autres pour les filles, les perles, les poupées, le parfait attirail de la petite
ménagére... La raison est que les parents veulent voir développer chez leurs enfants certaines qualités, qui sont complétement caractérisées par le genre. Et tout cela se réalise de manière
complétement inconsciente, l'enfant est même content car au fond c'est ce qu'il avait demandé. Il a complétement intériorisé la maniére dont il doit se comporter, ce qui doit lui plaire....


Je ne sais pas si ce que j'avance est trés convainquant mais donc oui je continue à affirmer qu'un fait social puisse être inconscient.