Cours de rapports sociaux

Publié le par licence1sociologie-poitiers.over-blog.com

THEME 1 : DIVISION DU TRAVAIL, STRUCTURE DES EMPLOIS ET RAPPORTS SOCIAUX

Introduction:

 

I- Rapports sociaux et travail:

A- Première approche des « rapports sociaux »: quelques éléments d'histoire de la discipline sociologie et des significations sociales et politiques de l'analyse des rapports sociaux:

A-1: Comment la société s'inscrit dans l'individu ? Rapports sociaux, socialisation et individus:

 

L'individu s'inscrit dans une société dans une période historique donnée et toutes ses appartenances de groupe, de genre, de culture... vont déterminer ses actions. L'individu est une construction sociale, mais quel en est le processus ?

Les individus ont des appartenances multiples: culturelles, religieuses, sociales...; ils naissent ou meurent dans une société donnée et dans une époque donnée et, dès la naissance, ils commencent à intégrer ou intérioriser jusqu'à n'en avoir plus conscience, les normes, les règles, les interdits, les manières de faire, les contraintes.... de leur groupe d'appartenance c'est-à-dire, en premier lieu la famille et en deuxième le groupe de pairs, l'école, le genre, la religion, l'origine ethnique, le lieu d'habitation, le groupe professionnel... Et ce processus par lequel ils intériorisent ces normes est le processus de socialisation.La société imprègne durablement les manières de percevoir le monde chez l'individu, mais aussi les manières de se comporter: elle influence les perceptions et les actions des individus.

L'ambition de la sociologie est de comprendre et d'expliquer comment les attitudes individuelles sont le produit d'une construction sociale et comment ces attitudes individuelles s'inscrivent dans les rapports sociaux (solidarité, conflit, lutte entre les groupes sociaux). Comment expliquer que les façons de percevoir, de penser, de se comporter sont socialement construites: le goût esthétique, le vote, le choix du conjoint sont en fait socialement construits.

- L'exemple du choix du conjoint:

 

Homogamie sociale: mariage entre personnes d'une même classe sociale.

 

On pense que le choix du conjoint est déterminé par le hasard mais les sociologues montrent le contraire en expliquant qu'on a tendance à choisir son conjoint parmi la même classe sociale que soi-même. C'est une réalité sociale. Une enquête a été menée en 1999 et elle montre que par exemple, sur 100 ouvrières 59,2% sont mariées à un ouvrier et que seulement 3,7% d'entre elles sont mariées à un cadre. L'homogamie sociale s'explique par deux facteurs:

- 1er facteur: il y a un marquage social des lieux de rencontre: « n'importe qui ne traîne pas avec n'importe qui et pas dans n'importe quel lieu ». Deux démographes ont montrer un marquage social des lieux de rencontre: M.Bozon et F.Héran. Ils ont montrer que les membres des classes populaires (ouvriers, petits agriculteurs et une petite partie des employés) se rencontrent dans des lieux publics: les centres commerciaux, les cafés, les foires.... alors que les classes intellectuelles supérieures se rencontrent dans des lieux réservés et dont l'accès est matériellement contrôlé: boite de nuit privée, club; ou symboliquement contrôlé: associations, lieux d'études. Les cadres du privé, les dirigeants, les professions libérales se rencontrent eux dans des lieux privés: en famille, entre amis...

Ces différents lieux n'ont pas la même importance selon les classes sociales.

- 2ème facteur: l'homogamie s'explique par l'incorporation de critères du conjoint. Les appréciations sur les personnes se construisent à partir de catégories de perception qui ont été intérioriser et se différencient selon le lieu d'origine, le sexe, le milieu d'appartenance. F. de Singly montre que les hommes mettent en avant leur profession, leur revenu alors que les femmes mettent en avant leur physique. Il montre également que plus les hommes sont riches, plus ils sont exigeants en terme de beauté. F. de Singly a étudié les annonces matrimoniales et il nous dit que les femmes de milieux populaires cherchent un homme courageux, travailleur et que les homme de milieu populaire cherchent une femme simple.

Les critères d'appréciation varient selon le milieu social.

 

Synthèse: C'est une citation de Pierre Bourdieu de « Raisons pratiques » (1994). « Les gens qui se situent dans le haut de l'espace social ont peu de chance de se marier avec les gens qui se situent dans le bas. Car déjà ils ont peu de chance de se rencontrer (marquage social des lieux de rencontre) et s'ils se rencontrent, ils ne se comprendront pas vraiment et ne se plairont pas mutuellement (critères d'appréciation) . Au contraire, la proximité dans l'espace social prédispose au rapprochement: les gens inscrits dans un secteur restreint de l'espace social sont plus proches de par leur goûts, leurs propriétés et leurs dispositions et sont donc plus enclins à se rapprocher ».

 

- L'exemple du suicide:

Le suicide est un fait social qui a été très étudié par les sociologues et en particulier par Durkheim (1858-1971). L'objectif de Durkheim est de montrer que le suicide est un fait social qui peut donc être analysé alors que c'est un acte individuel théoriquement.

 

Fait social: → extérieur → extériorité/intériorité

→ contraignant

Un fait social est toutes les manières d'agir, de penser, de sentir qui existent en dehors des consciences individuelles (extériorité) et qui exercent une contrainte sur l'individu.

 

Extériorité: ces manières de penser, de voir le monde... préexistent à l'individu, elles sont déjà établies à sa naissance et sont donc inconscientes: dire bonjour, s'habiller, la langue, toutes les habitudes sociales. Elles ne naissent pas de l'individu lui-même mais existent avant lui.

Contrainte: ces manières de penser sont en quelque sorte obligatoire mais ne sont pas forcément ressenties comme contraignantes. C'est quand on ne respecte pas ces normes sociales qu'elles deviennent contraignantes à cause de la réprobation ou d'une sanction juridique.

Il y a un respect de ces normes sociales car il y a une incorporation, intégration de ces règles par l'individu. Les manières de penser et de voir d'un individu sont donc également construites socialement.

N. Ellias, auteur de « la civilisation des mœurs » montre l'évolution des manières de penser et de sentir au 16ème siècle dans une société structurée par une cour royale. Il nous dit que cette dernière disposant de ses propres manières de penser et d'agir va influencer la masse dans le sens que la masse populaire va chercher à se rapprocher de ce comportement royal, de se civiliser à la société de cour, à cette construction sociale: exemple, se moucher dans un mouchoir. Chaque individu intériorise des règles propres à son histoire, à son époque, à son lieu. Ces normes sociales émanent de la société dans son ensemble mais elle varient selon le genre, la culture, la religion. Toutes ces règles sont construites par un long processus historique et cela signifie que chaque individu doit parcourir pour son propre compte le processus de socialisation que la société a parcouru dans son ensemble. Chacun d'entre nous est le reflet de l'histoire longue de notre société et cela même sans avoir forcément conscience. C'est un fait extérieur à l'individu car il y a une intériorisation des normes par le processus de socialisation.

 

Il y a trois étapes à la démarche sociologique:

- la première étape: rupture avec le sens commun, avec ses prénotions c'est-à-dire rompre avec les idées répandues et souvent renvoyées à des préjugés, qui sont de fausses évidences, une explication spontanée d'un fait social. Exemple: les filles sont nuls en maths (voir « allez les filles » de C. Baudelot et R. Establet).

La rupture avec le sens commun est venue de Durkheim.

- la deuxième étape: observations des faits sociaux. Il faut se donner les moyens de regarder les faits sociaux comme des choses c'est-à-dire de l'extérieur et pour cela il nous faut un bagage d'outils méthodologiques qui permettent d'objectiver: les statistiques. Les statistiques permettent d'observer des régularités sociales telles que la reproduction sociale ou l'homogamie sociale. Avec les statistiques, Durkheim découvre que le nombre de suicides est pratiquement identique d'une année sur l'autre. Cependant, si le suicide était réellement un acte individuel, en aucun cas on devrait retrouver cette régularité. Il remarque également que les taux de suicides sont très différents d'une société à une autre. Chaque société à une attitude donnée au suicide.

- la troisième étape: la compréhension et l'explication des faits sociaux. Durkheim a inventé l'explication d'un fait social par un autre fait social. Durkheim se distingue de la psychologie: il ne veut pas qu'on explique un fait social par la psychologie. «Le fait social est premier, le fait psychologique n'en est qu'une sequelle ». Le fait psychologique est déterminé par le social, en effet la psychologie varie selon les sociétés.

Le suicide n'est pas seulement lié à des défaillances personnelles mais également à des défaillances qui s'inscrivent dans le cadre du travail et qui les isolent et les contraignent. On explique donc la « pathologie » par le social. Durkheim va montrer la corrélation entre le fait de se suicider et certaines variables comme le sexe, la profession, l'âge, la position matrimoniale. Et par exemple, il découvre qu'il y a plus de suicides chez les vieux que chez les jeunes: c'est une régularité sociale. Il va donner une explication en terme d'intégration sociale et va observer qu'on peut se suicider soit par défaut d'intégration ou par excès d'intégration sociale:

 

 

 

défaut

excès



intégration

Suicide égoïste:
individu isolé → explique le suicide des célibataires

Suicide altruiste:
individu tellement intégré que sa vie a peu de valeur par rapport à son groupe
→ explique le suicide dans les sectes




régulation

Suicide anomique:
insuffisance de règles sociales, normes floues donc perte de repères, de limites pour l'individu
→ explique le suicide en période de crise économique

Suicide fataliste:

trop de règles, trop de contraintes et de contrôle social → explique le suicide en prison

 

Il y a donc, selon Durkheim, 4 grands types de suicides.

 

 

Conclusion:

Chaque façon de penser, d'agir est le produit d'une intégration, d'une socialisation. Ces façons de penser et d'agir sont marquées socialement: elles dépendent de la religion, de la culture, du sexe...

 

2) rapports sociaux, stratifications sociales et hiérarchies sociales:

Analyse des rapports sociaux = analyse de la société donc analyse des différents groupes qui composent la société, leur rapport et les hiérarchies qu'ils établissent entre eux. Toutes les sociétés connaissent des hiérarchies qui déterminent des inégalités dans l'accès aux ressources: ressources matérielles, immatérielles (cultures, savoirs, pouvoirs). Ces hiérarchies sont socialement construites à partir de différences qui peuvent être naturelles, biologiques (sexe, âges, aptitudes diverses). Cependant, toute différence n'équivaut pas à une inégalité. Il y a une inégalité sociale à partir du moment où une différence permet d'accéder pour certains à des biens qui sont refuser à d'autres. Pour qu'il y ait des inégalités il faut qu'il y ait des ressources qui soient inégalement réparties. Ces ressources sont des critères de différenciation qui permettent de classer les individus: critères économiques, critères démographiques, culturels, politiques. La hiérarchie sociale désigne ainsi tout un ensemble social caractérisé par une échelle de pouvoirs, de richesses, de privilèges, de situations qui impliquent la subordination(ou la domination) des échelons inférieurs aux échelons supérieurs. Étudier la structure sociale et cette stratification, c'est analyser comment la société est organisée et selon quels critères elle hiérarchise les individus et les groupes sociaux.

 

Différences → hiérarchies → inégalités

 

Un des objet de la sociologie est d'essayer de comprendre comment une différence devient un critère de hiérarchisation sociale et donc un critère d'inégalité.

 

Les différences n'ont pas la même signification selon les sociétés: être jeune ou vieux en France ou au Sénégal n'a pas la même signification. Comment un système social rend légitime une hiérarchie sociale ? La sociologie c'est étudier les inégalités et comment elles sont hiérarchisées.

Cette démarche d'analyse s'inscrit dans la période historique dans laquelle se constitue la sociologie.

Jusqu'au 18è s → c'est la société d'ordre: les inégalités sont justifiées par l'ordre divin, sont nécessaires. La religion a légitimé les hiérarchies sociales. Mais les philosophes des lumières marquent une rupture avec cette vision divine de la société et proposent un projet égalitaire: égalité des droits pour tous les hommes. Les hiérarchies sociales sont donc considérées comme injustes et la sociologie s'inscrit dans le projet de remise en cause des hiérarchies sociales. Elle nait à la fin du 19è siècle, dans une société en plein bouleversement (révolution industrielle) et dont les structures de la société sont elles aussi bouleversées. On découvre un nouveau rapport de subordination qui est celui du salariat, ce qui oppose deux nouvelles catégories: les possesseurs de moyens de production et les ouvriers. Les inégalités n'ont fait que de se déplacer. Comment la société légitime ces inégalités ? Il n'y a plus de vision divine qui légitime les inégalités. Un des projet de la sociologie est donc d'étudier comment la société se transforme et donc d'étudier les structures sociales.

 

3) Rapports sociaux, déterminismes et mobilités:

A partir du moment que les hommes sont considérés libres et égaux en lois, que le statut social n'est pas déterminé par la naissance (fin des privilèges), alors il y a une ouverture des destins pour chacun: le destin de chacun n'est pas, à priori, déterminé par la naissance. Cela signifie que chacun peut changer de place dans la société (mobilité sociale), on est pas obliger d'occuper la même positions sociales que son père; ce qui signifie donc aussi des possibilités d'ascension sociale. La sociologie se donne pour objet d'analyser la réalité empirique de cette croyance. Elle va analyser le déterminisme qui pèse. C'est essayer de comprendre ce qui détermine des mobilités ou au contraire des immobilités, et d'analyser ce qui détermine le passage d'une situation à l'autre. Il y a également tout un rang de la sociologie qui analyse les effets de cette mobilité sur les volontés individuelles.

 

Voir Annie Ernaux: La place; Les armoires vides.

 

 

Ces inégalités se construisent à partir d'un certain nombre de critères, notamment celui du travail et de l'emploi; autrement dit celui des classes sociales.

 

 

B- La question du travail et des classes sociales:

C'est désormais l'activité économique qui détermine la hiérarchie dans la structure sociale. Il y a un changement de perspective, ce n'est plus l'ordre.

1) Le tournant de la révolution industrielle: changement des structures sociales et émergence de la « question sociale »:

Au cours des 17è – 18è- 19è s, il y a une transformation: c'est l'apparition d'une société industrielle. Petit à petit, il y a une rationalisation du travail de manufacture: la division technique du travail et on va déposséder les ouvriers de leur instrument de travail mais aussi de leur savoir-faire. Il y a une industrialisation qui s'accompagne d'une concentration, et d'une urbanisation qui transforment les modes de vies, l'habitat, les liens interpersonnels. Le développement de l'industrie qui passe par la mécanisation et la rationalisation du travail bouleverse les structures sociales: on à la fois le grossissement d'une nouvelle classe, d'un nouveau groupe social (ouvrier), la mise en place d'une hiérarchie qui est nécessaire au fonctionnement, et puis le développement de toute une partie administrative. On assiste également a la montée d'une bourgeoisie, bourgeoisie industrielle et au développement de classe laborieuses soumis à des conditions de vie et travail difficiles. Le travail se sépare alors progressivement de la sphère domestique, il donne lieu à une rémunération, à un contrat ( a une valeur marchande). Dans ces modifications qui instaure le travail comme nécessité, le travail va changer de statut.

 

 

2) Changement de statut donné au travail:

Société pré industrielle: le travail a des conditions méprisables → c'est une activité réservée aux pauvres, à ceux qui n'ont que leur force de travail. Le travail est considéré dégradant et les classes dominantes (aristocratie) font tout pour échapper à un travail qui s'approche de l'artisanat ou qui est nécessaire pour vivre. Les classes dirigeantes ne s'abaissent pas au travail.

Sociétés industrielle: il y a un changement de valeur et du statut du travail. Le travail constitue un groupe social montant: les industriels s'enrichissent et constituent un nouveau pouvoir (la bourgeoisie industrielle), ce qui est un facteur du regard valorisé du travail car il est pensé comme le moyen central de créer de la richesse. Cette transformation s'accompagne d'une série de discours: politique, religieux, philosophiques qui valorisent le travail. Il y a 5 courants de pensée qui valorisent le travail, qui font du travail l'élément central du classement des individus:

- décision politique qui se traduit à la fin de la période féodal: ceux qui ne travaillent pas sont stigmatisés: les vagabonds, les mendiants.... qui sont les sources de perturbations, de dérangement social. Au 17e siècle: obligation de travailler, interdiction de la mendicité, de l'aumône et de l'assistance; ce qui permet de mettre tous ceux qui vagabondent au travail. Vision politique qui fait du travail le seul conduit pour occuper une place dans la société.

- développement de la religion protestante qui va donner au travail une signification religieuse. Selon Luther: vivre selon les commandements de dieux ce n'est pas se retirer du monde mais c'est au contraire y participer du mieux possible et y participer à travers le travail. Le travail est une fin en soi, c'est le travail qui permet au quotidien de manifester son amour de dieux: le travail est une manière d'accomplir sa vocation. Luther estime que l'enrichissement lié à son activité de travail, est un signe de l'élection divine; ainsi chaque protestant cherche l'enrichissement par son travail qui est signe de divinité.

C'est ce que Max weber a appelé l'éthique protestante: il a montré un lien de corrélation entre l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme.

- dans l'esprit des philosophes des lumières (18è s), le travail permet aux individus de s'émanciper; ils voient dans le travail une manière pour les individus d'accéder à une égalité économique et sociale et ainsi de mettre fin à la société d'ordre qui privilégie l'oisiveté. «  un homme n'est pas pauvre pas parce qu'il n'a rien mais parce qu'il ne travaille pas »: Montesquieu

- le développement de l'économie politique: Adam Smith et Ricardo vont voir le travail comme créateur de richesse mais aussi comme instrument de mesure de la richesse notamment du fait que la valeur d'un bien se mesure en fonction de la quantité de travail qui a été nécessaire à sa production.

- Karl Marx donne un rôle central au travail: c'est l'évolution du travail qui est au cœur du processus de transformation des sociétés et principalement de transformation du capitalisme.

 

 

3) Les fonctions sociales du travail:

Le travail structure la société, c'est sa fonction centrale. C'est aussi ce qui conduit un certain nombre d'analyses à faire du travail une fonction d'intégration sociale; c'est le cas de Durkheim qui dans « de la division du travail social » analyse la fonction intégrante du travail en montrant de quel façon le travail créer le lien social et socialise les individus.

 

- le lien social:

Durkheim fait des analyses sur le risques de désordres sociaux, sur la montée de la « question sociale » c'est-à-dire sur le développement de la criminalité, de l'alcoolisme... et donc les craintes sont celles d'une dangerosité sociale, du délitement du lien social. Durkheim va montrer le passage d'une solidarité mécanique à une solidarité organique.

 

Solidarité mécanique: se développe dans les sociétés traditionnelles, les communautés villageoises → un nombre faible d'individus qui se fréquentent, se connaissent, ont des histoires communes et une donc uneressemblance sociale. Il y a une proximité.

Solidarité organique: se développe une densité démographique dans les villes ce qui amène au développement d'une densité morale = multiplication pour un individu des communications et des échanges qu'il peut entretenir avec d'autres individus. Dans les villes, les individus sont plus nombreux et se côtoient sans nécessairement se connaître et partager d'histoire commune, ils ne sont pas unis par des liens communautaires (pas la même position sociale). Ce produit alors du lien par la division du travail, en poussant les individus à se spécialiser dans une activité et donc à s'en remettre aux autres personnes pour ce qui ne lui est pas spécifique. Cette division du travail sociale va conduire à la solidarité organique: les individus se différenciant vont être interdépendants les uns des autres. C'est cette complémentarité qui crée une solidarité organique car chaque individu représente un organe de la société. C'est cette solidarité qui est spécifique aux sociétés modernes. La solidarité est alors fondée sur le travail.

Durkheim étudie le risque de la dislocation du lien social, le risque de l'anomie qui a lieu par l'absence de régulation sociale.

 

- la socialisation des individus:

Le travail joue un rôle majeur dans la socialisation des individus. Il leur donne une place sociale et ainsi permet à la société de se maintenir et de vivre de manière pacifique. Le travail joue un rôle central dans l'identité de l'individu.

 

La distinction entre emploi et travail:

Travail: C'est la réalisation d'une activité qui n'est pas nécessairement rémunérée.

Emploi: c'est le cadre juridique dans lequel s'inscrit le travail, qui donne lieu à un statut juridique, qui donne lieu à des droits et des devoirs, des rémunérations, des qualifications. On peut être indépendant, salarié, en CDD, intérimaire, on peut travaillé à temps complet ou partiel. Le travail ne recouvre pas forcément l'emploi.

 

Robert Castel, dans Les métamorphoses de la question sociale, 1995, nous montre dans cette chronique du salariat, comment au travail se sont progressivement accrochés des droits, des garanties, des conventions collectives contre ce qu'il appelle les aléas de l'existence: la maladie, les accidents, la maternité, la vieillesse, l'incertitude du travail (revenus), la mort. A partir du travail s'organisent des droits et ainsi des caisses de solidarité contre la maladie, des caisses d'assurances qui ont donné lieu à la sécurité sociale, aux mutuelles en 1945-6:droit du travail, sécurité, caisses de retraite, assedics/ANPE. Avec ces protections, garanties le statut de salarié est passé d'une condition méprisable à une condition valoriséegrâce à ces droits et ces garanties qui combinent aujourd'hui le fait que 90% de la société est salarié. Dans cette chronique, il retrace les grandes étapes de cette transformation. Comment dans la société pré industrielle le travail était méprisé ? Pourquoi le salariat est-il méprisée économiquement et socialement au 18 e s ? Puis comment la société salariale devient elle une source de reconnaissance économique et sociale au 19è s ? Comment nait une bourgeoisie?

 

Des facteurs ont joué dans cette transformation des conditions de travail:

Il y a le droit de se syndicaliser en 1984: liberté de créer un syndicat → le droit syndical s'organise et revendique tout un tas de lois: ex lois sur le temps de travail hebdomadaire. En 1900, le temps de travail hebdomadaire est de 10h/jour = 70h/ semaine. Il y a donc des congés hebdomadaires qui sont fixés. Mais il y a aussi de nouvelles lois sur la sécurité de l'emploi, des conventions collectives, du SMIC... Toutes ces lois qui encadrent le travail vont avoir des effets sur les représentations du travail: on croit au progrès social et il y a donc une optimisation dans l'avenir, ce qui signifie pouvoir faire des projets de lendemain. En l'espace de peu de générations, on est passé d'une capacité à se projeter dans l'avenir à une difficulté à se projeter dans l'avenir (aujourd'hui). Il y a un reversement. Passage d'une société salariale dominante à une société salariale dominante mais qui s'éclate ( différentes positions sociales dans le salariat).

 

 


Commenter cet article