Pensée Sociologique, Chapitres I, II et III

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PENSEE SOCIOLOGIQUE

 

I- pouvoir, société et pensée

 

Quelles ont été les conditions pour que naisse une discipline ayant pour objet de recherche la société, la sociologie. Il fallait un préalable, préalable qui est l'existence d'une pensée autonome, et notamment vis-à-vis des pouvoirs.

 

A- La genèse d'une pensée scientifique autonome:

Citation de Benoit XVI: «  pas de raison sans religion ». il y a deux espaces sociaux qui se sont opposés à cette autonomie:

- l'espace religieux

- le pouvoir politique et militaire

 

Citation de Durkheim: «  il fallait tout d'abord que la notion de loi fût parvenue, dans les sciences proprement naturelles, à un suffisant degré d'élaboration. Or, il fut un temps, qui n'est pas très éloigné où elle était encore inconsistante et confuse, même en ce qui concerne le règne minéral […]. On conçoit donc qu'elle n'ait pu pénétrer qu'avec la plus grande peine dans le monde des faits sociaux; et c'est ce qui fait que la sociologie ne pouvait apparaître qu'à un moment tardif de l'évolution scientifique ». Durkheim, La science sociale et l'action.

 

Tout commence avec la société grecque. Pour Platon, 429-347 avant ère chrétienne, la politique est objet d'une réflexion. Aristote: 384-322 avant ère chrétienne. Mais on ne peut pas les considérer comme des pro-sociologues. Ils s'inscrivent dans une société idéale plus que dans un regard de la société réelle, que dans une tentative d'objectivation. La société grecque a contribué au développement d'une connaissance scientifique (mathématiques, physiques) et qui se fait en autonomie du pouvoir politique et de la religion (De Samos: 310-230 avant ère chrétienne → a dit que la terre tourne sur elle-même).

Il y a une grande capacité de pensée scientifique.

Le Moyen-Age est une période de stagnation car le christianisme s'installe en Europe et institut une vision théologique de la société, ce qui laisse peu de place à la raison, à la scientificité. Les explications sont verrouillées par une explication théologique qui est totalisante. Cela pose deux problèmes:

- 1er problème: n'offre pas d'espace de pensée différente

- 2ème problème: toute forme d'explication différente de la vision théologique est réprimée. Cela relève de grandes intolérances et limite le débat des idées au champs théologique. Voici quelques intellectuels qui débattent mais seulement à l'intérieur du champs théologique:

Saint Augustin: 354 - 430

Saint Thomas d'Aquin: 1228-1274

cette vision n'est pas favorable à une autonomie rationnelle.

Il y a donc une forte opposition entre la vision ou l'interprétation théologique et l'interprétation scientifique, rationnelle.

Exemple du 0: l'église a été un obstacle à ce outil particulier. L'europe, au moyen age, fonctionne avec un système de chiffres, de calculs qui sont les chiffres romains et ces chiffres là ont permis à faire des calculs dans les sociétés occidentales. Ce système était assez lourd: ex IV = 5 – 4 → pas de spontanéité et amène à la tromperie. C'est un système complexe. Des moines calculateurs étaient spécialisés dans les chiffres romains, ils étaient peu nombreux. Les chiffres romains ont été abandonné car nos société ont adopté un nouveau système originaire de l'inde. C'est une numérotation de position c'est-à-dire que la valeur du chiffre en tant que nombre dépend de la position qu'il occupe dans ce nombre exemple 101: les deux 1 n'ont pas la même valeur. Il a un avantage par rapport au système romain car il suffisait de 9 chiffres au départ pour écrire l'ensemble des nombres. Les indiens ont longtemps buté sur des obstacles car il y avait un problème lorsqu'ils voulaient par exemple écrire 903 le problème étant le 0 pour dire qu'il n'y avait pas de dizaine, le risque est de 93 au lieu de 903. le 9 et le 3 ne leur posait pas de problème mais ils ont laissé un espace pour dire qu'il n'y avait pas de dizaine. Ils ont alors décidé de créer un signe qu'il ne désigne rien, un vide qui est le 0. Ils ont finit par développe un 10ème chiffre, le 0 pour exprimer un vide ( entre 240 et 535 pendant l'empire des Gupta, c'est une période calme, sans conflit et d'essor économique). On a donc une rupture fondamentale dans les mathématiques qui permet des calculs plus complexe et qui offre une vertu d'accès au calcul. Le sens commun attribue souvent l'invention du 0 aux arabes: c'est un système nait en Inde mais qui a transité vers des scientifiques arabes avant d'arriver en Europe.

Ce sont des moines espagnols qui vers le 10ème siècle commencent à prendre connaissances de système de notation avec certains pays arabes. Gerbert d'Aurillac, pape de 999 à 1003, souhaite introduire le 0 dans la société européenne notamment en France et en Italie. Il va se voir opposé à un refus des autorités catholiques: l'église catholique va s'opposer au 0 sur un argument théologique:il est hors de question d'utiliser une pratique païenne mais surtout car le 0 ayant des vertus démocratiques et il y a une crainte pour les positions sociales, des enjeux de luttes entre les positions sociales. Pour la France, il faudra attendre 500 ans de plus pour que le système indiens et le 0 s'installent dans les mathématiques. En 1575, Montaigne écrit dans un courrier qu'il ne sait pas calculé avec le zéro: illustration de comment la logique théologique est un frein au développement en particulier mathématique et à la démocratisation de l'accès notamment au calcul.

 

Bibliographie: Georges Iffrah, L'histoire universelle des chiffres.

 

Il y a des espaces de résistances qui sont les universités crées à partir du 13ème siècle pour que des intellectuels puissent disposer d'une autonomie, d'un espace de débat et de discussion. Elles ne sont pas des espaces laïques. Ex: Abélard (1079-1142), la Sorbonne (1225), Angers (1360), Nantes (1470). L'université crée un corps de spécialiste de la production théorique qu'on appellera plus tard les intellectuels. Il y a des luttes, des débats la frontière entre le théologique et la rationnel. L'interprétation des textes religieuses se discutent et peuvent laisser place au débat. Cela permet d'autoriser le débat mais s'il ne sort que très peu du champs de la théologie. Les universités développent la scolastique. La scolastique est un processus pédagogique qui autorise la discussion et le débat, les bagarres intellectuelles, cela amène au fait qu'il peut y avoir différentes idées, théorie sur lesquelles ont peut débattre. La dissertation est le produit de cette scolastique développée dans les universités: schéma thèse, antithèse, synthèse.

Malgré les universités, la fin du moyen-âge va plutôt être désastreuse pour l'histoire de la sciences. Dès le 15ème siècle, les universités perdent de leur influence. A partir du 16ème, l'église de Rome va engager un processus très fort de reprise en main des sociétés. Ce processus est symbolisé par le Concile de Trente qui a lieu de 1545 à 1563. C'est une contre réforme, une réaction au développement du protestantisme organisée qui donnera lieu à une reprise en main à la fois des territoires et du travail intellectuels (en France, en italie, en espagne). C'est un quadrillage du territoire: nouvelles paroisses, gestion de la vie privée par des registres paroissiaux, on construit des symboles, on implante symboliquement les noms des saints sur les territoires (les corporations de métiers vont chacune avoir un Saint) et les paroisses vont être nommée par un Saint, reprise en main du travail intellectuel et donc appauvrissement. Cette contre-réforme va freiner le développement de l'industrie, de l'économie et du capitalisme dans les pays au sud de l'Europe.

 

Bibliographie: Max Weber, l'esprit du protestantisme et l'esprit du catholicisme. Les terres protestantes sont scolarisées plus tôt car il faut être capables de lire les livres sacrés que les terres catholiques.

 

Conséquence de cette reprise de main:

- il n'y a pas d'unité de mesure

- il existe 8 méthodes de calculs pour la multiplication qui sont en concurrence entre elles.

 

Bibliographie: Denis GUEDJ, Le mètre du monde, Le Seuil, 2000.

( le mètre, les centimètres sont nés de la révolution française, les révolutionnaires ont voulu une unification, unifier le territoire et faire table rase du passé).

 

Néanmoins, malgré cette contre-réforme, on va avoir à la fin du 16ème siècle et surtout au 17ème siècle un timide renouveau d'une pensée autonome. C'est l'exemple de Machiavel (1469-1527), auteur de Le Prince.

- ce livre autonomise le champs politique, il en fait un espace qu'on peu analyser , commenter et un espace sur lequel on prise et pouvoir. Il autonomise la politique du champs divin.

- Machiavel a une formule qui peut être une définition de la société: « je dis ici ce qui est et non ce qu'il doit être ». C'est inscrire une réflexion sur ce qu'est la société et non un travail de projection sur ce qu'elle devrait être.

C'est aussi la création en 1530 d'une institution qui s'appelle de le Collège de France, elle existe toujours, par francois 1er et qui contrairement aux universités n'est pas liée à la vision théologique et dans lequel les cours sont gratuits. Il la créer pour contrer l'église de Rome.

Également les pays protestants sont des pays qui vont être libéraux c'est-à-dire respectant les libertés individuelles.

Il y a un autre élément favorable à une pensée autonome qui est la diffusion du livre. Se développe également la correspondance. Le livre a une contribution pour le développement intellectuel au 17ème siècle.

La pensée autonome est une lutte sociale, c'est le produit de combats sociaux de certains intellectuels.

 

Galilé subira 2 condamnations, procès en défendant une vision d'une pensée autonome:

-1616

-1632

 

B- La contribution du siècle des Lumières:

L'organisation de la société est un fait humain, est le résultat humain et on peut alors l'analyser.

 

Les théoriciens du contrat social:

- Thomas Hobbes (1588-1679): il développe l'idée de contrat social, de conventions. Il dit qu'il y a beaucoup de conflit religieux en Angleterre et estime que le pouvoir politique a un droit de regard dans le fonctionnement des églises. Il place le politique en dessus du religieux. Il dit que le pouvoir politique doit être déléguer, que le pouvoir politique peut déléguer de son pouvoir et ces délégations sont des conventions. Les délégations se font par conventions. Il est persuader que les nations doivent faire société et donc que le pouvoir central soit délégué à des niveaux intermédiaires. Hobbes est convaincu que l'homme à l'état naturel est un loup pour l'homme, et il faut donc pour faire société qu'ils s'organisent, qu'ils se régulent, qu'ils passent des conventions avec les autres, un contrat social. Cela permet de dépasser l'état de loup, cet état sauvage. Il faut perdre un peu de sa liberté pour se sentir en sécurité ( explique pourquoi il faut déléguer le pouvoir).

- Jean-Jacques Rousseau (1712-1778): Son point de départ est que, pour lui, l'homme est naturellement bon, il n'a pas d'état sauvage. Pour lui c'est parce que l'homme est être social qu'il devient méchant, c'est l'état social qui perverti l'homme. Il dit qu'il faut donc des institutions pour contrôler et contenir cet état de ressentiment de l'homme social. Ce sont la justice, la police, la famille... et pour ce faire, il faut que les hommes passent un contrat social entre eux.

Ces deux théoriciens ont eu des ennemis, c'est le cas de Bossuet (1627-1704) qui met en avant le champs théologique, la divinité.

 

 

Au 18ème siècle des intellectuels comme Voltaire (1694-1778), Condorcet (1743-1794), Diderot (1713-1784) marquent une rupture avec le champs théologique.

Montesquieu (1689-1755) contribuera fortement à cette pensée, à cette vision. Il s'est inscrit dans le fait que la société est le résultat de l'homme et non du divin, mais il sera celui qui aura le plus contribué au fait que non seulement la société est organisée par les hommes mais que les hommes peuvent également analyser comment fonctionne la société. C'est un proto-sociologue (presque un sociologue). Montesquieu est un baron, un noble de robe. Il a fait une licence de droit et il a acheté une charge de conseillé au parlement de Bordeaux. Il est peu passionner par son métier et revend sa charge en 1726 pour se consacrer à la littérature, la philosophie, l'histoire et les sciences. Il publiera un certain nombre d'ouvrages:

Les lettres persanes (1721)

L'esprit des lois (1748) .

Il y a toujours des luttes, des combats puisque son livre l'esprit des lois est interdit en France mais en deux ans 22 éditeurs ont éditer le livre de Montesquieu dans les pays qui entourent la France.

Il est claire concernant le divin, ce n'est pas lui qui organise la société. Il réfute une explication théologique. Il estime qu'il y a des lois sociales inhérentes à l'organisation de la société, des lois sociales qui expliquent le fonctionnement de la société et leur devenir; ce qui veut dire pour lui qu'on peut expliquer scientifiquement l'organisation de la société. C'est un pas important. Il met en avant un certain nombre d'éléments pour expliquer cette organisation de la société comme certains critères: le climat, la religion, les maximes du gouvernements, les mœurs, les choses passées.

Il se veut empirique c'est-à-dire que ces propos ne sont pas ceux d'une société idéale, il s'appuie sur des faits: il prend en compte la monnaie, le commerce, le type de droit, les mœurs. C'est une réflexion concrète de la société.

Montesquieu pratique beaucoup la comparaison pour expliquer la société. La comparaison est un outil épistémologique, c'est un outil fondamental de la sociologie. Il estime que les points de vue individuels ne suffisent pas à expliquer le fonctionnement de la société : «  le tout n'est pas la somme des parties » = la société ne peut pas se résumer à la somme des individus qui la composent, l'explication de la société ne peut pas se faire en ajoutant seulement les points de vue des individus. Il y a une dimension collective dans l'organisation des sociétés, ce que Durkheim appellera le substrat collectif. Il pose des jalons importants pour la discipline à venir, la sociologie.

 

Conclusion:

On voit qu'au cours des siècles peut apparaître une autonomie du politique (Machiavel), on a une autonomisation de l'individu (protestantisme), une autonomisation vis-à-vis du religieux (siècle des lumières), une autonomisation de la société qui peut devenir un objet de science. Sont réunies à la fin du 18ème siècles les conditions de possibilité de naissances des sciences sociales, et de la sociologie en particulier.

II- L'émergence de la sociologie:

A- Le XIXeme et la question sociale:

La sociologie est une discipline occidentale, est marquée par la philosophie de l'occident et s'est développée dans des pays plutôt riches, aisés.

Cette émergence se fait au 19ème siècle autour de la question sociale, c'est donc une discipline récente.

Le 19eme siècle c'est le moment où le mot sociologie est inventé et c'est également le siècles des fondateurs de cette discipline, des intellectuels qui se font sociologues. Durkheim se dit ex nihilo (rien ne se fait à partir de rien, il y a un contexte), il y a un contexte qui explique l'émergence de cette discipline. C'est que les conditions étaient réunies pour qu'elle puisse naitre (autonomie de la pensée). De plus, c'est que le 19eme siècle est un siècle dans lequel il y a beaucoup de transformations de la société, où le social est très agité; c'est un grand 19eme avec beaucoup de changements sociaux: la question sociale est au jour ! Il y a 5 grandes transformations:

- les révolutions politiques: l'absolutisme est de plus en plus discuté lorsqu'il n'est pas résilié et de nouvelles pratiques et idées politiques se mettent en place: laïcité, république, démocratie → renouveau de la vision de l'organisation politiques

- les transformations économiques importantes: transformation des modes de productions, disparition des systèmes de corporations, libéralisme économique qui s'installe progressivement en Europe. La révolution française est également une transformation économique.

- transformation du rapport à l'espace: le 19eme siècle va accentuer les différents types de déplacements de populations. Il y a beaucoup de déplacements du fait des colonies, des migrations entre les pays européens, des migrations des campagnes vers les villes (→ urbanisation).

- transformations techniques: inventions importantes (métallurgie, électricité, industries avec chaînes de production, les chemins de fer)

- des désordres sociaux importants: nombreuses révoltes et révolutions → récurrence de mouvements sociaux, mouvements revendicatifs (syndicats, mouvement ouvrier). Désordres sociaux dans le registre politique, militaire, social ( → fin du holisme familial et montée de l'individualisme (= processus d'individuation: les gens se permettent de se penser distincts de sa communauté d'appartenance)).

 

Les conséquences:

- inquiétude très forte des classes dirigeantes face à la montée du mouvement ouvrier et des classes laborieuses qui font des émeutes.

- un essor au 19eme de la philanthropie (idéaux religieux, idéologiques) dont les auteurs sont divers (ordre politiques, religieux) et ont le souci d'intégrer les classes laborieuses à la société, pensent que la bourgeoise soit intégrer les classes laborieuses à la sociétés. Les philanthropes vont faire des enquêtes sociales sur les pauvres pour avoir des éléments de compréhension sur l'intégration des classes laborieuses (enquêtes sur le mode de vie, le comportement, les façons de penser, l'habitat). Guépin, Le Play, Buret sont des philanthropes qui ont fait des enquêtes sociales sur les classes laborieuses.

- c'est la naissance de la démographie au 19eme siècle, ce qui donne des outils de connaissances sur la société ( nombres, mesures). C'est également l'époque de la statistique sociale et ce sont désormais des enquêtes nationales qui sont faites. Aldophe Quételet (1796-1874) est un démographe du 19ème et a contribue à la naissance d'outils de connaissance de la société.

- des œuvres sociales sont mises en place pour aider les classes laborieuses de la société ( école, salles d'asile = écoles maternelles,....)

→ la société devient un objet sur lequel ont fait des enquêtes, des projets, des études...

 

B- Les premiers sociologues:

Trois sociologues fondateurs et importants: Saint Simon, Auguste Comte et Karl Marx

 

Saint Simon (1760-1825) est un protosociologue. C'est un aristocrate, un comte issu de la noblesse ancienne, c'est une noblesse de titre. A 13 ans, il refuse de faire sa communion et sera condamné. Il est élève d'un encyclopédiste célèbre, d'Alembert. A 18 ans, il part au États-Unis et découvre la société industrielle. Il revient ensuite faire la révolution française, c'est un homme agité. Il spécule sur les biens nationaux, fait fortune. C'est un grand dilapidateur, il se ruine ensuite. En 1795, il décide de reprendre les études et vu qu'il est ruiner, il trouve un banquier qui lui finance ses études de philosophie. C'est dans la poursuite de ses études qu'il va avoir un production intellectuelles importante pour la sociologie à partir de 1810. Ses apports à la sociologie:

- on ne connait la société que par observation, il faut des faits observés et non des réflexions théoriques et générales.

- la société se rationalise et on bascule vers une connaissance de plus en plus rationnelle et scientifique de la société: « Toutes les sciences ont commencé par être conjecturales; le grand ordre des choses les a appelées toutes à devenir positives. L'astronomie a commencé par être l'astrologie; la chimie n'était à l'origine que l'alchimie; la psychologie commence à se baser sur la physiologie et à se débarrasser des préjugés religieux sur lesquels elle était fondée », Saint Simon, Mémoire sur la science de l'homme (1813).

- Il propose une division de la société en 3 phases: le système féodal, puis une phase de désorganisation des sociétés (guerres..), et enfin la société industrielle qui pour Saint Simon est la société idéale. Il estime que pour arriver à cette société industrielle, il doit y avoir affrontement entre les producteurs et les non-producteurs (idée que l'on retrouvera chez Marx avec les confrontations des classes sociales). Il aura une évolution politique assez originale: au départ c'est un libéral et il finira socialisant (épousera les idées en germes de ce que va devenir le courant socialiste). Il fait partie des gens que l'on appelle des socialistes utopiques: il développe des projets de société idéales et son influence sera énorme: influence sur la sociologie en ce qui concerne l'observation des faits et influence sur la société en ce qui concerne le développement de comportements socialistes dans la société. Des socialistes utopiques: Proudhon, Baboeuf (révolutionnaire du 19eme siècle qui a passé une grande partie de sa vie en prison car il pratiquait les attentats), Fourrier ( il a mis en place des phalanstères qui étaient des communautés de vie et de travail où les travailleurs s'auto-organisaient pour produire et vivre ensembles; les blouses de travail se boutonnaient dans le dos pour développer la solidarité et l'entre aide entre les ouvriers) .

 

Auguste Comte (1798-1857): il est né dans une famille modeste (son père est un petit fonctionnaire de l'état) et est issu d'une famille très catholique et monarchique. Il fait des études à Montpellier, c'est un élève très brillant, notamment en mathématiques. Il fera aussi des études à Paris, où il rencontrera Saint Simon. En 1817, il devient le secrétaire particulier de Saint Simon et sera donc influencé par les idées de ce dernier. Ensuite, il fera des cours privés, particuliers à des élèves. Il publiera des écrits. Il est à retenir dans la discipline car c'est lui qui a inventé le mot sociologie: il l'utilise en 1839 pour remplacer une autre expression qu'il utilisait avant qui est celle de la physique sociale, en trouvant que le mot sociologie est plus propre à l'étude de la société. Ce mot est donc construit sur une double racine: logos (études) socio (société, groupe) → c'est l'étude des groupes, des sociétés. Mais ce n'est pas parce que la racine du mot dit cela, que la discipline s'arrête à l'étude des groupes et des sociétés. Comte s'inscrit dans la pensée de Montesquieu, et c'est un pur sociologue = ce n'est pas la somme des comportements individuels qui explique le fonctionnement collectif des sociétés ( :exemple de la formation des couples). « La vérité de la société n'est pas à chercher dans l'individu, mais au contraire, c'est dans la société qu'il faut chercher la vérité de l'individu », Auguste Comte. On est dans la recherche de ce sens caché qui contribue à organiser le fonctionnement de la société avec Comte. Il estime que la société n'est pas un espace de libre contractualisation, il réfutera donc les travaux de Rousseau. Ce sera un servant défenseur de l'idée d'observation de la société pour la comprendre: il estime que l'observation des faits en soi ne suffit tout de même pas pour définir la sociologie, elle doit conduire à l'élaboration de lois générales et de théories qui expliquent la société: l'observation doit être reliée à un système d'hypothèses (il faut avoir des hypothèses pour ensuite faire des observations et voir si ces dernières infirment ou confirment les hypothèses qui doivent ensuite conduire à des lois générales de la société). C'est donc une démarche déductive qui doit conduire à des théories. Par exemple, l'école de Chicago (courant au États-Unis) qui va adopter une position inverse à celle de Comte en mettant le primat sur l'indiction. Comte va essayer d'établir les lois de la société et estime qu'il y a deux types de lois dans une société: des lois invariables et récurentes; et des lois du mouvement ou changement social qui explique les transformations de la société. Il y a deux segments, branches de la sociologie: la statique sociale qui étudie les règles immuables, les fondements de l'ordre social comme par exemple la propriété et la religion ou la famille; et la dynamique sociale qui étudie les évolutions et les transformations de la société. C'est surtout la dynamique sociale que Comte va développer dans ses écrits et il développera une théorie des transformations des sociétés qu'il appelle la loi des trois états et qui est un schéma général qui expliquerait la transformation des sociétés → 3 phases, états: théologique, métaphysique et positif (ce qu'a fait aussi Saint Simon avec l'état féodal, la désorganisation de la société et la société industrielle).

- L'état théologique: société caractérisée par le primat des agents et des forces surnaturelles, une société où les explications sont plutôt arbitraires (divinité). Se sont des sociétés très hiérarchisées et souvent très militarisées et religieuses.

- L'état métaphysique est un état transitoire dans lequel la société met fin au tabou, le tabou est remplacé par des forces ou des idées abstraites qui sont des notions de type métaphysique. C'est une étape liée à au processus de laïcisation.

- L'état positif: ce sont des sociétés positives où c'est la science et la rationalité qui domine la société; c'est l'esprit humain par l'observation et l'analyse qui va expliquer et organiser les fonctionnements de la société. C'est un état de quiétude sociale, de bonheur... c'est en quelque sorte l'état final de la société. Comte estime que les savants doivent avoir beaucoup de pouvoir et parmi ces savants Augustes Comte place au premier rang, les sociologues. Il y a confusion chez Comte entre la théorie de la connaissance sociologique (apporter des outils, des concepts, des méthodes, des savoirs qui contribuent, qui font la discipline sociologie) et la théorie du système social (penser une organisation sociale idéale, être tenté de mettre en application le savoir sociologique pour transformer la société).

La sociologie d'Auguste Comte a été un peu délaissée, elle n'est plus mobilisée mais elle est importante et contribue au patrimoine sociologique.

 

Karl Marx (1818-1883) est un allemand, originaire d'une famille au départ juive mais convertie au protestantisme. C'est un milieu bourgeois, relativement aisé mais ce n'est pas seulement de la richesse économique: c'est un milieu bourgeois lettré et libéral (ouvert aux libertés individuelles). Il va à l'université ( à Berlin, à Bones...) et change beaucoup de mentions: droits, histoire de l'art, mythologie classique, philosophie. C'est un fêtard mais un très bon étudiant à la fois. A 23 ans, il devient docteur de l'université. Il se professionnalise ensuite, mais plutôt dans la presse puisqu'il est journaliste, puis directeur de la rédaction d'un journal gauchiste. En 1843, certains de ses écrits sont interdits et il est expulsé en France. Il sera ensuite expulsé de France pour son écrit sur la Prusse, et il va se réfugier à Bruxelles. Il est à nouveau expulsé de Bruxelles et retourne à Cologne, et revient à paris où il sera encore expulsé. Il s'installera ensuite, jusqu'à la fin de sa vie, en Angleterre où il aura toujours une carrière journalistique (rédaction, publication d'ouvrages).

Marx ne se dit pas sociologue, c'est un philosophe et historien mais il ne se dit jamais sociologue. Il aura un apport tout de même assez fondamental dans la discipline en y ajoutant tout un ensemble de notions et de concepts importants et encore mobilisés par la sociologie. Un des fils conducteurs de Marx, c'est l'idée de rapports sociaux: les rapports sociaux sont indépendants des volontés individuelles, c'est les rapports sociaux qui expliquent les comportements des individus: il y a donc un déterminisme des comportements humains. Dans ces rapports sociaux qui cadrent et expliquent les relations sociales, Marx accorde beaucoup d'importance aux rapports économiques. Ses idées et ses concepts:

- le matérialisme historique: primat des structures, notamment des structures économique, dans les rapports sociaux; pour comprendre les relations sociales, il faut comprendre les systèmes économiques dans lesquels s'inscrivent les rapports sociaux: c'est la distinction dans les rapports économiques entre ceux qui possèdent et ceux qui travaillent

 

- les conditions matérielles d'existence: infrastructure → les conditions de vie, d'habitats... façonnent les individus, leur interaction et les rapports sociaux

 

Marx s'appuie énormément sur des faits matériels mais il ne néglige pas non plus les faits symboliques. Ce sont les faits matériels qui façonnent la superstructure. L'infrastructure prime sur la superstructure. «  Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience », Karl Marx.

 

- la superstructure: faits plutôt symboliques

 

Trois notions importantes:

- Rapports sociaux: mode production, conditions d'existence qui font les histoires individuelles

 

- Dialectique: méthode d'investigation qui postule que les phénomènes sociaux doivent être étudiés en tant que processus en mouvement, y compris dans leur contradiction et leur rapport de force.

 

- Classe sociale: position dans les rapports de production

 

Marx a été très influent dans la sociologie française mais il a été un peu disqualifié à partir des années 80-90 à la chute du communisme. On confond la contribution de Marx au communisme et sa contribution à la sociologie, et donc il y a disqualification de Marx tant dans sa contribution au communisme qu'à la sociologie. Chez Marx, il y a de la théorie de la connaissance sociologique et de la théorie du système social.

 

 

III- La sociologie explicative de Durkheim (19eme-20eme siècles):

C'est un personnage qui a influencé la sociologie entière et Bourdieu; il a donné ses lettres de noblesses à la sociologie: il a contribué à institutionnalisé la discipline, à l'instruire dans les institutions pour que celle-ci soit reconnue et enseignée dans les universités. L'inscription d'une discipline dans le champ universitaire est une condition nécessaire pour que celle-ci vive, se diffuse dans le temps. Il est également marquant car il est un des premiers sociologues à avoir développer l'idée d'enquêtes empiriques, de terrain: à avoir insister sur l'idée que la sociologie ce n'était pas que de la théorie, du discours mais également du concret. Il se distingue pour cela de Marx et Comte: il a fait des enquêtes sur la famille, le travail, la religion, le suicide. Son travail sur le suicide est remarquable car le suicide est pensé dans nos sociétés comme étant quelque chose qui relève du choix individuel, on ne pense pas qu'il soit lié à la société, que c'est un fait social. Durkheim sort le suicide de cette vision individuelle pour en faire un fait collectif: ce n'est pas seulement la somme de pratiques individuelles, il y a également une dimension collective; c'est le substrat.

Durkheim: 1858-1917. Il est issue d'une famille religieuse. Son père et son grand père sont juifs, dans les Vosges. C'est une famille lettrée. Mais Durkheim va dès l'adolescence se détacher de la religion. Le 19eme siècle est le siècle de l'autonomie de la pensée, de la liberté de la personne. Il va faire de brillantes études. Il est envoyé dans un grand lycée napoléonien à Paris. Il va faire parti de la même promotion que Berxon, le philosophe, et également de Jaurès, le militant socialiste. Il passe l'agrégation en 1882. il est nommé dans le sud-ouest et très vite il est commence à donné des charges de cours à l'université de Bordeaux. Il rejoint très vite les réseaux intellectuels des lycées. Il s'est engagé politiquement, l'affaire Dreyffus sera l'origine de son engagement, il défend les droits de l'homme. Politiquement il sera proche de Jaurès, socialiste et qui a unifié les différents courants de l'époque. Durkheim est un socialiste modéré, il s'opposera au socialiste Jules Guesde qui introduira le marxisme dans les courants socialistes. En 1902, il est nommé professeur à la Sorbonne sur un poste de sciences de l'éducation, pas sur un poste de sociologue. Il avait commencé à publier des livres de sociologie, à partir de 1893 mais à l'époque il n'y avait pas de poste de sociologie encore. C'est son côté militaire, cette volonté d'ancrer la sociologie qui lui fera obtenir un poste de professeur de sociologie et de sciences de l'éducation. Il est séduit par cette discipline nouvelle, et construit un double projet: le logos d'une part, et d'autre part la praxis. Le Logos, étude, c'est l'idée qu'il faut en faire une discipline d'études, de recherche; c'est un projet qui veut construire la sociologie au même titre que les autres sciences. La praxis, signifie que la sociologie doit servir à quelque chose, qu'elle doit servir à améliorer la société: il défend l'idée de progrès social, il est convaincu que la société est marquée par des mouvements d'anomie ( que les relations sociales se nuisent) et est donc persuadé que c'est par la connaissance de la société que l'on pourra remédier à ces situations d'anomie, qui va développer un chacun pour soi et qui va enlever toute solidarité collective. Voilà ce qu'il écrit en ce qui concerne la praxis: «  de ce que nous nous proposons d'étudier avant tout la réalité, il ne s'ensuit pas que nous renoncions à l'améliorer: nous estimerions que nos recherches ne méritent pas une heure de peine si elles ne devaient avoir qu'un intérêt spéculatif». Émile Durkheim, Préface à la première édition de La Division du travail social. C'est quelque chose que l'on a déjà retrouvé chez ses prédécesseurs: chez Marx, il y a des logos et du praxis; chez Auguste Comte.Il faut bien différencier la théorie du système social et la théorie de la connaissance sociologique, et chez Comte et Marx on distingue une confusion entre les deux. On retrouve ces deux aspects chez Durkheim, mais très nettement séparés: il ne mélange pas ses points de vues politiques à son travail de recherche. Durkheim est complètement en opposition avec Bourdieu. Bourdieu dit qu'à partir du moment où on demande à la sociologie de servir à quelque chose, c'est qu'on lui demande de servir un pouvoir; cette formule là dit que le sociologue doit rester à distance des pouvoirs politique, culturel, économique... Il affiche une neutralité épistémologique du sociologue, il doit se tenir à distance des pouvoirs car ils risquent d'utiliser son savoir ou le manipuler; il doit donc rester loin de la praxis. Il ne doit pas transformer la société mais l'analyser, l'étudier. Il y a deux Bourdieu: un dans « question de sociologie », qui est un Bourdieu très lointain des pouvoirs politiques et économiques jusqu'aux années 90, puis un autre qui développe l'idée de l'intellectuel collectif: réseaux qui doivent s'engager et se mettre au service des luttes, d'un contre-pouvoir. On le voit s'engager au côté de la gauche de la gauche, ou autour du réseau ATTAC . Il estime que le savoir sociologique doit être mis au service de ceux qui en ont besoin pour contrer un pouvoir.

Quelle est sa conception de la sociologie? Durkheim veut instituer la sociologie, c'est-à-dire l'inscrire dans les institutions, notamment dans les universités: c'est un militant. Il se donne alors 4 objectifs pour que ca devienne une vraie science.

→ le 1er: définir un champ et un objet pour cette discipline

→ le2eme: se doter d'une méthode

→ le 3eme: mettre en pratique cette méthode

→ le 4eme: confier cette discipline à des professionnels, qui seront des sociologues (va avec l'idée que la sociologie ne doit pas seulement être le logos, mais également la praxis).

 

→ Explication, argumentation de ces objectifs:

1er objectif: dans « Les règles de la méthode sociologique », parut en 1895, il précise le champ de la sociologie et l'objet de recherche des sociologues. Il précise également que tout fait de société n'est pas un fait social (notion importante et d'actualité). Les médias ont tendance à toujours nous trouver des phénomènes sociaux, on a une masse d'informations qui nous est transmise sur des phénomènes qui se passent dans la société. Et la tentation est grande de faire de tous ces phénomènes des faits sociaux. Or, Durkheim met une mise en garde sur ces phénomènes sociaux et médiatiques: ils sont avant tout raconter par et pour les médias, et non pour les sociologues. Il ne faut pas transférer un phénomène avancé par les médias à un fait social; ce n'est pas parce que les médias multiplient les discours sur un phénomène particulier que le sociologue doit le considérer comme un fait social et le prendre comme objet d'étude. Il faut construire son objet de recherche, il ne faut pas se le laisser imposé. Ce qui est très intéressant en fin de compte dans les médias, c'est ce qu'ils ne disent pas. Exemple des accidents de travail: quelques fois il y a des accidents de travail: 2 morts par jours, entre 2006 et 2008 ils ont augmenté de 10%, en 2008 il y a eu 720 000 accidents de travail... mais jamais ils ont fait un objet, un sujet médiatique.

 

Qu'est ce qu'un fait social: voir définition du TD. Ces deux caractéristiques: l'extériorité et la coercition.

L'extériorité veut dire qu'il y a des choses qui existent en dehors de l'individu, et qui par effet de culture, de cadres sociaux, vont le caractériser mais non pas parce que c'est lui comme individu mais parce qu'il vit dans telle ou telle société. Le plus bel exemple de l'extériorité, c'est la religion. Ce rapport à la religion s'impose à nous sans que l'on le choisisse individuellement ( on peut être athée, mais avoir une façon de vivre catholique dans les sociétés européennes par exemple). La religion s'impose sur des territoires donnés car elle s'est construite sur des territoires donnés, y compris sur des micro-territoires. Il ne faut pas penser que la France n'est que le territoire des catholiques. C'est l'exemple de la Vendée ( image de la Vendée catholique): c'est un territoire très disparate du point de vue religieux. Il y a en Vendée des bastions protestants, il y a des cimetières catholiques et des cimetières protestants. Il y a un courant religieux qui s'appelle la petite église à Courlay: c'est un courant schismatique, ce sont des petits catholiques qui refusent le concordant: les gens perdent leur âme en s'accordant à l'état, il refusent que les prêtres soient payés par l'état. Au bout d'un moment ils n'ont plus de prêtres, mais ils continuent leurs cérémonies. Aujourd'hui, ils existent encore mais sont très peu; c'est une pratique religieuse en déclin. Ils célébraient encore les jours fériés de l'ancien régime. Quand on était enfant dans une petite église, on était socialisé à cette petite église. En Vendée, on peut naitre dans des familles de la petite église, protestantes ou catholiques... Tout cela est lié aux sous-sols de l'histoire, aux cadres historiques qui nous fabriquent.

La coercition est une idée qui pose problème dans les sociétés européenne car on a tendance à se penser libres de nos choix. Il faut admettre que dans la sociologie il y a un côté désenchantement du monde, qui montre combien une part de notre liberté ne nous appartient pas, se fait ailleurs. Admettre l'idée que l'on est pas totalement libre, est un appauvrissement. On a donc mal à croire que cette coercition existe, car elle n'est pas vécue comme une contrainte: il y a des système de valeurs qui sont intériorisés pendant la petite enfance, et qui nous apparaissent comme venant de nous. On pense que c'est nous même qui les décidons,ils ne nous apparaissent pas comme des contraintes, sauf si on s'y oppose parce qu'il va y avoir des sanctions sociales qui vont être mises à notre égard: exclusion, réprobation. Exemple d'une femme et de ses enfants: il y a un impératif social qui implique que toute femme ait un enfant. Il y a plein de signes qui témoignent une envie des grands-parents d'avoir des petits enfants et qui témoignent d'une insinuation. C'est une norme. Les gens qui décident de ne pas avoir d'enfants sont exclus de certains mouvements: le mouvement des parents d'élèves par exemple. Un autre exemple est celui des cadeaux de noël: il n'y a aucune législation qui impose d'offrir des cadeaux à ses proches à noël. Les gens n'en n'ont pas forcément envie, s'obligent à aller chercher des cadeaux mais ils le font quand même, il y a une forte coercition. Cette coercition nous la verrons que si nous refusons les cadeaux. Également, souhaiter les vœux de fin d'année est une véritable coercition. C'est une norme. De même, la famille, l'université, le travail sont autant des espaces de coercition. Cette idée de coercition ne peut se comprendre et se voir qu'en franchissant la norme sociale. C'est un principe de non conscience. Les systèmes de valeurs sont du sens vécu, du sens commun; et le sens objectif, ce que cherche le sociologique, est un désenchantement du monde. Il y a une distinction entre le sens commun et le sens objectif.

 

Le fait social est l'étude de la sociologie, ce n'est pas l'effet de groupe.

 

Bibliographie: Pierre Bourdieu, Jean-Claude Chamboredon, Jean-Claude Passeron, Le métier de sociologue, Mouton, 1973, pp 29-33.

 

2eme objectif: se doter d'une méthode,avec quel outil on va étudier ces faits sociaux. Il y a 3 règles sur le bois du sociologues:

→ la 1ere: expliquer le social par le social, et le social seulement. Durkheim dit que dès lors que la sociologie à un objet et un champ d'étude propres elle se distingue des autres sciences sociales, et notamment de la psychologie. On introduit pas des interprétations de types naturelles dans la perspective sociologique: «  les gens du sud travaillent moins parce qu'il fait chaud », car se serait expliquer des faits sociaux par un fait naturel. Tout ce qui renvoi au naturel doit être écarté de l'analyse sociologique, ce qui a des conséquences dans le vocabulaire sociologique: absence de mots de l'ordre naturel. On ne va pas introduire d'explications psychologiques dans le fait social. On a suffisamment dans le social même d'analyses perspectives sans avoir besoin d'aller en chercher ailleurs.

→ la 2eme: considérer les faits sociaux comme des choses. Cela a beaucoup été contesté. Les faits sociaux sur lesquels travaillent les sociologues doivent être considérés comme des choses, mais les personnes humaines ne sont pas des choses. Il y a là encore un côté déshumanisant, désenchantant. Durkheim ne dit pas que les gens sont des choses, mais qu'il faut les considérer comme des choses. La particularité de la chose, c'est que l'humain peut la regarder, la manipuler, la mesurer... alors considérer les humains comme des choses, c'est les regarder avec distances puisque la chose on peut la mettre à distance de soi, de ses points de vues politiques, elle est extérieure à soi. Il faut faire avec les faits sociaux comme les géologues avec les cailloux, il faut les étudier avec une distance. Ce sera une phrase discutée. « traiter les faits d'un certain ordre comme des choses, ce n'est donc pas les classer dans telle ou telle catégorie du réel; c'est observer vis-à-vis d'eux une certaine attitude mentale » Emile Durkheim, Les règles de la méthodes sociologiques. On crée une distance qui évite que le subjectif, les sentiments et les ressentiments s'interposent dans cette analyse des faits sociaux.

→ la 3eme: enlever toutes prénotions.

 

-3eme objectif: cette idée est articulée avec la précédente. Pour considérer les faits sociaux comme des choses, qui est un moyen d'enlever toute subjectivité, il faut se préserver des représentations, du sens commun: il faut écarter les prénotions, les idées reçues puisque le sociologue est lui aussi soumis aux règles de la société. Il faut qu'il écarte toute prénotion s'il veut étudier objectivement la société. C'est pour cela qu'avec Durkheim, on a souvent parlé d'objectivisme ( attention Durkheim lui même n'a pas parlé d'objectivisme, c'est une notion contemporaine). D'autres sociologues pensent qu'il faut, au contraire, tenir compte de ce qu'il ait socialement.

Exemple de l'école et la question de la réussite ou de l'échec à l'école: le point de départ sur lequel travail le sociologue est le sens commun et sur la question de l'échec scolaire. L'idée reçue qui survient fait part d'un discours naturaliste (j'étais doué ou pas doué), d'événements conjoncturels comme le professeur qui ne supporte pas son élève ou le professeur absent, cette année-là les parents ont divorcé... Or, le sociologue ne pas se contenter de ces explications, et ces dernières ne répondent pas au principe expliquer le social par le social, et le social seulement. Une technique qu'utilisait Durkheim pour dévoiler le sens vécu, c'était de gommer les pratiques individuelles par une mise en collectif des pratiques individuelles: le substrat des sociétés ne se relèvent que dans une mise en collectif des histoires individuelles. Cela implique donc les statistiques, ils permettent de mettre en collectif des trajectoires individuelles et donc de révéler des explications sociales que l'on ne voit pas si l'on reste au niveau individuel et qui apparaissent lorsqu'on se met dans une perspective collective. Il va falloir que toutes les histoires individuelles d'école soient mises en collectif, par les statistiques, et on va mobiliser des caractéristiques sociales pour faire ce travail de mise en collectif: le milieu social, la profession des parents, le territoire, le genre. On a toutes les clés pour avancer sur la question de l'échec scolaire: on croise les trajectoires individuelles des individus et les milieux sociaux. ( voir le tableau sur le niveau de diplôme par rapport aux milieux sociaux). Suivant le milieu social, les niveaux de formations varient. Il y a une corrélation entre le milieu d'origine et la réussite scolaire. Une particularité de l'enseignement est que le savoir est égalitaire pour tous, mais le savoir évalué ou demandé n'est pas strictement le savoir transmis. De plus, le savoir scolaire est plus un savoir bourgeois. La culture scolaire est une culture livresque, et les milieux sociaux populaires n'ont pas de rapport favorable aux livres. Enfin, les instituteurs et les professeur entretiennent la légitimité scolaire car c'est grâce à elle qui sont parvenus à leur statut.

 

Bibliographie:

Bourdieu Pierre, Passeron Jean-Claude, Les héritiers, Minuit 1964.

Baudelot Christian, Establet Roger, Le niveau monte , Seuil, 1989; et Allez les filles!, Seuil, 1992.

Cacouault Marlaine, Oeuvrard Françoise, Sociologie de l'éducation, La découverte, 2001 (Collection Repères).

 

 

C'est sur ce point que Durkheim se distingue de Marx et de Comte, sur le domaine des enquêtes empiriques. Le social c'est du concret, ce qui pose la frontière entre la philosophie et la sociologie.

 

La sociologie prend le contre pied: si la société à tendance à penser telle ou telle chose, il est toujours intéressant de vérifier s'il n'y pas quelque chose qui contre cette idée, qui s'y oppose. Durkheim pose le contre pied du suicide.

 

Emile Durkheim, Le suicide (1897), introduction:

 

1) Préalables épistémologiques, des réflexions ou remarques sur la manière de travailler scientifiquement: pages 1 et 2: « il est nécessaire de redéfinir ce qui nous parait connu », « nécessite d'avoir des faits comparables » (un des éléments de la sociologie, c'est la comparaison), « constituer une catégorie d'objets » (c'est au sociologue de fabriquer ces catégories d'analyses et non prendre des catégories toutes faites, il faut se méfier des catégories médiatiques ou politiques par exemple).

 

2) Définition préalable du suicide: pages 3,4 et 5. Qu'est ce que le suicide pour le sociologue ? Est-ce le fait de se tuer ? Mais l'inattention peut tuer, seulement ce n'est pas du suicide. → l'idée de se tuer ne suffit pas pour définir le suicide: tâtonnements à une définition page 3, et définition finale page 5.

 

3) Délimitation du champs du suicide: délimitation de l'espace de référence dans lequel s'inscrit l'espace social, dans lequel s'inscrit l'objet qu'il va étudié, le suicide (pages 6 et 7). C'est au sociologue de délimiter son objet, de définir les catégories de son objet de recherche et non aux catégories extérieures. Il va par exemple mettre de côté les tentatives de suicide, il écarte un certain nombre de chose de son objet. Il décide d'inscrire le suicide dans le champ de la mortalité et non pas dans celui de la dépression, ce qui explique son choix d'écarter les tentatives de suicides. Il différencie le suicide embryonnaire du suicide complet (page 7).

 

4) Le suicide est-il objet de sociologie. Pages 8 et 9: « le fait ainsi définit est-il un fait social ? » Pour qu'il soit un fait social il faut qu'il réponde à la dimension d'extériorité et la coercition. Alors, il mobilise un certain nombre de statistiques et fait le constat suivant: il y a un nombre quasi invariable de suicide d'une année à l'autre dans un pays donné, comme si chaque société avait une propension au suicide un peu près égale d'une année sur l'autre; et cela c'est démontrer la dimension collective du suicide et donc que ce n'est pas la somme d'actions individuelles.

Il dit que s'il y a un mouvement sur le nombre de suicidés et bien ce mouvement affecte l'ensemble des pays: attitude collective des pays sur la question du suicide. Chaque société a, à un moment donné, une aptitude définie du suicide. On voit alors qu'il y a une dimension extérieure dans le suicide, et une dimension coercitive sur la société. Il en conclut que le suicide tel qui la construit est un fait social et donc objet de sociologie.

 

5) Construction d'un outil de mesure (pages 9 à 11): il s'agit de quantifier cet objet de travail définit et construit, et dont on sait que c'est un fait social. Il appelle le taux de mortalité le suicide, ce qui indique qu'il est étudié dans le champ de la mortalité; ce sera l'outil mobilisé dans son ouvrage.

 

6) Premiers constats: permanence dans le temps du suicide et variabilité dans l'espace. Chaque société est collectivement infligée de la tendance au suicide ( pages 11 à 14).

 

7) Présentation du plan

 

Rappel: tout phénomène de société n'est pas un fait social.

 

 

-4eme objectif: confier cette discipline à des professionnels, les sociologues. Durkheim va instituer la sociologie en France. Il a fallu d'abord réussir à obtenir de l'université qu'elle reconnaisse la sociologie comme discipline. Il faudra attendre les années 1960 pour qu'existe en France des cursus complet d'apprentissage de la sociologie alors que dans les années 20 Durkheim obtient la chair de sociologie. Elle sera pendant longtemps une unité d'enseignement liée à la philosophie, puis progressivement on aura un détachement de la sociologie à la philosophie pour qu'elle puisse devenir discipline autonome. De plus, Les règles de la méthode sociologique est le premier manuel de sociologie en France, et ses manuels sont importants dans l'institutionnalisation de la discipline. Durkheim créera également une revue sociologique nommée L'année sociologique, et qui existe toujours.

 

Durkheim aura des héritiers, des continuateurs.

 

B- Des héritiers:

Il s'agit à la fois d'élèves qu'il a formé ou de collaborateurs. Une partie d'entre eux basculeront vers de la pédagogie ou vers de la psychopédagogie. Deux ont véritablement continuer la vaine sociologique de Durkheim: Maurice Halbwachs et Marcel Mauss.

Marcel Mauss a travailler sur les budgets ouvriers, et sur la question de la mémoire. Ils sont dans la lignée de Durkheim. Ils ont tous les deux travailler sur la question de morphologie sociale, et notamment Marcel Mauss. Cette notion a été proposé pour la première fois par Durkheim en 1898.:« la vie sociale repose sur un substrat qui est déterminé dans sa forme comme dans sa grandeur. Ce qui le constitue c'est la masse des individus qui composent la société ». Toute société est prise dans un espace, dans un cadre spatio-temporel lié à l'organisation sociale (institutions politiques, religieuses, modes d'organisations) qui contribue à faire ce qu'est l'individu socialement dans cet espace. Cette idée de morphologie sociale on pourrait aujourd'hui la traduire par le contexte social; il faut comprendre la manière dont fonctionne la société car elle exerce une contrainte sur l'individu ( les valeurs, les institutions, le droit, la mémoire: l'histoire politique, économique, démographique) qui faut prendre en compte dans l'analyse de la société. Il y a des ponts positifs entre la sociologie, l'histoire et la géographie sociale; il y a davantage de ponts avec ces deux discipline qu'il y en a avec la psychologie. Cette idée de morphologie sociale a des vertus heuristiques (capacités à expliquer; bien et utile pour expliquer) prouvées lors de plusieurs enquêtes. Exemple de la question du vote politique en France. On pense que le vote politique est individuel mais on a remarqué que les votes politiques de territoires étaient extrêmement liés aux territoires (massif central: vote à droite; creuse, Languedoc Roussillon: vote historiquement à gauche; les deux-sèvres: le nord vote à droite et le sud vote tendanciellement à gauche). De là, on peut affirmer que les choix des individus sont relativement liés à l'appartenance à un territoire donné. Historiquement, les terres qui votent à droite sont des terres de bocages, d'habitats isolés et de structure agraire dominé par le métayage et le fermage (terres appartiennent aux nobles); et les territoires qui votent plutôt à gauche sont des territoires de plaines, d'habitats groupés et des territoires de petits propriétaires. Si l'on regarde les Deux-Sèvres, on a cette correspondance: le nord, c'est du bocage, l'habitat est isolé; et au sud, on voit de l'habitat groupé et plus de petits propriétaires (moins de nobles). Cette idée est lancée par Durkheim et approfondie par Mauss.

Marcel Mauss est aussi le concepteur d'une théorie sociologique intéressante, publiée en 1925 dans un essaie sur le don. Il a travaillé à partir d'échanges de cadeaux entre différentes iles d'Océanie, et particulièrement entre 2. Il en a déduit un certain nombre de phénomènes qui montrent que les systèmes de dons fonctionnent de la façon suivante:

1ere règle: obligation de donner

2eme règle: obligation de recevoir

3eme règle: obligation de rendre: rendre le don par un autre; c'est ce que Marcel Mauss appelle le contre-don.

Cette situation peut s'apparenter un d'autres phénomènes, d'autres situations sociales de la société occidentale: noël, l'idée de remettre sa tournée de café ou de bières. La théorie du don et du contre-don de Mauss peut aussi permettre d'expliquer les relations conjugales.

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kamissa ingrid 28/07/2016 17:26

je suis parfaitement satisfaite d'avoir recu des bonnes connaissance comme la votre