Discipline 2 HISTOIRE MODERNE CHAPITRE IV

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La société européenne aux XVI ème, XVII ème et XVII ème

 

A compléter par : Guy CABOURDIN et Georges VIARD, Lexique historique de la France d'Ancien Régime, Armand Colin, 1978

voir prioritairement les définitions suivantes : société, clergé, noblesse, tiers-état, métiers, ville, privilèges, seigneurie, communauté d'habitants

 

INTRODUCTION

 

La société d'ancien régime a fait l'objet d'interprétations différentes de la part des historiens. En fait, ils n'étaient pas d'accord sur l'interprétation qu'il fallait donner aux sociétés européennes des XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles. De manière simplifiée, nous pouvons dire qu'il y a deux groupes d'historiens qui se sont opposés.

 

 

  • 1ère interprétation : La société d'Ancien régime est avant tout une société d'ORDRES. Effectivement ces ordres seraient au nombre de 3 qui sont le clergé, la noblesse et le tiers état. Cette distinction en trois ordres remonte au moyen age. En effet au moyen age, cette distinction finalement différenciait ceux qui priaient (membres du clergé) ceux qui combattent (la noblesse) et ceux qui travaillent (tiers état). Cette distinction en trois ordres est avant tout d'ordre juridique.

Cela signifie que chaque ordre a un statut particulier qui comporte a la fois des obligations et des prérogatives. Cette distinction juridique repose sur l'inégalité.

Cette distinction en trois ordres présente deux privilégiés : le clergé et la noblesse

( interprétation plus à droite. )

 

  • 2ème interprétation : La société d'ancien régime est avant tout une société composée de plusieurs classes sociales. Cette fois ci, la hiérarchie des différents groupes sociaux n'est pas d'ordre juridique mais d'ordre économique et chaque groupe social se définit par son niveau de richesse, par son pouvoir, ou au contraire par sa dépendance économique.

Là aussi très schématiquement, on pourrait distinguer trois principaux groupes sociaux.

Le premier groupe social, dominant, est celui des très riches, des très aisés. Le deuxième niveau ce serait ceux qui sont indépendants économiquement, qui se débrouillent sans l'aide de qui que ce soit. Et un troisième groupe, qui est dépendant économiquement parlant.

( interprétation plus à gauche )

 

 

Finalement cette société d'ancien régime, est elle plutôt une société d'ordres ou plutôt une société composée de classes sociales? En fait, le plus intelligent serait de conclure que ces deux interprétations sont complémentaires car on ne peut nier l'existence des ordres, et celle ci ne peut pas être comprise sans admettre l'existence de différentes classes sociales.

 

 

 

I – LE SCHEMA CLASSIQUE : UNE SOCIETE D'ORDRES

 

A ) Les Clergés

 

C'est un groupe très minoritaire, qui ne représente qu'entre 1 et 2% de la population européenne.

1 . Caractères généraux

 

Ils auraient trois principales caractéristiques :

 

  • Un ordre privilégié. Ils profitent de privilèges de plusieurs nature : D'abord des privilèges fiscaux, par exemple en France les membres du clergé sont exemptés du paiement de la taille sous l'ancien régime. Ils bénéficient aussi de privilèges d'ordre économique, ils ont par exemple le droit de prélever un impôt sur les récoltes paysannes, impôt qui se nomme la dîme. Et ils bénéficient de privilèges d'ordre judiciaire : ils possèdent leurs propres tribunaux, qui ne jugent que les ecclésiastiques, qui s'appellent les officialités.

     

  • Il existe plusieurs grands clergés en Europe sous l'Ancien Régime. 3 Clergés en Europe à l'époque moderne.

    * Le clergé catholique, il est chrétien, ses membres croient en la divinité du Christ, qui a pour chef l'évêque de Rome, c'est à dire le Pape. C'est un clergé très hiérarchisé, avec des archevêques, des évêques, des moines ou encore des curés. Ce clergé catholique finalement se trouve à la tête de l'Église qui compte le plus de fidèles en Europe sous l'ancien régime.

    * Le clergé orthodoxe, c'est également un clergé chrétien, qui est surtout implanté en Russie et en Ukraine, ce clergé orthodoxe ne reconnaît pas l'autorité du Pape depuis le Moyen Age, depuis 1054 Dans ce clergé orthodoxe on trouve des patriarches, des pope ou encore des religieux.

    * Le clergé anglican, on ne le trouve qu'en Angleterre. C'est un clergé lui aussi chrétien, qui ne reconnaît pas l'autorité du Pape depuis le 6ème siècle. Le roi d'Angleterre est le chef de ce clergé anglican, c'est en fait un clergé protestant dans lequel on trouve des archevêques et des évêques.

 

On peut parler aussi des calvinistes, et des luthériens qui existent aussi, mais il n'existe pas de clergé chez eux. Remarquons aussi le fait que les femmes ne faisaient pas partie du Clergé sous l'Ancien Régime. Les soeurs, religieuses, ne faisaient pas partie officiellement du clergé mais du Tiers État car elles étaient considérées comme impures dans ces trois églises. Cela n'évolue que chez les anglicans.

 

  • les membres du clergé se distinguant du reste de la société. Par deux points :

    *leur niveau culturel, ils sont généralement plus instruits, plus cultivés.

    *leur apparence ils portent la soutane. Chez les catholiques ils n'ont pas la même coiffure, ils sont obligés d'avoir la tonsure. Tout cela les diffère du reste de la société.

 

 

 

2 . Rôles de ces clergés

 

  • Ils avaient au moins 4 fonctions différentes :

     

  • Un rôle religieux avec trois types d'activités religieuses principales : les sacrements, les messes et le catéchisme, l'éducation religieuse des jeunes enfants qu'on nomme aussi la catéchèse. Les sacrements varient selon les églises. Chez les catholiques il y a sept sacrements : le baptême, la communion, la confirmation, le mariage, la confession (pénitence), l'extrême onction et le sacrement d'ordre (uniquement pour les prêtres). Sur ces sept, baptêmes, communion, confirmation, confession, seuls ceux la sont obligatoires. Pour les orthodoxes ce sont les mêmes.

    Pour les anglicans il n'y a que deux sacrements : le baptême et la communion.

 

  • Un incontestable rôle politique. Dans tous les gouvernements des différents pays européens il y a eu des membres du clergé qui ont joué un rôle politique important. En France au XVIIème siècle deux ecclésiastiques ont joué un rôle important le Cardinal de Richelieu, premier ministre de Louis XIII entre 1624 et 1642 et le Cardinal de Mazarin qui a assuré la régence pendant la minorité de Louis XIV entre 1643 et 1661.

 

  • Ils jouent également un rôle dans l'enseignement. L'enseignement primaire : il existait sous l'ancien régime des petites écoles et à la tête de chacune d'elle il y avait un maitre d'école, rétribué par la communauté d'habitants où se trouvaient cette petite école. Les maitres d'écoles étaient souvent prêtres car il n'y avait que peu d'instruits. Peu nombreuses, il n'y avait qu'une petite école pour 20 paroisses. L'enseignement secondaire, il existait des collèges, ils étaient quasiment tous tenus par des ecclésiastiques et même certains religieux s'étaient spécialisés dans la direction de ces collèges. Exemple le plus célèbre, les membres de la compagnie de Jésus spécialisés dans l'enseignement au collège, leur surnom était les jésuites. Ils dirigeaient plus de 120 collèges, dont l'un des plus grand à Poitiers, c'est l'actuel collège Henri IV. Troisième niveau de l'enseignement, l'enseignement supérieur, assuré uniquement dans les universités, qui ont toutes été créées avec l'autorisation de la papauté. Parmi les plus anciennes, depuis 1231 il existe l'université Jean Sorbon, l'Université de Paris, ou La Sorbonne. Deux siècles plus tard, en 1431 a été créée l'université de Poitiers.

 

  • Ils jouent également un rôle dans le secteur de l'assistance et le secteur hospitalier. La plupart des hôpitaux sont dirigés par des ecclésiastiques, c'est parce qu'ils sont dirigés par eux qu'ils sont appelés Hôtel-Dieu. Il existe aussi des établissements qui accueillent les populations pauvres, qui s'appellent les ateliers de charité

 

 

3 . Des Clergés très divers

 

  • Effectivement, du point de vue social, il faut insister sur l'extrême hétérogénéité de ces clergés. Un peu partout en Europe, on retrouve les mêmes hiérarchies sociales au sein de ces clergés:

  • Au sommet de cette hiérarchie, on trouverait un haut clergé très riche où on trouverait les archevêques et les évêques catholiques, les patriarches orthodoxes et les évêques et archevêques anglicans. Ils sont de grands propriétaires fonciers et possèdent également de très grandes seigneuries . Le dernier évêque de Poitiers d'Ancien Régime à la fin du XVIIIème, s'appelait Beaupoil de Saint-Aulaire ( 1759-1789), il a laissé des informations sur ses revenus personnels, il gagnait l'équivalent de 150000 livres tournois par an. A la même époque, un paysan moyen gagnait à peu prés 200 livres tournois par an.

  • Un moyen clergé très aisé. On va y trouver notamment des abbés, celui qui est à la tête d'une abbaye. On trouve également dans ce clergé moyens les chanoines dans les chapitres ou collégiales. Ces membres ont toujours un pouvoir économique assez fort. A la même période les chanoines de Saint Hilaire de Poitiers gagnent environ 4000 livres tournois par an.

  • Un bas clergé peu aisé, on va retrouver les curés, les pop orthodoxes, mais aussi les moines. René Lecesve, curé à Poitiers de 1767 a 1791 son revenu par an était de 700 livres tournois par an, c'est moins que les chanoines, beaucoup beaucoup moins que les archevêques, mais néanmoins plus que le revenu des paysans.

 

Ce clergé est certes un ordre bien structuré mais nous pouvons voir qu'à l'intérieur de cet ordre on trouve plusieurs classes sociales.

 

 

 

B ) Les Noblesses

 

Concernant ces noblesses, c'est aussi un groupe très minoritaire, qui représenterait entre 1 et 2% de la population européenne.

 

  1. Caractères généraux

 

- C'est un ordre privilégié.

  • Privilèges fiscaux: ils ne paient pas la taille.

  • Privilèges honorifiques: Ce sont les seuls à avoir le droit de porter l'épée. Ils sont également les seuls à avoir le droit de posséder des titres de noblesse comme celui de comte, de duc, de marquis. Le plus petit titre de noblesse est le titre d'écuyer et le plus haut titre de noblesse en France sous l'Ancien Régime est le titre de Duc et Pair de France. Les nobles sont aussi les seuls à avoir le droit d'avoir des armoiries qui symbolisent leur famille.

  • Privilèges judiciaires: Les nobles sont souvent uniquement jugés devant le tribunal du Roi. Ils ont souvent des peines moins lourdes, mais lorsqu'ils sont condamnés à mort il ne sont ni pendus, ni écartelés mais décollés ( = décapitation. Elle est considérée comme un privilège... )

 

 

  • Elles se définissent par le sang, on parle de race noble. Tous les nobles d'Europe prétendent qu'ils ont des ancêtres glorieux. C'est d'ailleurs pour cette raison que la noblesse se transmet héréditairement. Exemple français les nobles prétendent qu'ils sont des descendants des francs, soit Clovis et ses compagnons. Exemple anglais nobles prétendent qu'ils sont des descendants

    des normands de Guillaume le Conquérant.

     

  • Des noblesses se définissant par un système de valeur et de vertus. Ils forment une identité chez ces nobles d'Europe. Ils exaltent le sens du courage, également le sens de la famille et le sens du lignage. Ces nobles ont également le goût des armes, de la guerre. Celle ci est l'activité noble par excellence. Et pour être vraiment noble il faut mener un train de vie en conséquence, il faut avoir des domestiques, organiser des festins, organiser des parties de chasse. La formule est que lorsque l'on est noble il faut « tenir son rang »

 

 

2 . Rôles de ces noblesses

 

Leurs rôles sont multiples.

 

  • Tout d'abord un rôle politique. IL est évident et même démesuré. Par définition tous les princes, tous les rois, tous les empereurs d'Europe sont de race nobles sous l'Ancien Régime. Ces nobles se retrouvent dans tous les gouvernements aux postes de ministres, dans l'administration et l'administration provinciale. A partir du XVIème siècle apparaît une distinction au sein des noblesse : on distingue la noblesse d'épée et la noblesse de robe. La noblesse dépée traditionnelle fait la guerre. Noblesse de robe occupe des fonctions administratives.

     

  • Elles ont aussi un rôle économique. Cet ordre monopolise, avec le clergé, l'essentiel des richesses.

Elle possède près de la moitiés des terres d'Europe, et a donc un grand poids dans le secteur agricole. Dans le secteur « industriel », elle contrôle les grandes forges métallurgiques.

En revanche, dans le secteur commercial, elle n'a théoriquement pas le droit de faire des échanges commerciaux. En effet, le commerce est considéré comme une activité dérogeante (on perd son statut de noble si on la pratique).

 

- Elles ont aussi un rôle social. L'état de noblesse est considéré comme un modèle pour l'ensemble de la société. Beaucoup d'européens aspirent à devenir un jour nobles.

Cette noblesse exerce un grand poids social sur la paysannerie européenne, dans la mesure où cette noblesse détient l'essentiel des seigneuries.

 

 

  1. Des noblesses très diverses.

 

Du point de vue social, il convient de noter la très grande hétérogénéité de ces noblesses européennes. Il existe, au sein de cette noblesse, une hiérarchie sociale très marquée, qui s'organise très schématiquement de cette manière:

  • AU SOMMET : Les Grands.

    Ce groupe possède une très grande puissance politique, économique, sociale, et ce sont les plus grande fortunes d'Europe. Ce sont : en France, les princes de sang (membres de la famille royale) ou les ducs et pairs de France (plus haut titre de noblesse); en Espagne, les titulos et les grandès; en Angleterre les lords.

  • UNE NOBLESSE SECONDE

    Il s'agit toujours d'une noblesse riche, qui vit la plupart du temps dans les grandes villes. Ce sont : en France, les comtes, les marquis; en Espagne, les caballeros; en Angleterre, les membres de la gentry.

  • UNE PETITE NOBLESSE

    Il s'agit principalement d'une petite noblesse rurale, vivant sur sa seigneurie. Ce sont: en France, les petits hobereaux ruraux; en Espagne, les hidalgos.

 

 

C ) Le tiers Etat

 

Le tiers Etat représente environ 98% de l'ensemble de la population européenne. Ce Tiers Etat présente, très rapidement, 2 grandes particularités:

 

  • 1ère particularité : il ne s'agit pas d'un ordre privilégié

    Contrairement au clergé et à la noblesse, les membres du Tiers Etat ne disposent d'aucun avantage fiscal, économique ou judiciaire. Il est simplement parfois -mais très exceptionnellement- représenté dans quelques assemblées politiques. C'est le cas, en France, aux États Généraux, assemblée consultative comprenant des représentants du clergé, de la noblesse et du tiers état, mais qui ne tient que deux fois aux XVIIème et XVIIIème siècle ( en 1614 et en 1789 )

  • 2ème particularité : il existe, bien évidemment, d'énormes disparités sociales au sein de ce tiers état.

Il existe d'énormes différences de richesses au sein de ce troisième ordre:

  • au sommet de cet ordre, on trouve une haute bourgeoisie extrêmement riche et prospère, dont le train de vie est souvent comparable à celui de la noblesse.

  • Tout en bas de l'échelle sociale de ce tiers état, on trouve une masse paysanne qui a toute les peines du monde à s'en sortir.

    Il n'est donc pas abusif de parler de classes sociales au sein de ce Tiers Etat.

 

 

II – LES MILIEUX SOCIAUX

 

Les Européens à l'époque moderne vivent et évoluent dans deux cadres de vie différents : les villes ou les campagnes.

 

A) Dans les villes : les sociétés urbaines

 

Il n'y a que 10 à 20% des européens qui vivent en ville à l'époque moderne. La ville n'a pas la même définition qu'aujourd'hui. Aux XVIème, XVIIème, et XVIIIème siècles, la ville se définit par 3 critères :

  • La ville se définit tout d'abord par ses murailles, ses remparts, ses fortifications (la ville a d'abord une fonction militaire)

  • Elle se définit ensuite par ses privilèges. Ces privilèges sont principalement de deux ordres : des privilèges fiscaux (les habitants des villes sont rarement assujettis à la taille) ; des privilèges politiques (la plupart des villes a obtenu le droit de s'auto-administrer; on trouve, à la tête des villes et des échevinages, qui sont les ancêtres des actuels conseils municipaux)

  • La ville se définit enfin par son influence sur les campagnes environnantes. On trouve, en villes, des marchés, des foires, mais aussi des administrations qui attirent les habitants des campagnes des alentours.

     

     

     

    Quoi qu'il en soit, les sociétés urbaines sont des sociétés extrêmement complexes, avec un système de hiérarchie très compliqué. Très schématiquement, on trouve dans ces sociétés urbaines trois « mondes » différents:

  • 1er « monde »: le monde des privilégiés.

    Au sommet de toutes les sociétés urbaines, on trouve une oligarchie qui se compose :

    - de quelques membres du clergé : il s'agit de l'évêque et de son entourage immédiat.

    - de quelques nobles : ils sont relativement peu nombreux, mais ce sont les plus grandes fortunes de la ville.

    - de membres de la bourgeoisie. Dans cette bourgeoisie, nous trouvons:

    _ de grands marchands, de grands négociants (par exemple, la famille Fugger de la ville d'Augsbourg qui « finance » l'élection de Charles Quint en 1519).

    _ des officies. Par définition, un officier est le titulaire d'un office, qui est une charge administrative, financière, judiciaire ou militaire que l'on exerce au nom du roi. On devient officier soit en achetant son office (on parle alors de vénalité des offices), soit en héritant (on parle alors d'hérédité des offices).

     

  • 2ème monde : le monde des corporations

    •  

    • Une grande partie des travailleurs urbains est regroupée dans des associations professionnelles , que l'on a l'habitude d'appeler des corporations. Ces corporations présentent les particularités suivantes :

       

      1ère particularité: elles sont extrêmement variées. Ces associations professionnelles regroupent l'ensemble des professionnels d'une profession, d'un métier. Elles peuvent porter des noms différents: les associations d'artisans sont souvent appelés des métiers ou jurandes, tandis que les associations de marchands peuvent porter le nom de guildes. Ces associations professionnelles ont leur propre statut, leurs propres institutions, et sont dirigés par des jurés ou syndics.

2ème particularité: Ces corporations ont plusieurs fonctions. Elles ont d'abord une fonction économique : elles réglementent la production, la vente du produit. Elles ont également une fonction professionnelle : elles réglementent les carrières professionnelles, les conditions d'exercice du métier, ou encore les conditions d'apprentissage. Enfin elles s'efforcent de défendre leur métier. Elles cherchent à obtenir -ou à défendre- des privilèges de production, voire des monopoles de production. On ne peut pas exercer une profession dans une vile, sans être membre de la corporation (il n'existe pas alors la liberté d'entreprendre).

 

3Ème particularité: Ces corporations ne sont pas des micro-sociétés égalitaires. Il s'agit de micro-sociétés très hiérarchisées, avec la hiérarchie suivante:

  • en bas de l'échelle : les apprentis

  • ensuite, les compagnons (on devient compagnon après avoir réalisé un chef d'oeuvre)

  • enfin les maîtres ou patrons

 

  • 3ème « monde »: le monde des citadins non incorporés

    Tous les citadins ne font pas partie, loin s'en faut, des corporations. Les citadins « non incorporés » sont nombreux et sont principalement :

    - la masse des ouvriers

    Il s'agit d'ouvriers travaillant principalement à domicile pour le compte d'un marchand (Domestic System) Ces ouvriers sont particuliérement nombreux dans le secteur textile. Exemple : les artisans de la soie à Lyon (les Canuts)

    - les domestiques

    Ces domestiques peuvent représenter plus de 10% de la populatin active d'une ville. Ces domestiques travaillent pour les membres de l'oligarchie urbaine, mais aussi pour les maîtres des corporations.

    - les paysans

    On trouve des paysans dans toutes les villes françaises : leurs terres se trouvent en dehors des remparts. Ils sont installés en ville, en raison des avantages fiscaux (non paiement de la taille), mais aussi souvent en raison de la présence de foires et de marchés, qui leur permettent de vendre leurs productions.

    - les pauvres

    Le mendiant, le vagabond, les « gens sans aveu » font vraiment partie de l'univers des villes de l 'époque moderne. Ces pauvres sont particulièrement nombreux en ville pendant les périodes de crises démographiques.

 

B ) Dans les campagnes : les sociétés rurales.

 

Entre 80 et 90% des européens vivent dans les campagnes : c'est le milieu social le plus important. A propos de ces communautés rurales prédominantes sur le continent, il convient d'insister sur trois traits importants:

 

1er trait: ces communautés villageoises sont dépendantes, et soumises à plusieurs autorités.

Ces autorités sont schématiquement au nom de quatre:

  • 1ère autorité: le seigneur. La plupart des terres sont soumises à un seigneur. Les terres sans seigneur (que l'on appelle alleux) sont très rares. Ces seigneurs imposent aux communautés d'habitants:

    * des taxes: il s'agit, en particulier, des prélèvements sur les récoltes (droits de champarts ou de terrages, déjà évoqués)

    * des droits de justice : le seigneur est le juge de la communauté.

    * des contraintes : obligation de se servir (moyennant finances) de four, du moulin ou du pressoir seigneurial (droits de banalités); obligation de travailler un certain nombre de jours par an pour le seigneur (ce sont les corvées).

  • 2ème autorité: les propriétaires fonciers (déjà évoqués). Seule une minorité de paysans est propriétaire de ses terres à l'époque moderne. Ces paysans sont donc obligés de louer leurs terres à des propriétaires. Il existe deux modes de location: le fermage et le métayage (voir déf dans le chapitre sur l'économie). Ces modes de location sont souvent lourds à supporter pour les paysans.

  • 3ème autorité: le curé (ou le pope dans les pays orthodoxes). C'est l'autorité religieuse. Leur importance sociale est très grade. Ces curés imposent des contraintes économiques aux villageois : paiement de la dîme; obligation d'entretenir l'église, le cimetière, le presbytère...

  • 4ème autorité: le roi ou le prince (selon les pays). C'est une autorité plus lointaine. Elle se manifeste surtout par les impôts royaux ou princiers. En France, ces impôts de deux natures: impôts directs (la taille) et impôts indirects (gabelle, les aides, les traites).

     

2Ème trait : ces communautés villageoises sont, la plupart du temps, très structurées et organisées.

Le plus souvent, ces communautés villageoises ont, à leur tête, un organisme « institutionnel »: l'Assemblée Générale des habitants. Ce genre d'assemblée se réunit plusieurs fois par an, et regroupe : les chefs de famille, souvent un notaire, le représentant du seigneur et le curé. Ces assemblées élisent généralement un ou deux syndics, qui sont censés représenter l'ensemble de la communauté. Ces assemblées ont surtout plusieurs rôles à jouer:

  • rôle agricole: elle fixe es dates des récoltes et des grands travaux agricoles

  • rôle de « gestionnaire »: elle gère les biens de la communauté d'habitants, en particulier les terres communes (que l'on appelle les communaux). Elle se charge également éventuellement (lorsqu'il y en a) du recrutement du maître d'école.

  • Rôle fiscal: elle organise la levée de la taille pour le compte du roi. Pour ce faire, elle nomme des asséeurs-collecteurs ( habitants de la communauté chargé de prélever l'impôt royal).

 

 

3Ème trait: ces communautés villageoises sont très hétérogénes du point de vue social.

Ces communautés rurales sont loin d'être égalitaires. On remarque une hiérarchie sociale relativement marquée dans les campagnes européennes. Il existe effectivement -très schématiquement- plusieurs paysanneries en Europe aux XVIème-XVIIème-XVIIIème siècles:

  • une paysannerie assez aisée. Cette paysannerie est indépendante économiquement :leur exploitation est généralement assez importante, et elle possède un ou plusieurs trains de labour. En France, il s'agit des gros laboureurs (un ou deux par paroisse ou village) : on les appelle assez souvent es « coqs de village ».

  • une moyenne paysannerie. Cette catégorie sociale n'est pas aisée, mais n'est pas dans la misère. Elle peut, en revanche, éprouver des difficultés en période de crise (mauvaises récoltes, crises démographiques). On trouve, dans cette catégorie: la masse des petits laboureurs, la masse des petits artisans ruraux, certains paysans spécialisés (vignerons, maraîchers...).

  • Une petite paysannerie. C'est la catégorie la plus pauvre et surtout très dépendante économiquement. Dans ce groupe social, on trouve la masse de journaliers (ou brassiers ou manouvriers): ce sont des paysans qui n'ont qu'un tout petit lopin de terre (ou aucune terre) et qui sont obligés de « louer leur bras » pour survivre (ce sont, en fait, des salariés agricoles). On trouve également dans ce groupe social les serfs: les serfs sont des paysans qui appartiennent juridiquement à leur seigneur en Europe orientale.

 

CONCLUSION :

La société d'Ancien Régime est une société relativement complexe. Pour bien l'appréhender, il paraît nécessaire de tenir compte d'au moins trois critères: l'appartenance à l'un des trois ordres (clergé, noblesse, tiers état), les classes sociales (niveau de fortune), et enfin le cadre de vie (ville ou campagne).

 

 

 

 

SUJET POSSIBLES A L'EXAMEN :

  • Les élites sociales à l'époque moderne (clergé, noblesse, haute bourgeoisie)

  • Les sociétés urbaines en Europe à l'époque moderne.

  • Les sociétés rurales en Europe à l'époque moderne

  • Les paysans européens à l'époque moderne ( en lien avec le cours sur l'agriculture)

 

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