HISTOIRE MEDIEVALE CHAPITRES VII ET VIII

Publié le par Licence1 sociologie Poitiers

Chapitre 7: La famille noble

 

 

Cette étude est consacrée à la famille noble, qui est la seule famille que l'on puisse bien étudier puisque ceux sont les seules que l'on connaisse et dont l'on puisse reconstituer des généalogies. On se trouve au cœur de l'idée qu'il y aurait eu vers l'an mil une mutation lignagère, mutation au terme de laquelle s'est imposée le lignage. On voit le triomphe d'un modèle familiale patrilinéaire, agnatique, et dominé par le principe de la primogéniture au fils ainé. Cette mutation lignagère accompagnerait une autre mutation, la mutation féodale: il y a l'instauration d'un ordre féodal ( seigneurs, vassaux, gardiens de forteresse) tandis que s'effacerait l'ancienne structure familiale, endogamique et bilinéaire. Pourtant, il faut nuancer un tel schéma car si incontestablement l'exogamie progresse vers l'an mil particulièrement, le lignage se met en place très très progressivement et n'est pas aussi monolithique qu'on pourrait le croire. Cette approche s'accompagne d'une autre idée selon laquelle il y aurait eu une très nette dégradation de la condition féminine à cette époque, amorcée avec la romanisation, qui culminerait au XIème siècle et provoquant un asservissement de la femme aux pouvoirs masculins. La femme se retrouve exclue de l'héritage et perdrait en outre le contrôle de sa dot. Or là encore une fois, une telle approche doit être revue parce qu'elle fait fie d'une donnée essentielle qui est celle de la promotion de la cellule conjugale. Il y a une conjugalisation de la famille qui en outre s'opère sous l'influence du christianisme.

 

 

I- Le problème de la structure de la famille: passage du cousinage au lignage:

 

Les travaux les plus récents contredisent l'approche de Duby puisqu'ils ont tendance à relativiser la mutation de l'an mil en matière de structures familiales. Pendant le Haut Moyen Age, le cousinage constitue une donnée importante dans ces sociétés. Pourtant, la patri-lignée commence à s'imposer beaucoup plus tôt qu'on le pensait: dans les familles royales, de la haute noblesse; et cela dès le 9eme siècle. Par la suite, le resserrement lignager s'opère très progressivement dans l'ensemble de la noblesse: aux 10eme-11eme siècles. Il n'exclut jamais totalement de la succession les cadets et les filles. Le principe de la primogéniture ne s'impose pas rapidement et pas de manière équivoque: les filles et les cadets continuent de succédés. Des anthroponymes montrent que la transmission des noms se fait à la fois par les hommes et par les femmes. La transmission des noms à l'intérieur des familles, se fait en ligne agnatique et cognatique: encore au 12eme siècle, la famille noble reste encore assez bilinéaire et non pas uniquement patrilinéaire.

 

A- Le problème du lignage et de l'hérédité des honneurs:

La progressive mise en place du lignage est très étroitement associée au contexte politique, et à la transmission héréditaire du pouvoir. Si à la fin de l'empire romain il n'y a pas de lignage c'est qu'il n'y a pas d'hérédité, puisqu'elle se met en place à partir du moment où la charge du comte se transmet à l'intérieur de la famille. Une telle hérédité est assez fréquente dans les milieux de la noblesse à partir du 10eme siècle. En France, au 10eme siècle, les charges comtales ou seigneuriales se transmettent de plus en plus de façons héréditaires. C'est a cette époque là que se met en place cette règle de la primogéniture à l'intérieur de la famille: on régule la transmission héréditaire pour éviter les affrontements à l'intérieur d'une même famille. En France la mise en place de la primogéniture remonte au début du 11eme siècle. Au 10eme et 11eme siècles, les grandes familles princières ( ducs de Normandie ou comtes de Flandres) se transmettent en ligne directe des charges: il y a une transmission directe privilégiant le fils ainé systématiquement. Cela n'est pas sans poser des problèmes au cadet qui se retrouve exclut de l'exercice de ces charges: il s'agit d'éviter un partage de la Flandre en deux par exemple. Les cadets très souvent sont obligés de partir ou d'intégrer le monachisme pour devenir moine ou clerc. Cependant cette intégration dans l'état clérical participe également de stratégies: ce choix permet de renforcer des liens entre la famille nobiliaire et les grands pouvoirs religieux, ecclésiastiques. Cependant, malgré cette progression de ce principe de primogéniture, l'on s'aperçoit qu'il ne triomphe pas complétement à l'intérieur du monde nobiliaire et que le partage entre frères subsiste encore aux 10eme et 11eme siècles. Exemples de partages entre frères comme au tout début du moyen- age: les frères et sœurs ne sont pas exclus de la transmission puisqu'ils parviennent parfois à hériter de charges du gouvernement.

 

 

B- Les familles de la noblesse restent souvent encore très bilinéaire comme le prouve une étude de la transmission des noms et de la succession:

Il n'y a pas de priorité qui se trouve donnée au père ou à la famille du père.

 

En Germanie, la succession est patrilinéaire mais la transmission des noms à l'intérieur de la famille nobiliaire reste très indifférenciée. Les familles du monde germanique ne commencent à se structurer en lignage qu'à partir de l'an mil. On a un modèle qui part du haut, de la noblesse et qui s'impose vers le bas; plus rapidement dans le monde français et plus lentement dans le monde germanique. Ce modèle n'exclut jamais totalement les sœurs, les cadets et la famille de l'épouse. Dans le monde germanique, au 11eme siècle, la transmission des biens familiaux demeurent très indifférenciée: il y a un éclatement du patrimoine, des droits

Il y a donc une 1ere limite dans le monde germanique mais également dans les régions du sud de la France qui restent pendant longtemps étrangères au modèle lignager. La catalogne prévaut un droit successorale très égalitaire, très marqué par le droit romain avec la possibilité de favoriser un enfant qui n'est pas forcément le fils ainé. Les charges de gouvernement sont alors réparties entre les différents héritiers. Il y a donc un contraste très net entre la France du nord (Normandie) et la France du sud où il y a une succession encore très égalitaire. La primogéniture est beaucoup plus faible en France du sud. Ces partages entrainent une multiplication des seigneuries et des co-seigneuries: partagées entre plusieurs frères. Cette importance des co-seigneuries dans la France du sud se remarque jusque dans le battit des châteaux ( pas un seul seigneur, mais juxtaposition de plusieurs châteaux avec plusieurs seigneurs alliés). C'est à partir du milieu du 11eme siècle que commence à se mettre en place le lignage dans cette France du sud, et encore très progressivement: la structure est plus verticale mais c'est pas le seul modèle encore. C'est quelque chose que l'on voit bien en catalogne, il y a un resserrement un peu plus précoce de la famille et cela à partir du milieu du 11eme siècle. Par exemple, Bérenger 1er, comte de Barcelone transmet son pouvoir à son fils ainé.

 

 

 

II- La communauté conjugale

 

Sous l'influence germanique la structure familiale dominante est le cousinage, mais le lignage commence à s'imposer progressivement. Ce processus part du haut de la noblesse et se répand dans toute la société. Ce problème de la conjugalisation est ancien, puisque romaine conception de al famille centrée sur la famille conjugale. Comme nous l'avons déjà vu, cette structure conjugale de la famille dans la société romaine est ancrée sur la réalité du mariage consensuel qui permet de faire bénéficier à la femme de la dignité et du rang social de son époux de sorte que la femme romaine n'est pas une mineure, dépourvue de droits. Pourtant le fait qu'une structure de parenté plus large joue un rôle important dans les familles de la noblesse entre le Vème et le XIIème siècle, avec l'affirmation de la cellule conjugale.

 

A ) le statut de la femme mariée à la fin de l'antiquité et une bonne partie du moyen age ( jusqu'au 10e siecle )

 

La femme romaine a des droits matrimoniaux, malgré l'autorité du père de famille ( pater familias ). Dans la société romaine, les épouses se trouvent réellement associées à leurs époux dans le cadre du mariage et bénéficient d'une autonomie matérielle et d'une indépendance juridique : le système juridique romain est un système de séparation des biens où somme toute la communauté de vie n'a que peu de conséquences juridiques. La femme peut donc posséder des biens, en disposer, les léguer librement s'il n'y a pas d'enfants . Elle peut passer des actes juridiques et peut se présenter au tribunal. C'est donc une personne qui dispose de nombreux droits, caractéristiques de la liberté.

Or malgré l'importance du consinage au moyen age on s'aperçoit que cette conception plus conjugale de la famille persiste, notamment par le bief de l'Église. Alors que le mariage n'est pas encore dans l'époque mérovingienne christianisé dans les rituels, dans les pratiques, on s'aperçoit que le couple garde une consistance dans les représentations des clercs, notamment dans les vies de saints/

dans les chroniques écrites par les clerc ( par ex gregoire de tours ) la gestion du patrimoine familial est présentée comme étant l'affaire commune du couple. Le mari dispose du patrimoine immobilier et la femme femme possède les biens domestiques. Malgré cela la gestion de l'ensemble du patrimoine incombe collectivement à l'ensemble des deux conjoints.

Effectivement l'existence même d'une famille large, cousinage, famille étendue, ne contredit par non plus la conscience de former un couple. Il y a la permanence d'un idéal conjugal hérité de la période romaine repris par les clercs dans une perspective chrétienne. C'est d'ailleurs en vertu de ces liens conjugaux que certaines femmes parviennent parfois a détenir et exercer une autorité politique non négligeable : par ex la veuve de Brunehaut, issue d'un grand lignage, vient de la famille royale d'Espagne; a épousé le roi d'Austrasie, un roi mérovingien, durant la seconde moitié du VIème siècle. Or cette Brunehaut est à l'origine d'une guerre terrible donc la raison est familiale, l'assassinat de la soeur de Brunehaut qui provoque la vengeance familiale. Cette affaire date de 567, galswinthe soeur de brunehaut, est assassinée par la concubine de son mari qui voulait prendre sa place. Cette guerre est très meurtrière et dure jusqu'en 613, ce qui montre bien qu'il y a une compétition entre les familles royales pour accéder au rang de femme du roi.

C'est naturellement l'accession au statut de reine qui leur concède une posture, autorité politique incontestable.

C'est Brunehaut qui continue la guerre, elle assure la régence au nom de ses petits enfants. A partir de 595, à la mort de ses deux petits enfants en 611 et 613, elle assure la régence au nom de l'arrière petit fils. Elle entend défendre envers et contre tout son royaume et continuer la guerre et assurer la régence.

C'est à ce moment là qu'elle est trahie par la noblesse austrasienne et qu'elle est livrée à son adversaire, le roi Clothaire II, qui fait exécuter tous les arrières petits-enfants, réunifie le royaume mérovingien et il continue en faisant torturer pendant 3 jours Brunehaut qui devient le bouc émissaire, vue comme responsable de l'éclatement du royaume mérovongien.

Il y a quand même dans les familles germaniques une réalité du couple qui permet à Brunehaut d'accéder au rang de son époux.

 

Autre exemple, avant cette crise qui éclate en 567, d'autres rois succèdent à Clovis, notamment Clotaire Ier, qui a eu plusieurs femmes (dont radegonde). Il a eu une vie conjugale agitée, avec des pratiques polygames. Une autre femme qu'il a eu est Armégonde a été sa femme, unie par mariage avec Clothaire Ier, accède au rang de reine et bénéficie du statut de al dignité de son époux, enterrée au monastère de Saint Denis ( à Paris ). C'est un lieu de sépulture des rois. On retrouve dans sa tombe un anneau sigillaire, en or, porté par Armégonde au pouce, et le monogramme nous permet de lire « reine armégonde ». Il y a donc bien un statut de reine, une position politique particulière lui est reconnue, plus qu'une noble elle est une reine a part entière avec cet anneau, pouvait passer actes juridiques.

On a la juxtaposition de deux modèle tandis que dans les chroniques le modèle familial mis en avant est le modèle conjugal. D'ailleurs c'est dés l'époque mérovingienne que les clercs insistent sur l'importance d'une qualité féminine qui est la sagesse. L' épouse est la conseillère de son mari en raison de sa sagesse, qui fait que quand on arrive a l'époque carolingienne, la femme est celle qui est la garante en quelques sortes de l'intégrité morale de la famille toujours en raison de sa sagesse. Pourtant il faut bien reconnaître qu'à partir du Xème siècle la conjugalisation de la famille se renforce.

 

B )

 

Cette promotion de la famille conjugale comme on l'a vu est ancienne, elle bénéficie du courant religieux du christianisme. Or l'on constate qu'à partir du Xe siècle le couple commence à acquérir une consistance plus nette dans le domaines des réalité comme juridiques. Cette conjugalisation de la famille se repère notamment en étudiant le statut, la position de la reine.

 

A l'époque mérovingienne, il existe le terme de regina. A partir des années 900, la femme voit se renforcer sa position. Ce processus part du haut de la société, avec les familles royales impériales, pour ensuite se diffuser dans l'ensemble de la société .

Le douaire de la reine s'étoffe. Il est de plus en plus important dans les famille royales de France et de Germanie. Le pouvoir politique grandissant participe de cette conjugalisation de la famille. La reine joue un rôle politique croissant. Le douaire, les biens donnés par le mari au moment du mariage à la femme, devient de plus en plus important. Exemple de la France au Xè siècle on s'aperçoit que les reines très souvent effectuent d'importantes donations aux institutions ecclésiastiques, elles commandent aux officiers et participent même à certaines opérations militaires : ex de reine Suzanne, femme de Robert le Pieu, reçoit en douaire de son époux, roi de France, le port et le château de Montreuil doté d'une importance stratégique et économique substantielle à l'époque; donation révélatrice du poids de la reine. Cependant c'est dans le monde germanique des Xe et XIe siècles que le modèle matrimonial chrétien (et carolingien) connaît son développement le plus net à la fois d'un point de vue matériel et symbolique.

 

Ex de Sainte Mathilde, reine de Germanie de 920 à 930, femme de Henri Loiseleur roi de Germanie, son mariage l'élève au rang d'associée. Elle joue un rôle politique, conseille son mari , retrouve vertu, idéal de la sagesse féminine louée par les clercs de l'époque. Saint Mathilde n'hésite pas à inciter son mari à pratiquer la vertu de justice héritée de l'époque romaine, de manière plus générale cette reine, comme celle qui suivent, sont fréquemment nommées associées du royaume. Elles exercent conjointement avec leur mari un pouvoir valable politique qui s'étend à l'ensemble de l'Empire.

 

Les douaires dont elles bénéficient sont considérables. Exemple pour la femme d'Otton II qui épouse en 972 à Rome Théophano, elle reçoit de son mari une donation d'un douaire considérable : plusieurs abbayes et un patrimoine foncier considérable répandu à travers l'ensemble de l'Empire y compris en Saxe et en Italie. Ce douaire donné par Otton II est par la suite augmenté à trois reprises.

---> les monastères contribuent à créer une conscience dynastique et donc structurer le lignage, transmettent la mémoire de la famille, ce qui contribue à consolider la structure du lignage. Il y a bien une conjugalisation à la fois dans le domaines des représentations et dans le domaine des réalités.

Or ce modèle conjugal qui se développe particulièrement dans les famille royales commence a se répandre dans le monde de la noblesse dés la fin du IX ème siècle.

 

A partir des années 900, les familles de la noblesse patrimonialisent les charges comtales alors même qu'elles se transmettent de manière héréditaire, et ce faisant s'organisent en lignage, certains livres de prières conservés dans les monastères ( livres de mémoires ) consignaient les noms des personnes pour qui les moines devaient prier, ce ne sont plus des personnes isolées, mais désormais des familles et des familles conjugales ( pére, mére, enfants ) il y a donc bien une conjugalisation de la famille qui se renforce dans le milieu de la noblesse alors que la concpetion large de la famille disparait.

 

Il y réévaluation du statut de l'épouse noble qui bénéficie de plus ne plus de la dignité de son époux. Cette tradition romaine n'avait pas de réelle conséquence politique dans les familles nobles jusqu'au IX ème siècle. A partir du IX ème siècle, avec regina, apparaît aussi le titre de comtesse dans l'empire carolingien, ce titre manifeste une étroite association qui prévaut entre l'époux et l'épouse, le comte et la comtesse, désormais associée, placée a un rang identique que celui de son époux.

 

Cette conjugalisation des titres se développe dans l'ensemble du monde avec l'apparition des titres de domina. (dominus: seigneur ) pour la petite noblesse.

L'étude de la littérature des chroniques dés l'an mil nous montre que le développement des relations féodo-vassaliques joue même en faveur de la conjugalisation de la famille et en faveur de cette réévaluation du rôle de la femme au sein du couple, toujours soumise a son époux.

Les textes de l'époque traitent toujours de la nécessité de réciprocité. La femme noble, domina, participe toujours a l'héritage, elle a une position de premier plan à la cour vis à vis des autres femmes mais aussi vis à vis des vassaux, fidèles de son conjoint qui doivent lui obéir. Elle donne des ordres et exige des vassaux une fidélité.

 

L'hérédité des charges publiques, seigneuries, comtés, lui permet de jouer un rôle dynastique de manière plus officielle en assurant les régences des minorités. Les femmes ont un rôle politique à l'intérieur du lignage en transmettant la noblesse et jouent parfois un rôle politique, transmettent parfois une charge politique.

Exemple significatif : au début du XI ème siècle dans le sud de la France Ermessende de Carcassone pouvoir exercé par femme mariée, puis veuve. Elle a épousé un comte catalan, Raymond Borrell, et à partir du moment où elle devient épouse elle porte le titre de comtesse par la grace de Dieu.

A partir de son mariage, elle est associée aux comtés de Barcelone, gérone et vic. Les deux conjoints prennent les décisions. En 1016 ils participent ensemble à l'expédition militaire des musulmans.

En 1017 à la mort de son époux Ermessande assure la régence en quelque sorte ( ou plutôt la tutelle de ses comtés et de son fils béranger raymond 1er.) Elle exerce seule le gouvernement des comptes, une fois son fils majeur elle entend conserver le gouvernement et entre en conflit avec son fils qui veut se dégager du poids de sa mère. Le conflit dure jusqu'en en 1023, ils font la paix. Ermessande demeure à la tête du comté de Gérone et conserve un droit de regard sur le gouvernement de son fils. Son fils décède en 1035, et Ermessende assure à nouveau la régence de son petit fils, raymond béranger 1er.

Elle assure donc à nouveau le gouvernement jusqu'en 1041 lorsque le petit fils majeur décide d'entrer en conflit. Une guerre éclate entre la grand mère et son petit fils. Elle dirige des opérations militaires... Cette dernière crise oblige Ermessendde à se retirer. En 1043 elle tente un dernier « come back », âgée d'environ 80 ans, se tourne vers le pape et c'est elle qui obtient en 1056 l'excommunication de béranger 1er et d'Almodis de Lamarche.

 

 

C ) cette conjugalisation de la famille a naturellement des conséquence importantes sur les patrimoines des époux

 

En particulier en raison des donations effectuées au moment du mariage, nécessaires pour affirmer la légitimité de l'union. Permet autonomie matérielle notamment en cas de veuvage.

 

On s'aperçoit qu'à partir du Xè siècle le régime qui prévalait était celui de la séparation des biens dans leur gestion officielle. Il y a encore une fois une conjugalisation qui a une conséquence juridique essentielle, la naissance de l'apparition d'un patrimoine commun. Ainsi le douaire donné par le mari est très souvent géré avec l'accord du mari.

 

Le contrôle marital sur les biens de l'épouse se renforce, freiné par le droit romain qui pense le couple en imposant régime de séparation des biens. Ce contrôle marital plus fréquent globalement participe d'une conjugalisation juridique de la famille qui voit par exemple dans certaines régions les époux gérer ensemble leurs deux patrimoines même s'ils demeurent distincts. Le douaire de la femme se retrouve aussi géré avec l'accord du mari alors que théoriquement homme et femme géraient les bien d'un commun accord. Les consentements des époux sont présents dans les transactions. C'est valable dans les deux sens, mais aussi les enfants quand il sont adultes. Ils sont tous impliqués dans la gestion des biens de l'époux comme de l'épouse. Le mari à partir du milieu du Xè siècle qui effectue des transactions avec ses biens demande le consentement de son épouse, c'est un gage de validité de la transaction.

 

Son accord est un soutien de son époux. Cette situation nous la rencontrons aux échelons les plus élevés de la société noble, mais aussi les moins élevés.

En témoigne la région du Vendômois du Xè, XIè et même XIIème siècles il y a renforcement de la communauté des biens au sein des familles conjugales. Ce renforcement se mesure à cette progression du pouvoir marital exercé sur les biens de l'épouse mais aussi par la capacité de l'épouse à inflechir certaines décisions de son époux en se tournant par exemple vers ses enfants ou vers son père.

La femme conserve ces donations à la mort de son mari, elle les conserve et les transmet à ses enfants.

 

Exemple de pouvoir féminin : Emma de Blois.

Issue d'une famille noble importante, Emma de Blois n'hésita pas à quitter son époux vers 977 parce qu'il l'avait trompée. Après s'en être pris directement à la maîtresse de son époux, elle décide de quitter son mari et de pratiquer une sorte de répudiation, elle part pour retrouver sa famille, et part avec son enfant. Plaçant ainsi son mari dans une situation politique extrêmement difficile, crise politique, plus d'acte politique n'émane du comte, il ne gouverne presque plus. Celui-ci supplie son épouse de revenir, et elle le fait en 988, ce qu'elle fait en retrouvant son douaire qui a en plus été augmenté. D'ailleurs le mari décide ensuite de prendre la vie monastique et de laisser le pouvoir du comté de Poitiers à sa femme.

Ce cas est emblématique : Emma dispose d'une très grande liberté, qui dépasse celle donnée par le droit romain puisqu'elle « répudie » son mari , perd son douaire en partant, conservant sa dot.

 

Nous avons vu comment sur des bases romaines le monde des familles royales puis celui de la noblesse a connu le développement fondamental de la conjugalisation.

Le lignage se substitue au cousinage mais il n'est pas possible d'associer les deux phénomènes sans que l'on puisse établir un lien direct de cause à effet, ce qui permet à la famille de conserver sa cohérence tout en s'ouvrant aux autres familles.

 

CHAPITRE 8 : Les clercs et la femme

 

Ce vaste sujet, est parfois analysé par certains historiens, notamment J.P Pauly sous un angle qui serait celui de la gender history, l'histoire des gendres. Pauly considère que l'histoire de la femme peut être considérée de manière très autonome, l'histoire de la domination de la femme par l'homme.

 

Il y a un durcissement de l'Eglise vis à vis des femmes à partir du milieu du Xiè siècle avec la réforme grégorienne. Il y a un durcissement du contrôle de la femme et de la sexualité féminine qui provoquerait divers chromatismes, possibles d'étudier à travers la psychanalyse. A partir de l'analyse de certains textes, Pauly fait apparaître les traumatismes des femmes, qui cacheraient des fantasmes, des frustrations.

 

Guy Nogent développe l'idée qu'il possible de découvrir un enfant angoissé par sa mère, pensée comme une mère castratrice, fantasmée par Nogent, oncle présenté comme le mauvais père, l'enfant devenu adulte refoulerait ses traumatismes, ses peurs au travers d'une certaine misogynie. On peut se demander s'il est possible d'appliquer aux sources du moyen age ces méthodes psychanalytiques.

On peut se demander s'il est possible d'utiliser ces méthodes en histoire, qui reposent sur des méthodologies de libre association des idées de Freud qui nous font passer à côté de points essentiels, que l'on va étudier par deux parties, pour comprendre la manière dont la femme est pensée dans l'Église, la place qu'on lui octroie et la manière dont est pensée la sexualité.

 

 

I – La femme et son rapport au sacré, ou à l'eglise

 

1 ) le rapport de la femme

 

Incontestablement Pauly part d'une donnée, qui est la place de la femme dans les sociétés traditionnelles, avec des systèmes religieux païens et pré-chrétiens. Dans le milieu germanique la femme est porteuse du sacré. Dans le monde païen ce sacré peut être positif ou négatif. Le terme même de « sacer » dans le monde religieux romain païen peut désigner une personne maudite et donc rejetée de la société, et que l'on peut tuer librement. Même un fils peut tuer un père considéré comme sacer, car maudit.

Le caractère sacré doit donc être distingué de la sainteté chrétienne qui caractérise le saint, vit dans une union d'amour toute particulière avec le Christ.

Dans les sociétés païennes, il existe bien des sorcières, des magiciennes, exerçant des pouvoirs de divination, de guérison en pratiquant le chamanisme, qui désigne cette croyance en une possibilité de faire appel aux esprits des morts pour obtenir des faveurs temporelles (bonne culture, réussite... ) face aux progrès du christianisme on assiste au déclin de ces systèmes païens.

La religion féminine qui existe se replierait dans le domaine de l'intimité familiale, domaine du corps, du sexe. De fait les pénitentiels, recueil de pénitence tarifiés, montrent l'intérêt des clercs pour une sexualité régularisée et christianisée, surtout pour les femmes. Peut on alors penser que les progrès du christianisme entraînent un affaiblissement de la position de la femme en raison du déclin des sociétés païennes? Il y a t'il déclin ou non de cette religion féminine païenne?

 

Assurément le sacré païen féminin est frappé comme les autres par la christianisation. En outre, dans l'Eglise les femmes normalement sont exclues de tout enseignement et de toute autorité. Saint Paul affirme très clairement que la femme n'a pas à enseigner, et qu'elle ne dispose pas d'autorité dans les assemblées de fidèles. Il développe une morale où l'épouse est normalement soumise au mari, intègre une structure hiérarchique familiale dominée par l'homme. S'ajoute à cela une ancienne tradition antique pas chrétienne mais imprègne encore le Moyen-Age, la femme est considérée comme naturellement plus faible que l'homme. Héritage antique pré chrétien, repris par certains penseurs comme Aristote.

 

Comme nous l'avons déjà vu, certains intellectuels païens, et les premiers penseurs chrétiens, notamment les pères de l'Église, portent un regard nouveau sur la femme. D'un point de vue surnaturel, la femme est l'égal de l'homme, elle est appelée à la même sainteté que l'homme. C'est une idée complètement nouvelle.

 

L'écriture sainte et les premiers pères de l'église sont porteurs d'une inégalité radicale de l'ensemble du genre humain devant Dieu.

Les conséquences, au travers du mariage, est qu'une une communauté conjugale est établie, normalement dominée par l'homme, au sein de laquelle il doit y avoir une nécessité de réciprocité des obligations entre l'homme et la femme.

jonas : « la loi du mariage est une. »

« Ce qui s'impose à l'homme s'impose à la femme. »

 

En outre, la femme « chrétienne » entretient elle aussi un rapport original au sacré. Certes dans la bible les hommes constituent l'ossature de l'entourage du christ mais les femmes sont aussi présentes, et elles ont une relation privilégiée avec le surnaturel. Par exemple, quand le Christ affirme certaines paroles, à plusieurs reprises les évangélistes précisent que les apôtres ne comprennent pas ce que dit le Christ, notamment lorsqu'il annonce sa passion et sa résurrection. Quand il ressuscite, les apôtres n'y croient toujours pas. Les femmes sont les premières à découvrir le christ ressuscité.

Annonciation de l'ange Gabriel à Marie, mère de Dieu, de la naissance de son enfant.

 

Il y a donc bien une relation très forte avec le surnaturel qui met parfois les femmes au devant de la scène, comme par exemple dans l' épisode du temple où Marie et Joseph emmènent le Christ au temple à sa naissance, où l'on annonce à Marie la souffrance future de son enfant.

 

Il y a des modèles féminins de sainteté : marie madeleine femme repentante, femme fidèle à son mari et au Christ, la femme aimante.

S'il y a des ruptures il y a aussi des continuités dans le nouveau rapport au surnaturel proposé aux femmes qui s'exprime par l'apparition d'une première sainteté féminine

 

2 ) La sainteté féminine

 

Dés le début du moyen age nous rencontrons une sainteté féminine, proposée en modèle, texte des vies de saints et saintes, qui reconnaît à la femme un rôle religieux et au delà un rôle social. Si la femme d'un point de vue institutionnel se retrouve normalement dépourvue d'autorité au sein de l'Église, la sainte femme impose néanmoins une autorité par ses vertus et aussi par le refus d'une sexualité masculine violente.

Voyons l'exemple de Radegonde, dont la vie nous est connue grâce à deux textes de sa vie écrits juste après sa mort (587), textes de l'époque écrits par des personnes ayant connu la sainte. Radegonde, femme de sang royal, qui appartient à une élite féminine germanique, princesse de Turinges, réduite en esclavage et unie de force au roi Clothaire II. Elle se sanctifie dan son mariage en refusant la sexualité violente de son mari. Ensuite elle fuit son royal époux et par ailleurs affirme une indépendance incontestable face au premier personnage du royaume. Échappe à deux tentatives d'enlèvement de Clothaire en devenant diaconesse, puis moniale. Elle a le soutien des grands évêques de son temps, ce qui lui permet d'échapper aux tentatives d'enlévement de son mari, et obtient même l'annulation de son mariage.

( anecdote elle va s'allonger au milieu de la nuit sur des dales glacées pendant un moment pour refroidir son corps avant de retourner dans le lit conjugal et donc de ne plus attirer son époux)

 

Autre exemple : Il semble émerger une mystique féminine originale à partir des débuts du moyen age avec l'essor d'un phénomène visionnaire féminin. Elles ont des visions divines. Ce phénoméne participe de l'essor d'une mystique proprement féminine originale.

C'est le cas de Sainte aldegonde. D'aprés le récit de sa vie, morte en 684, sa vie est écrite au VIIIe siècle (décallage chronologique à prendre en compte) la sainte aurait bénéficié de visions du Christ qui se placent sur le registre d'une union spirituelle entre le christ et la moniale Aldegonde. Ces visions reprennent en fait un ancien thème présent dans l'ancien testament, qui est celui d'une union spirituelle. Les textes décrivent les différentes étapes de l'union spirituelle qui s'opère entre Aldegonde et le Christ, dans un autre monde, celui de l'imaginaire d'Aldegonde.

L'intérêt est que non seulement ce texte nous montre un sacré féminin original mais en plus ce texte établit un lien entre une certaine autorité et le sacré féminin. Décide la sainte à raconter à un abbé ( celui qui dirige le monastère) ce qu'elle a vécu : les visions et révélations spirituelles que le christ, son époux, lui révéla. Elle les lui donne pour qu'elles soient écrites.

 

En vertu de cette union, de ses visions, elle détient une autorité qui l'exhorte plus à parler plutôt qu'à se taire

.

Nous pouvons aller encore plus loin, d'un point de vue très institutionnel en rappelant qu'à partir du début du Moyen Age, les abbesses moniales qui dirigent un monastère féminin détiennent une autorité officielle au sein de l'Église, pas celle de l'enseignement, mais une autorité ecclésiastique, politique et publique.

 

Néanmoins il y a un dernier problème : celui de la sexualité. Raidissement vis à vis de la sexualité surtout à partie de l'époque grégorienne.

 

3 )Un raidissement vis à vis de la sexualité à partir de l'époque grégorienne

 

Les interprétations des comportements de l'époque reposent sur l'analyse de textes qui effectivement utilisent un vocabulaire parfois très cru, presque « antiféministe », mettant en garde à l'encontre d'une certaine nature féminine, d'une sexualité féminine. Ces ouvrages sont destinés à des clercs ou à des moines. Ceux qui insistent le plus sur les vices féminins parlent aussi des vices masculins, mais cherchent surtout à mettre en garde les clercs envers les tentations de la chair.

On pourrait dire que les traités les plus durs a l'encontre de la sexualité féminine sont postérieurs au milieu du XI ème siècle, participe de la lutte des grégoriens pour imposer le strict célibat des clercs.

 

  • On ne peut pas réduire la position de l'église vis à vis de la sexualité féminine à ces traités. Il y a diverses approches à cette époque : parfois assez rigoristes à l'encontre de la sexualité, mais d'autres plus optimistes comme Saint Augustin, plus modéré, en reprenant le livre de la Genèse il considère que l'homme et la femme sont également coupables alors que Saint Jérôme pensait qu'il y avait d'abord une culpabilité féminine. Saint Augustin considère que la culpabilité est identique chez l'homme et chez la femme.

     

  • Autre nuance : la morale de réciprocité qui se met en place au sein du christianisme dans le cadre du mariage. C'est une morale qui oblige à considérer de manière égale la sexualité féminine comme la sexualité masculine. A partir du XII ème siècle émerge un regard nouveau sur la relation entre la femme, la sexualité et l'idée même d'une faiblesse féminine.

 

En opposition avec la littérature traditionnelle présentant la femme comme étant à l'origine du pêcher on assiste au développement d'une nouvelle littérature qui insiste sur le rôle de la vierge Marie. On insiste sur le rôle des femmes dans l'écriture sainte, dans l'histoire de la révélation. C'est quelque chose que l'on voit bien chez Saint Bernard dans sa correspondance avec des grandes femmes aristocrates du XII ème siècle. Il n'hésite pas à ne plus voir la femme comme étant Eve, mais plutôt comme Marie. Avec le culte de marie, il y a une réévaluation très forte de la place des femmes dans l'histoire sainte. Cette approche esy beaucoup plus positive, valorisant davantage la femme.

 

Hugues de Saint Victor, s'inspire de Saint Augustin, et reprend le thème de l'égale culpabilité entre l'homme et la femme mais surtout en reprenant l'histoire de la création de l'homme et de la femme, montrant bien que la femme est l'égal de l'homme, elle ne doit être ni souveraine ni esclave mais son égale compagne. Il considérait que c'était un épisode qui montrait la naissance de l'Eglise, avec Adam endormi dont on prend la cote, construit l'église, c'est Eve.

Considère que les deux sont de même nature. Nécessité d'un compagnonage très fort car les deux sont de la même chair.

A partir du début du XII ème siècle, de nombreux clercs et moines valorisent certaines qualités féminines ; dans la lecture des sermons qui insiste sur qualités et défauts de chaque sexe, on valorise les qualités féminines, sur les discours des pieuses épouses. C'est la parole de l'épouse au sein du couple qui permettra de convertir son mari. On précise même que les femmes pieuses doivent convertir leur mari par le discours, même au lit.

 

 

 

II – le veuvage

 

Le veuvage est un moment particulièrement important dans la vie d'une femme. C'est un moment fréquent en raison dans le monde de la noblesse de la surmortalité masculine provoquée par la guerre. C'est un moment fréquent, qui peut les placer dans une situation de faiblesse

 

  1. la mort du mari et ses conséquences

     

De fait, la veuve est pensée en tant que telle. Il y a bien un terme de veuve en latin qui n'existe quasiment pas pour désigner le veuf, la vidois, la veuve. Elle a une forte importance dans l'Eglise et la société à cette époque.

Dans 2 cas sur 3, l'époux semble mourir avant l'épouse.

La disparition du conjoint fragilise beaucoup plus la femme, théoriquement moins le mari que la femme, car elle est plus vulnérable. Pour remédier à cette situation d'une femme sans protecteur, le droit assure l'indépendance matérielle de la femme : la dot, le douaire. Dés le début du moyen age, les veuves se trouvent placées sous la protection d'un membre masculin de la famille, ou d'un puissant (roi) ou d'un évêque ou d'une communauté religieuse. Disposant théoriquement d'une certaine indépendance matérielle, placée sous la protection d'un bienfaiteur, la veuve peut décider soit de rester dans son mariage soit de se remarier

 

2 ) le remariage

 

On estime que 20% des veuves se remarient pour une période allant du VI ème au XI ème siècle. Tandis que 10% d'entre elles choisissent de vivre de manière religieuse, et 70% poursuivent une existence que l'on pourrait qualifier de solitaire.

Ces chiffres sont à prendre avec des pincettes car à l'époque la période de célibat n'était souvent que temporaire, souvent suivie d'une période marquée par le remariage ou l'intégration dans une communauté religieuse.

En effet, la veuve qui dispose d'un patrimoine, peut être une épouse recherchée, surtout si elle est jeune et qu'elle n'a que des enfants mineurs ou encore mieux si elle n'a pas eu d'enfants. Le remariage est possible aussi bien aux yeux du droit romain qu'à ceux de l'Église, il est très encadré par le droit pour éviter toute spoliation du patrimoine de la veuve. Cependant si elle se retrouve incontestablement dans un position souvent délicate, elle peut profiter de son veuvage pour affirmer une autonomie qu'elle n'aurait peut être pas affirmée dans le cadre de sa vie conjugale.

 

3.Une influence politique notable

 

Le patrimoine dont dispose la veuve, l'enfant qu'elle élève, tout cela peut conférer à la veuve une influence politique notable. C'est le cas notamment avec le personnage de Brunehaut qui affirme de manière étonnante son autorité, exerçant l'autorité politique au sein du royaume d'Austrasie et menant le conflit contre la Neustrie.

C'est une situation beaucoup plus fréquente à partir du Xème siècle, avec l'hérédité des charges publiques généralisée à tous les niveaux. Elle renforce le rôle politique de la femme et singulièrement celui de la veuve.

 

Ex : En Espagne, Urraca, fille du roi de Castille Léon, possédant le plus gros royaume de l'Espagne chrétienne, Alphonse VI. Ourraca a été mariée à un grand noble, le comte de Galisse. En deux années son mari décède ainsi que son père. En 1109, survient la mort du père, déjà veuve depuis 2ans, Urraca succède à son père comme reine du Castille Léon. Elle se trouve contrainte par les impératifs du moment d'épouser le roi Alphonsien 1er. C'est un mariage politique qui ne fonctionne pas, avec de violentes disputes et une reine infidèle enfermée par son mari qui réussit malgré tout à s'échapper... Le couple expose et débouche sur un conflit personnel entre les deux époux, qui se double d'un conflit entre les deux royaumes, les deux noblesses s'affrontent très durement.

Afin de calmer la situation, le pape annule le mariage pour endogamie. La lutte perdure entre la reine et le roi même après l'annulation du mariage jusqu'à la mort de la reine en 1126. Son fils lui succède, Alphonse VII.

 

Urraca est donc un exemple de femme qui, à l'occasion de morts, a parvenu à s'imposer sur l'échiquier politique de son époque.

 

Deuxième rôle : le rôle religieux de la femme.

Très souvent les veuves, grâce au patrimoine qu'elles possèdent, fondent des monastères qui confortent leur position et transmettent la mémoire de la famille. Montre bien le rôle religieux et familial fondamental joué par les femmes.

Au travers de la prière pour les morts de la femme, c'est ainsi que la mémoire se transmet de génération en génération.

De fait, le veuvage joue un rôle religieux important. Fonction religieuse essentielle assumée par les veuves. Les clercs apprécient, poussent les veuves à adopter de tels comportements.

Ces femmes qui décident d'intégrer la vie religieuse intègrent un statut particulier au sein de l'Eglise en tant que veuve, veuve bénie objet d'une bénédiction particulière, occupe une fonction religieuse particulière assumée dans une communauté monastique ou chez elles.

 

Elles ont un rôle fondamental dans la société par les donations, les prières, comme par exemple Mathilde qui, après la mort de son royal époux Henri Ier continue de vivre son union avec son époux au travers de son expérience religieuse.

 

Une autre étape importante est franchie au tournant du XI è et du XII ème siècle quand un moine Robert d'Abrissel, un ermite prêtre, décide de fonder un monastère double, d'hommes et de femmes, moines et moniales, à Fontevreau en 1101. C'est une fondation qui octroie à la veuve une position particulière puisqu'au départ elle est pensée comme un monastère double, où les communautés sont séparées, obligatoirement dirigée par une abbesse qui est veuve. La veuve est intégrée comme une personne a part entière au sein de l'institution ecclésiastique.

 

 

 

 

On ne peut pas construire de manière radicale l'histoire de la famille sur des oppositions trop fortes. Comme nous l'avons vu, l'idéal exogamique chrétien est fondé sur l'idée d'une infériorité naturelle de la femme ancienne racine dans le monde grec. Il y a donc incontestablement des continuités.

Ce qui montre que la christianisation du territoire n'est pas en soit d'abord un phénomène intellectuel, à la base il ne dépend d'aucun système intellectuel donné, il ne fait que s'adapter.

L'histoire de la rencontre entre le message évangélique, novateur et de philosophies très différentes au départ très éloignées de la formulation de la pensée chrétienne. De même l'opposition entre les deux sexes ne doit pas non plus être exagérée tant la cellule conjugale s'affirme dans un long mouvement qui date de la fin de l'antiquité jusqu'au XII ème siècle avec la promotion du couple, l'hérédité des charges publiques, l'absence de distinction entre espace public et privé, tout cela permet à la femme d'exercer une influence politique voir même de jouer un rôle politique. De même, la condition de la femme dans le christianisme ne se réduit pas à celle « d'épouse », nous pouvons voir les figures particulières de la veuve, de l'abbesse, qui sont porteuses d'une influence, d'un pouvoir, au sein même d'une institution ecclésiastique.

Il ne s'agit pas non plus de nier les oppositions que la christianisation peut provoquer, la morale chrétienne a une théologie très originale en raison du rôle donné a la notion de caritas, (charité) d'amour de Dieu et des conjoints, instaurant au sein du couple la réciprocité des obligations.

Les heures procèdent de l'exclusivisme chrétien qui ne saurait assimiler l'amour à une passion ni diviniser ce qui est du à Dieu ou à son conjoint. Cette religion chrétienne est fondée sur l'intériorisation, la pureté du coeur, de sorte que fondamentalement la religion du Christ est une religion sans tabou. Cependant malgré l'existence d'opposition, il ne faut ^pas radicaliser les oppositions et déboucher sur une lecture de l'histoire dominée sur une dialectique. La christianisation de l'Occident, du mariage, de la famille, procède-t'elle d'une telle synthèse? Il y a-t'il un compromis entre christianisme et paganisme?

 

La bienveillance dont bénéficient certains clercs homosexuels ne doit pas être comprise comme un compromis, car c'est une pratique encore vue comme contre nature. La tolérance pour les unions libres que l'on voit au XIe et XIIe continue de valoriser le mariage, mais le concubinage des fiancés est une union légitime, fondée sur l'amour et ratifiée par une union sexuelle.

 

 

 

 

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