Discipline 2 HISTOIRE MEDIEVALE CHAPITRES I, II, III

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Premier chapitre: L'individu et la famille

 

 

Les sociétés traditionnelles sont des sociétés holistes: l'intérêt de la communauté prime sur celui de l'individu. Il y a une opposition entre la société romaine et la société germanique. De fait, le droit romain est un droit qui garantie des droits individuels, protège l'individu et qui ambitionne de mettre fin à la vengeance familiale appelée la faide. Dans la société germanique il n'y a pas de loi qui interdit la vengeance familiale, la société est contre mais ne l'interdit pas. Malgré cette opposition, dans ces deux sociétés l'individu reste pensé au sein d'un groupe, d'une famille et d'une société.

A partir du IVème - Vème siècles, il y a une christianisation de l'occident. Le christianisme apporte une nouveauté qui est le renforcement du salut individuel librement accepté ou refusé par l'individu, nouveauté d'une religion centrée sur un amour, un amour gratuit et désintéressé ( = pas d'amour). Nous étudierons dans ce chapitre trois grands axes:

A- La naissance et la mort

B- La vie quotidienne

C- Présentation de la famille

 

 

I- Naitre et mourir:

 

Étudier la démographie au Moyen Age est peine perdue car la documentation a disparu. Il y a un recensement général fixé tous les 15 ans mais tout a disparu, il n'y avait pas de conscience de l'importance de la documentation.

Jusqu'au 8ème siècle il y a une période d'instabilité voire de déclin démographique; cela s'explique par les épidémies de pestes. A partir du 8ème siècle, il y a un retour à la croissance démographique et jusqu'au 12ème siècle, il y a une croissance démographique continue qui soutient et accompagne l'économie.

 

1) L'entrée dans la vie:

L'enfant est un bien précieux, il est parfaitement intégré et bien pensé en tant qu'enfant. Il est gage de pérennité de la famille: pérennité de la production agricole, pérennité de la cour; et d'une solidarité. Les taux de mortalité infantile sont élevés: 45 pour 1000. Du Vème au VIIIème siècles, il y a des analyses au cimetière de Frénouville. L'enfant est protégé et choyé au Moyen-Age. Il est protégé avant même sa conception car chez les Francs, le meurtre d'une jeune femme en âge de procréer est punit d'une amande de 600 sous alors qu'elle passe à 200 sous si la femme est ménopausée. C'est une amende pour éviter la vendetta (idée germanique), c'est une amende proposée qui a pour but d'arrêter la faide. Pendant la grossesse, l'amende monte à 700 sous.

L'enfant est l'union de deux familles. Il est très attendu pour des raisons affectives renforcées par le christianisme; pour des raisons matérielles: l'enfant est preuve de richesse, il n'est pas un coût puisqu'il assure la continuité de la famille de tout point de vue.

Les naissances sont-elles nombreuses ? Le taux relativement élevé, les naissances sont très fréquentes mais tout autant que les décès. C'est donc un régime de type: Fort taux de natalité/Fort taux de mortalité. Par exemple, Clovis (roi de France de 481 à 511) , a eu 6 enfants avec deux femmes: 4 fils qui héritent, 1 qui meurt en bas-âge, et 1 fille Clotilde.

 

 

  1. Sortir de la vie:

     

Le taux de mortalité est donc très élevé. La longévité moyenne des hommes est de 45 ans et celle des femmes de 35 ans. La mort survient vite mais quand la tranche des 40 ans est dépassée, l'espérance de vie augmente vite. Par exemple, la reine Brunehaud est morte à 80 ans.

La société est donc extrêmement jeune avec une sur-mortalité masculine qui s'explique par la guerre, la faide, les épidémies de pestes, les carences alimentaires, le manque d'hygiène, l'eau croûpie, la mortalité infantiles. Le mort est objet de soins particuliers puisqu'il continue sa vie dans le haut de là. Les soins répondent à une peur commune aux sociétés païennes, la peur des revenants. On effectue alors un cortège pour enterrer les morts loin, dans les nécropoles (=villes des morts). Les deux mondes ne se mélangent pas. Par exemple, les enfants morts-nés sont empalés pour éviter leur retour.

Les morts sont enterrés habillés, avec des bijoux. Quelques rituels:

- des chevaux sont sacrifiés autour du mort et enterrés près de lui

- on enterre des tallissemans (pierres précieuses)

  • on enterre aussi des aliments: des coupes, des vases.

     

Avec la christianisation des restes de corps sont enterrés pour assurer le salut du mort et une hostie est mise dans la bouche du mort ; c'est une rencontre des deux religions (païen/chrétien). Des banquets funéraires sont organisés pour établir une communion alimentaire entre vivants et morts, cela est typiquement païen. L'action de l'Église est déterminante. Le christianisme a une vision plus spirituelle de la mort (suivie de l'âme) et une approche plus positive: la mort est le début d'une autre vie. La peur des revenants doit s'arrêter et céder à la prière des vivants pour les morts.

Conséquences: intimité plus forte entre la vie des vivants et des morts: les nécropoles se rapprochent des vivants. Les cités des morts et les cités des vivants sont plus rapprochées. Il y a des inhumations près des corps des saints. En l'an 1000, l'Eglise et le cimetière constituent un espace sacré, protégé. La mort a été apprivoisée: développement des messes, des rituels pour les morts. La mort est devenue objet d'espérance et non de peur.

 

 

II- Vivre:

 

Le calendrier romain se christianise et mise en place de la semaine avec un jour saint: le dimanche. Il dure 12 mois. On vit en fonction du soleil. On se repère par rapport au règne des souverains puis ensuite par rapport à

l'incarnation du christ.

 

 

1) Se nourrir:

 

On mange de manière germanique et non romaine c'est-à-dire assis autour d'une table, pas couché. On mange avec une cuillère . Les repas ont lieu le matin, le midi et le soir. Certains donnent lieu à des banquets: fêtes, repas du dimanche (jour férié = première « conquête sociale »). Les banquets sont des rituels de communion avec les dieux. Refuser de manger avec quelqu'un c'est un peu donner lieu à une guerre car c'est refuser sa politique. Les banquets peuvent être très longs: 2 ou 3 jours et dans les lieux les plus élevés de la société. L'alimentation est lourde: légumes secs, fromages, viandes arrosées de bière dans le Nord ou de vin dans le sud. Ils ont en tête que seuls nourrissent les plats gras et lourds.

 

 

2) Se vêtir:

Les vêtements sont cousus, attachés par des ceintures (= fibule), ce sont une tunique et un pantalon pour les hommes et une robe et une tunique pour les femmes. En hiver, ils rajoutent des fourrures, de la laine aux sabots. La nudité est pratiquée la nuit dans les thermes (jusqu'au 6ème siècle), lors des baptêmes.

A partir du VIIème–VIIIème siècles, les baptêmes pour adultes disparaissent. Les vêtements sont également un marqueur social: port des armes, des bijoux.

 

 

III- La famille:

 

Un héritage romain et un héritage germanique se mélangent. L'héritage romain est la mise en valeur de la famille conjugale dans le droit romain, et l'héritage germanique privilégie les familles larges. Le résultat du mélange est donc celui d'une conjugalité et à la fois d'une structure familiale large. Il y a une conjugalisation de la famille: nette individualisation de la cellule conjugale au sein de la famille.

 

 

1) Le mariage:

 

-le mariage romain: c'est l'union d'un homme et d'une femme en vue de la procréation, union qui est juridiquement reconnue: seul un mariage reconnu permet d'avoir une descendance. Le mariage précède de fiançailles et d'une cérémonie: consentement de la femme et de l'homme.

 

- le mariage germanique: c'est l'acte sexuel qui fait le mariage. Le mariage s'accompagne d'un vrai tabou autour de la virginité. Une femme pas vierge à une descendance polluée, l'adultère est très réprimé.

 

- le mariage chrétien: l'amour est premier, il y a une importance du cœur. Il y a des échanges de dons, des banquets et puis une apparition d'une bénédiction: la messe de mariage se répand seulement au 11ème siècle et les formules de consentement également. La christianisation dans le mariage n'est pas antérieure au 11ème siècle.

Le divorce est pratiqué pendant longtemps jusqu'au 8eme siècle, et subsistent jusqu'au 10eme siècle des pratiques polygamiques ce qui est condamné par le droit romain et l'Église.

 

La christianisation du mariage est lente:

- elle se heurte à la violence masculine

- elle se heurte à la dimension politique des mariages

- elle se heurte à une pratique païenne.

 

 

2) Avoir des enfants:

 

L'enfant né peut être parfois abandonné ce qui est condamné. Mais il peut aussi être confié à une communauté religieuse ou à un évêque, confié à un monastère; c'est un oblat pour assurer une éducation. Dans les monastères il y a un développement d'une paternité adoptive, apparaît une pédagogie fondée sur la douceur. Si l'enfant est élevé dans la famille, c'est une éducation dans la noblesse avec un précepteur et vers 6-7 ans il peut être envoyé dans une école. A 7 ans, l'enfant est mêlé au monde des adultes et parfois il est envoyé dans une autres famille pour l'éducation. Vers 12-14 ans, il est majeur et capable de se marier. Il est intégré au monde des adultes. 

 

 

Chapitre 2: L'enfant et la famille au Moyen-Age

 

 

Ce chapitre est destiné à la place de l'enfant dans la sensibilité médiévale et la famille médiévale. Philippe Ariès a écrit une œuvre sur l'enfant et la famille: il a montré que le sentiment familial n'est pas totalement stable et qu'il faut le placer dans une chronologie (évolution, transformation....).

 

I- Entrer dans la vie

 

Le taux de natalité est élevé mais le taux de mortalité est également élevé surtout infantile. Il y a des épidémies, des morts infantiles.

 

A ) La natalité

 

Cette précarité de l'espérance de vie joue un rôle dans la perception que nous avons de l'enfant. Il faut avoir plusieurs enfants pour qu'au moins un survivent. Le taux de natalité élevé est donc une réponse à la mortalité élevé.

Nous sommes dans des sociétés jeunes, et la christianisation y joue un rôle important. La morale chrétienne est nataliste. Un commandement est donné: celui d'avoir des enfants. La procréation est au cœur de la situation matrimoniale: si l'on se marie c'est pour avoir des enfants. Saint-Augustin développe l'idée que la procréation est l'un des biens du mariage: foi, procréation et sacrement. Il y a une tendance chrétienne qui joue son rôle dans la natalité.

Exemple de la commune de Namur: 4 et 6 enfants par foyer qui parviennent à l'âge adulte ( pas enfants par femmes). Cela est valable du 10 au 13ème siècle.

 

 

 

 

B- La restriction des naissances:

Les pénitentielles sont des recueils de pénitences, recueils qui énumèrent les différentes catégories de péchés. Ce recueil nous renseigne sur les pratiques concernant les péchés. L'église est très préoccupée par les pratiques anticonceptionnelles: lutte contre l'avortement et la contraception..

Le 12ème siècle est le siècle de l'apogée d'une morale chrétienne. Des moyens sont autorisés par les clergés: le mariage tardif, politique de restriction des mariages à l'intérieur de la famille, l'entrée dans un monastère, dans la vie religieuse. Or, ces moyens sont très utilisés dans les famille nobles au 12ème et 13ème siècles. Georges Duby à montrer que cette pratique, cette régulation des mariages, le retard de l'âge des mariages ou encore les monastères, est pratiquement systématisée et cela pour sauvegarder l'héritage et empêcher qu'il se déchire autour de la succession. On voit ainsi des pères de familles réserver le mariage à l'édifice, à celui qui à vocation à succéder à son père à la tête de sa seigneurie; les autres sont orientés vers les monastères, les clergés.

 

Dans les familles nobles, la fille à moins vocation à hériter des charges politiques. Cela est utilisé pour créer des relations entre les familles, c'est une stratégie familiale.

 

 

C- La naissance:

Cette naissance nous ne la connaissons pas très bien mais on peut se la représenter. L'enfant est emmailloté dès la naissance. Il est baptisé assez rapidement, à partir du 7-8ème siècle. On entre dans une société de plus en plus chrétienne dans le sens que les familles ont le choix de baptiser leur enfants dès la naissance. Cela pour éviter que l'enfant ne meurt s'en avoir été régénérer sans les eaux saintes.

Il y a un passage du baptême par immersion au baptême par aspersion, ce dernier triomphant de plus en plus pour les petits enfants à partir du 12ème siècle. L'enfant est entouré de ses parents mais aussi de ses parrains et marraines qui peuvent parfois être assez nombreux pour la fin de notre période. Cela crée une certaine proximité entre les familles. Cette multiplication obéit au désir de bien marquer l'événement et d'assurer la transmission du souvenir de l'événement. Il faut assurer le souvenir par la transmission de la mémoire. Ce baptême s'accompagne de critiques curieuses: le baptême doit être fait avant que l'enfant mange matériellement. Exemple de la Vie de saint guiot de guerre (frisons, païens): il y avait une coutume qui consistait à mettre à mort les nouveaux nés, mais cela que si l'enfant n'avait pas pris le sain, s'il n'avait pas absorber de nourriture matérielle. La première nourriture du nourrisson réalise une communion à la vie matérielle rendant chez les païens l'impossibilité de tuer un nourrisson ayant déjà mangé.

Au 12ème siècle, apparaît une pratique qui consiste à prendre le nourrisson, d'apporter son cadavre sur un autel souvent consacré à la Vierge Marie, et toute la communauté se mettait alors à prier jusqu'à assister à l'éveil de l'enfant, à son retour à la vie. Ce retour à la vie n'avait lieu que pour permettre à l'enfant de vivre le baptême, ce après quoi l'enfant retourne à mourir.

Il apparaît alors une très forte importance du baptême.

 

L'enfant est donc bien considéré en soi comme un individu, disposant de son propre destin qui est évidemment le destin éternel, le salut.

 

 

II- la petite enfance au Moyen-Age:

Y' a-t' il une évolution dans la perception que l'on a de l'enfance et dans le sentiment que les parents éprouvaient pour leurs enfants? La famille est-elle véritablement centrée sur l'enfant ? De cette analyse découle une certaine image, conception de la famille qui peut être soi un groupe soit une communauté affective où les sentiments partagés sont véritablement fondateurs.

 

A- L'enfant oublié ?

D'après Ariès, les gens du moyen-âge auraient vécu dans une précarité matérielle, des conditions démographiques difficiles qu'ils n'auraient que très peu apporté d'importance aux enfants. Le taux de mortalité étant très élevé, qu'il a constitué une sorte d'indifférence à la mort. Il estime que l'art médiéval n'accorde que peu de place à l'enfant. Cela suppose donc que l'art médiéval représente la réalité du vécu. Il s'appuie également sur des textes souvent tardifs, voire même de l'époque moderne mais dont il suppose qu'ils reflètent une attitude réelle, qui dépeignent la réalité de cette époque parfaitement. Par exemple, il s'inspire de Montaigne qui parle avec détachement de la mort de plusieurs de ses enfants. Est-ce que parce que Jésus n'est pas représenté par un nourrisson jusqu'à la fin du Moyen Age que l'on ne pense pas pour autant aux enfants.

 

B- L'enfant aimé:

Un miracle s'est produit à Arras en 1160: un promeneur ,en 1160, entend quelque chose tomber dans l'eau et s'aperçoit que c'est une fillette, tout le monde vient, la mère vient et reconnaît sa fille, déjà morte. Elle pleure, crie et se précipite à l'église voisine, mais elle est fermée. Quand celle-ci est enfin ouverte, la mère place l'enfant sur l'autel afin que tout le monde prient pour que dieu ramène l'enfant à la vie. Le miracle s'opère et l'enfant revient à la vie. Il y a donc un souci de la maman pour son enfant, souci de la communauté pour l'enfant qui se termine par un miracle. Des récits de miracles sont fréquents et témoignent de la douleur, du désespoir des parents lorsque la vie de leur enfant est enlevée.

Les pères et les mères ont le souci de l'enfant, ne sont pas indifférents à l'enfant et ressentent profondément les difficultés qu'il rencontre. Tout ce qui menace la santé physique ou spirituelle de l'enfant est ressenti de manière extrêmement forte par les parents.

Il y a donc une affection parentale très forte pour les enfants, cette affection s'accommode malgré tout de décès nombreux, d'une mortalité importante. En aucun cas cela a engendré une indifférence des parents vis-à-vis des enfants.

 

 

 

III- L'éducation des enfants:

 

A- Une enfance courte:

En effet, une fois franchit l'âge de 7 ans, l'enfant est immédiatement mêlé au monde des adultes. Il n'y a pas d'adolescence. C'est un monde des adultes qui est beaucoup plus jeune que celui que nous connaissons. De sorte que le contraste qu'il pourrait exister entre les enfants et les adultes n'est pas infranchissable. La difficulté de l'enfant c'est sa faiblesse, mais il participe à toutes activités qu'elles soient professionnelles ou des loisirs. L'éducation est d'abord le résultat d'un apprentissage, et s'appuie très souvent sur un envoi de l'enfant dans d'autres familles, ce qui est très bien attesté dans les familles de la noblesse. Ainsi, il apprend: il apprend le service domestique et des activités propres à la noblesses: maniements des armes, activité de la chasse, l'art de la chasse et une éducation religieuse. Tout cet apprentissage se faisant en servant, il est serviteur. Si les parents s'intéressent à leur progéniture après 7 ans c'est qu'il doit servir la famille, c'est un amour intéressé selon Ariès. L'enfant est brutalement plongé dans le monde des adultes.

Le petit enfant est donc bien reconnu comme tel, mais à partir de 7 ans il est considéré comme adulte: adolescents et grands enfants sont de suite mêlés au monde des adultes. L'enfant devient un adulte faible.

 

Les choses changent au 15ème siècle et au 16ème sous l'influence des Jésuites. Et, c'est avec les <jésuites que né un nouveau sentiment de l'enfance. C'est au 16ème siècle que se trouve reconnu un deuxième âge de l'enfant à l'écart du monde des adultes ( « adolescence »).

 

L'enfance est donc courte et l'éducation est très importante.

 

 

 

B- Une enfance reconnue:

Pour Ariès c'est à la fin du moyen-âge et au début de l'époque moderne, qu'apparait la conscience d'un deuxième âge de l'enfance qu'il faudrait fortifier et protéger, et cela par une solide éducation et en évitant de mêler trop rapidement ces enfants au monde des adultes. Or, cette découverte des jésuites et des pédagogues est une redécouverte. Très tôt les monastères, qui se multiplient à partir du 7ème siècle, ont reçu des enfants qui leur ont été offerts pour des raisons matérielles ou dans un souci d'assurer leur éducation (ce sont des oblats). Et dans ces monastères, on redécouvre l'enfance et ses spécificités car les moines vont rompre avec le pessimiste qui dominait jusqu'à présent. Alors que l'enfant était vu durant l'antiquité comme un être de mauvais instincts qu'il fallait rediriger, les moines ont fait une relecture des enfants. Ils ont refuser d'y voir des être guidés par de mauvais instincts et se sont rendus compte que les enfants demandaient une éducation particulière, fondée alors sur la douceur mais aussi sur la progressivité. Tout repose sur les textes sacrés qui livrent une appréhension de l'enfance positive: les enfants autour du christ et de la parole de ce dernier: l'enfant possède en lui même des vertus que les adultes perdent et qu'ils doivent se réapproprier. Tout cela imprègne les écrits des théologiens par la suite. Saint benoit recommande dans sa règle de vie destinée aux moines, la modération vis-à-vis des moines âgés de moins de 15 ans. Il estiment qu'ils peuvent être châtiés corporellement mais avec modération car ce sont des enfants et qu'ils peuvent être des messagers de dieu et peuvent participer à l'assemblée des moines. L'enfant est un messager de dieu et il est donc capable de dévoiler dieu en ouvrant un livre saint et ainsi de pointer du doigt l'avenir.

Certes il y a un autre regard porté sur l'enfant, il y a une mise en place d'une nouvelle pédagogie mais pourtant, les habitudes du moyen-âge persistent, c'est le cas d'une certaine sévérité.

 

C ) L'éloignement ne doit pas être vu comme un désintéressement des enfants par les parents

L'éloignement est fréquent dans les familles de la noblesse. L'éloignement ne doit pas être associé à un désintéressement des parents pour l'éducation de leurs enfants. Par exemple Dhuoda, une princesse, a été éloignée de son mari et de ses enfants: elle montre alors de la tendresse pour ses enfants, de l'amour pour son enfant ainé, et de la soumission face à la décision de son époux. Elle n'hésite pas à écrire un livre à son enfant constatant comment il est dure pour une femme de vivre sans ses enfants. Elle éprouve un amour extrêmement fort pour son enfant. Ce livre doit guider Guillaume dans son éducation et démontre l'affection qu'ont les femmes pour leur enfant.

Le premier Moyen âge a été une redécouverte de l'enfant et de la mise en place d'une pédagogie fondée sur la douceur.

 

Chapitre 3: le triomphe de l'exogamie

 

 

Exogamie = se marier hors de sa proche parenté.

Endogamie = mariage entre proches

 

La période se caractérise par une progression de l'exogamie au détriment de l'endogamie, progression dans le domaine de la législation, dans les représentations mentales et dans les pratiques matrimoniales. Il y a 2 jalons = le 9ème siècle: l'empire carolingien; et durant la deuxième moitié du 11è siècle lorsque la papoté emboite le pas et pratique l'exogamie ( notamment par des réformes grégoriennes particulièrement portées par le pape Grégoire VII). Ces deux jalons se situent dans une progression globale vers l'exogamie et nous obligent à se poser quelques questions. Comment expliquer cette progression de l'exogamie en Occident et le durcissement de l'exogamie? S'agit-il d'une innovation chrétienne? Si l'église est porteuse de l'exogamie, comment le justifie-t-elle? Pourquoi donne-telle autant d'importance à l'exogamie, à un mariage de parenté le plus éloigné possible ? Y a t-il un enjeu politique, religieux ou encore matériel ?

 

A- Les héritages

On a pu opposer deux sociétés païennes: une société germanique qui serait exogamique à une société romaine qui elle serait beaucoup plus endogamique. L'église à repris cette vision exogamique.

 

La société germanique:

Quand on étudie les structures de parenté à l'intérieur du monde germanique on s'aperçoit que l'endogamie côtoie l'exogamie. Assurément le modèle matrimonial exogame est très présent dans la littérature, notamment scandinave, avec même des prohibitions de mariages entre membres de lignées assez lointaines et théoriquement jusqu'à l'infini. Mais à côté de ce modèle exogame, il existe aussi des modèles endogames. Par exemple, au début de notre période dans la loi salique (loi des francs saliens, francs de Clovis), on s'aperçoit que le système matrimonial dominant est un système très consanguin où l'épouse référentielle est une cousine germaine. Il y a donc dans ce monde germanique, des structures de parentés très différentes. La loi salique est un contre-exemple.

 

La société romaine:

Le monde romain se christianise officiellement à partir du 4ème siècle, tout le droit antérieur à cette période est un droit qui n'est absolument pas chrétien. Or, l'idéal matrimonial proclamé à Rome est un idéal exogamique: il y à la fois une pratique de l'endogamie mais également une idéalisation de l'exogamie. Pour augmenter les patrimoines territoriaux on pratique l'endogamie, mais c'est quelque chose de réprouvé, réprouvé dans sa dimension sexuelle. Par exemple, l'empereur Calligulin est considéré par un historien comme le plus impie des hommes car il déshonorait toutes ses sœurs: c'est un crime, crime religieux qui est qualifié d'impie. D'ailleurs après son assassinat, son Oncle qui lui succède veut épouser une sœur de Callligulin qui est donc sa nièce : c'est alors un mariage endogamique. Le mariage eu lieu mais il fallait entouré cet événement d'une réprobation pour qu'il puisse avoir lieu. L'inceste, l'endogamie sont pratiqués tout en étant rejetés, ils sont considérés comme des crimes religieux et nécessitent une autorisation pour le mariage.

Dans l'empire romain chrétien, la législation promulguée par les empereurs durcit la lutte contre l'endogamie, et à cette époque l'interdit d'endogamie est porté en occident jusqu'au cousin germain. Il est donc difficile d'opposer une société romaine endogamique à une société germanique exogamique, surtout qu'elles coexistent en bon voisinage et que cela empêche toute généralisation. Exemple de pratiques exogamiques avec Clovis: il épouse Clotilde qui n'a pas de lien de parenté fort avec lui, c'est une princesse Burgonde. L'objectif de ce mariage est politique. L'exogamie et l'endogamie coexistent et sont en fait des stratégies matrimoniales; ce qui compte c'est l'intérêt politique du mariage. Le mariage de Clovis a pour but d'obtenir une alliance avec le peuple des Burgonde. Certains rois eux pratiquent l'endogamie: Cloter 1er, qui est un des fils de Clovis, collectionne les épouse et alors qu'il est déjà marié et à la mort de son frère, il n'hésite pas à contracter un deuxième mariage avec une femme qui est autre que la veuve de son frère; le but de ce mariage est de récupérer la part du royaume des francs que son frère gouvernait. Ce qui confirme l'intérêt politique de son mariage c'est qu'il fait assassiné les deux fils de son frère, le troisième échappe au massacre puisqu'il se fait moine ( ne peut pas séduire la nouvelle femme de Clovis). Quand on se projette dans une société désormais très chrétienne, au 11ème siècle, l'on s'aperçoit que dans la région de Vendôme qui est très marquée par le droit romain, l'endogamie n'est que très peu pratiquée. L'endogamie et l'exogamie ne sont donc pas rattachées à un héritage culturel ou civilisationnel. Ce qui prévaut c'est naturellement l'intérêt familial et/ou politique du mariage.

 

B- Endogamie et domination sociale:

En effet, les mariages endogamiques demeurent très longtemps utilisés dans l'occident. Alors même que la législation lutte contre l'endogamie, la noblesse continue largement de pratiquer des mariages considérés à cette époque comme endogamiques ( entre le 3 et 5 degrés canoniques, entre la 3ème et la 5ème génération). Ces mariages pratiqués encore vers l'an mil, au sein de la noblesse occidental, sont pratiqués en toute connaissance de chose, de manière endogamique, l'objectif étant de produire une mémoire familiale. Cela signifie qu'il y a bien une résistance endogamique qui s'explique par l'importance politique de cette pratique pour des raisons nobles ( territoires, patrimoine). Mais, elle pose de plus en plus de problèmes car elle permet aux familles de renforcer la cohésion de la famille, la cohésion de leur patrimoine, la transmission des charges politiques étant de plus en plus héréditaire. A une époque où le principe de primogéniture n'est pas encore imposé, l'enjeu est essentiel pour la noblesse: l'endogamie est un instrument de politique familiale. L'exemple de la Catalogne: la plupart des comtes Catalans descendent tous d'un ancêtre commun, Bello, mort en 811; hors tous ces comtes qui appartiennent a la même famille pratiquent des unions très consanguines, entre cousins issus germains (3ème degré canonique) voire même au 1er degré canonique (entre oncle et nièce). Ces pratiques sont une caractéristique de la première moitié du 10ème siècle et ces unions comtales permettent à cette famille de maintenir en son sein des biens familiaux, c'est une pratique de co-gouvernement. Tout cela est associé à un phénomène de patrimonialisation: entre famille on se transmet les charges comtales, rien ne sort, rien est dispersé et perdu. Cependant, ce mariage proche coexiste lui même avec un mariage éloigné, exogamique mais il n'y a pas d'opposition véritablement tranchée. Ce qui prime c'est l'intérêt matériel et politique du mariage, ce n'est donc pas en soi l'endogamie ou l'exogamie. La période de très forte endogamie des comtes en Catalogne est très limitée dans le temps (1ère moitié 10ème siècle) puisque à partir de la deuxième moitié du 10ème siècle, les comtes diversifient leurs mariages. Le mariage éloigné devient plus répandu sans pour autant que le mariage endogamique disparaisse. Il y a donc un basculement du mariage endogamique à un mariage exogamique mais cela sans que l'une des deux pratiques disparaissent réellement. Ce sont des mariages isogamiques ( de même conditions sociales), l'endogamie est pratiqué mais dans un système d'échange dissymétrique: il unie les femmes des familles comtales de la Catalogne aux vis comtes: les comtes donnent leur femme aux vis-comte →C'est un système d'échange fondé sur des unions hypergamiques: union où la circulation des femmes est descendante: la femme a un niveau plus élevé que l'homme, cela est généralisé dans la noblesse Catalogne vers l'an mil. L'objectif est de récompenser les familles vis-comtales et de renforcer leurs unions.

Il y a donc une pratique conjointe de l'endogamie et de l'exogamie en occident, et une résistance endogamique au sein de la famille comtale, puisque ce qu'il prévaut c'est l'intérêt familial. Or, face à cette endogamie se dresse progressivement une législation de plus en plus anti-endogamique.

 

 

C- Vers l'interdit général:

A Rome la législation avait étendue la prohibition jusqu'au 2ème degrés canonique mais on s'aperçoit que l'église durcit les interdits. L'église s'intéresse désormais à la législation notamment en matière de l'endogamie. Mais à l'époque mérovingienne, les conciles mérovingiens étendent la prohibition jusqu'au 3ème degré canonique. C'est une première étape, la deuxième étant celle de l'époque carolingienne. En l'an 800 certains clercs étendent de manière démesurée l'interdit en transformant les degrés romains en générations, en degrés canoniques ou germaniques ( au lieu de 4 degrés romains, on a 6 générations; avec les degrés germaniques on remonte encore plus dans la généalogie). Et ce changement fut fait de manière intentionnelle. Toute la législation antérieure parle désormais en générations. Ces falsifications ont entrainé un durcissement de la législation. Dans la législation du 9ème siècle, l'interdit commence a progressé et on hésite entre le 4ème et le 5ème degrés canonique. A partir de là, deux traditions coexistent, une tradition plus modérée qui s'en tient à l'interdiction au 4ème degré et avec parfois des retours, et puis une tradition beaucoup plus dure qui tend vers jusqu'à la 7ème génération et qui parfois est celle de l'interdit de mémoire, c'est ce qu'on a appelé l'interdit général. Au 11ème siècle, l'interdit large, l'interdit des 7 degrés canoniques, s'étend et finit même par être adopté par la papoté durant la seconde moitié du 11ème siècle, par les papes réformateurs et ces derniers l'étendent ensuite à l'ensemble de l'occident. Comment expliquer cet intérêt manifesté par l'église à la lutte contre l'endogamie ?

 

D- Un mal illicite et exécrable:

Il est possible que cette lutte contre l'endogamie ait participé à une volonté de la part de l'église d'une promotion du couple. Il s'agit dans une tradition assez ancienne, d'un interdit qui est en soi religieux, un interdit qui n'est pas motivé par des raisons matérielles mais un interdit religieux qui provient de la peur des conséquences biologiques

 

1- Un interdit ancien:

 

Cet interdit ancien est un interdit religieux. Les clercs justifient cette lutte en considérant qu'il y a là véritablement une pratique très grave: Saint Augustin considère même que l'inceste est plus grave que l'adultère car selon lui le mariage proche transgresse une règle de la société humaine, il transgresse donc une règle qui appartient véritablement à la société car le mariage exogame est un moyen de multiplier les liens de parentés et donc de resserrer les liens de la vie sociale. L'endogamie est donc contraire à la nature humaine, mais surtout elle est contraire à l'épanouissement à la vertu au cœur du christianisme: la vertu de la charité. Saint augustin joue un rôle décisif dans cette lutte, même s'il ne donne pas précisément de règles proprement définies. Cet héritage intellectuel augustinien est fondamental et explique la dureté du vocabulaire utilisé par les clercs. Certains conciles, à l'époque mérovingienne, assimilent les conjoints endogamiques adultères, et même excommuniés, mis en bancs de la communauté. Le vocabulaire est même animalier. Il y a l'utilisation de l'expression d'un mal illicite et exécrable pour définir l'endogamie. Il s'agit d'unions contre-nature. En effet la multiplication des interdits de mariages s'expliquent aussi par la craintes des conséquences physiologiques. La législation associe la pratique de ce crime à une dégénérescence de la descendance. La deuxième conséquence serait la stérilité de la descendance: la descendance constitue un des trois biens du mariage avec la fidélité et le sacrement (le mystère); c'est un bien du mariage qui se trouve remis en cause. Cette idée de la stérilité nous la retrouvons sous la plume de Grégoire Le grand, qui décrète que l'expérience nous a appris que la descendance de tel mariage ne peut s'accroitre, il y a une stérilité des unions endogames. Cela est repris au 11eme siècle.

L'endogamie est combattue par les clercs pour des raisons religieuses et physiologiques, et même sociales (avec saint augustin). Oliba dans une lettre de 1023, considère que l'inceste provoque la guerre et le désordre.

 

2- Les motivations ne sont pas essentiellement politiques:

Peut-on expliquer la lutte contre l'endogamie par des raisons politiques ?

 

L'interdiction des 7 degrés est cependant presque impossible à tenir, tant dans le monde de la paysannerie que dans celui de la noblesse. Faut-il ajouter alors aux raisons d'ordres physiologiques, religieux... un facteur d'ordre politique ? C'est la tentation de bon nombre de spécialistes de la question, et le premier à avoir proposé une telle explication est Jacques Goody. Dans un livre publié en 1985, il dit que l'exogamie chrétienne remet en cause volontairement, s'attaque aux anciennes parentés, solidarités lignagères dans un but matériel. Cette théorie est à l'heure actuelle complétement repoussée, car elle ne repose sur aucune source réelle et l'on s'aperçoit enfaite que l'exogamie accélère simplement la circulation des biens entre la famille mais n'engendre pas forcément des cession de biens à l'église. Il est certain que l'église utilisa parfois la consanguinité pour se débarrasser d'un adversaire gênant, et ce sont d'ailleurs les souverains eux-mêmes qui n'hésitèrent pas parfois à s'en prendre au mariage endogamique dans un but qui n'était pas seulement celui de la défense de l'église ou de l'exogamie chrétienne. De la à affirmer que l'exogamie fut d'abord et essentiellement pensée comme une arme utilisée par les évêques contre les grandes familles, il y a un pas à franchir. La lutte contre l'endogamie possède sa propre cohérence interne et sa propre logique, qui parfois échappe aux logiques purement politiciennes. D'une manière générale, il ne faut pas oublier que les moines, les évêques ou les souverains qui s'en prennent à l'endogamie sont de la même famille, appartiennent au même monde que celui de leur victime. Il viennent également de familles endogamiques. La lutte contre l'endogamie obéit à une logique propre, et décide donc une ligne de fracture qui est au sein de la noblesse mais qui est également au sein du clergé (une partie du clergé n'a pas été très engagé de la lutte de l'endogamie). Exemple de l'excommunication par le pape Urbain II de Philippe 1er: Urbain II est devenu pape de France, il a du pouvoir mais il excommunie lors d'un concile, Philippe II de son royaume; il le fait pour son mariage avec sa cousine: Philippe Ier est excommunié de l'église. Mais cette raison est tout sauf politique car c'est enfaite l'ouverture d'un conflit entre le pape et l'empereur. Urbain a excommunié Philippe 1er pour ne pas qu'il puisse participer à ce conflit. A cette époque, éloigner le roi de France du pape de sa lutte contre l'empereur, n'est pas un problème d'origine politique mais d'ordre religieux. Il faut attendre l'année 1115 pour que le roi accepte de se soumettre et donc accepte donc de ne plus vivre avec lui.

Le durcissement de cette lutte au 11eme siècle remet en cause l'ancien système de gouvernement et surtout l'étroite alliance entre l'église et le milieu laïc, celui de la noblesse.

 

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